Publié aux éditions l’Harmattan, le livre Changements et permanences du journalisme est le fruit d’une longue collaboration entre des universités européennes, brésiliennes et canadiennes. Sous la direction de Florence Le Cam et Denis Ruellan, l’ouvrage questionne les changements structurels et les permanences qui affectent le milieu du journalisme et de l’information en général.

Publié aux éditions l’Harmattan, le livre Changements et permanences du journalisme est le fruit d’une longue collaboration entre des universités européennes, brésiliennes et canadiennes. Sous la direction de Florence Le Cam et Denis Ruellan, l’ouvrage questionne les changements structurels et les permanences qui affectent le milieu du journalisme et de l’information en général.

Par Héloïse Henri-Garand, stagiaire

Nul ne peut le nier, le journalisme change et s’adapte, évoluant au fil des discours dominants, des mouvances sociales et des conditions matérielles de production de l’information. Une évolution d’autant plus prégnante au Québec ces jours-ci, alors que Gesca a confirmé officiellement la disparition prochaine de la version papier de ses quotidiens et que Radio-Canada annonce vouloir se séparer de 25% de ses effectifs d’ici 2020 et s’en aller un plus encore vers le numérique pour devenir une entreprise «agile et souple».

Il est commun d’entretenir une rhétorique journalistique de la crise lorsque l’on traite de ce glissement vers le numérique: la qualité de l’information se dégrade, la vitesse de l’actualité nuit à cette qualité, les identités des médias changent, etc. Cette rhétorique semble être l’une des plus récurrentes lorsqu’advient le temps d’aborder le journalisme, au travers de ses constantes mutations.

S’écartant du discours alarmiste, l’ouvrage Changements et permanences du journalisme interroge à la fois les transformations et les constantes du milieu de l’information, en déterminant plus particulièrement les permanences structurelles qui affectent la pratique. Construit à partir d’une sélection de travaux présentés lors du colloque MEJOR Mudanças estruturais no jornalismo à Brasilia (Brésil) en avril 2011,  l’analyse s’est effectuée autour de quatre thèmes relatifs au journalisme: la réflexivité, le rôle, l’énonciation et l’interaction.

L’identité en constante définition

Qu’il soit politique, social ou culturel, le rôle du journalisme a toujours fait l’objet de débat. ProjetJ a d’ailleurs récemment traité de la place du journalisme scientifique, qui vit une période de questionnement identitaire particulièrement intense.

«La transformation qui, aujourd’hui, produit le plus d’interrogations quant à l’évolution du rôle du journalisme est évidemment l’internet et la potentielle altération du statut de médiateur du média dont il est l’indice et le ferment», nous explique-t-on dans l’ouvrage.

Certes, internet vient modifier la manière dont le public s’informe, mais plusieurs études ont démontré que l’identité du journalisme perdure malgré tout.

«C’est oublier un peu vite que les premières gazettes en Europe copiaient les autres publications, et qu’elles étaient elles-mêmes constamment pillées, voire entièrement copiées (Feyel, 2000), cite-t-on. C’est négliger le fait que les journaux régionaux ont longtemps été dépendants de la presse des capitales ou des villes métropolitaines, tant qu’ils n’avaient pas accès au système des agences pour les nouvelles nationales et internationales (Martin, 2002)».

Les auteurs remettent en question les propos pessimistes qui affirment  par exemple,  que les médias internet ne feraient que de la reprise de contenus déjà produits, ce qui entraînerait une baisse de qualité de l’information.

Au contraire, il y aurait une certaine permanence identitaire malgré les nombreux changements au sein de la pratique.

Les journalistes et acteurs du milieu de l’information questionnent d’ailleurs couramment leurs pratiques. Ils sont souvent les premiers à formuler des critiques à l’égard de leur profession. Ce processus introspectif n’est pas nouveau, et s’inscrirait plutôt, selon les chercheurs, dans l’histoire du métier.

La réflexivité, ou l’autocritique constante

 «Cette réflexivité existait déjà dans le journalisme nord-américain à la fin du 19e siècle, une période marquée par le déclin du journal d’opinion qui se voit alors supplanté par le quotidien à grand tirage axé sur l’information, vient rappeler Jean-René Philibert, doctorant en communication à l’Université Laval. Les contemporains avaient conscience des transformations qui s’opéraient et, en en discutant, s’y adaptaient, la critique constituant une forme de naturalisation des modifications.»

Abordant également les concepts de convergences et d’interactions, les chercheurs terminent par démontrer que la rhétorique de crise du milieu journalistique n’a pas lieu d’être.

«Le média parle, mais on peut aussi dire qu’il est parlé, collectivement, que son sens est co-construit. Le média a toujours été un travail collectif, une œuvre commune, affirment les auteurs. En cela, le média comme bien commun, "au milieu du village" (Ringlet, 1980), n’est pas une idée nouvelle, mais cela reste une perspective à explorer pour comprendre les changements et les continuités structurelles du journalisme».

Le milieu de l’information vit présentement des bouleversements qui paraissent incontestables,  mais le fait d’associer sans cesse changements, crise et identité professionnelle, déforme une réalité qui doit être comprise dans toute sa complexité. Selon les auteurs, le journalisme vit des mutations constantes il reste bien sûr primordial de porter un regard critique sur les chemins qu’il emprunte. Mais la crise qui anime toute l’industrie aujourd’hui serait d’abord et avant tout, une perte de confiance en sa capacité à s’ajuster de nouveau pour ne pas disparaitre.

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