En un an, le photoreporter Michel Huneault aura passé plus de deux mois à Lac-Mégantic. Quatorze voyages au total à rencontrer la population et arpenter les rues de cette petite ville estrienne paisible, dont le centre-ville a été ravagé par l’explosion d’un train aux wagons remplis de pétrole un soir de juillet 2013. Il en résulte une exposition de photos troublantes, en grande première à la Maison de la culture Rosemont – La Petite-Patrie à Montréal.

En un an, le photoreporter Michel Huneault aura passé plus de deux mois à Lac-Mégantic. Quatorze voyages au total à rencontrer la population et arpenter les rues de cette petite ville estrienne paisible, dont le centre-ville a été ravagé par l’explosion d’un train aux wagons remplis de pétrole un soir de juillet 2013. Il en résulte une exposition de photos troublantes, en grande première à la Maison de la culture Rosemont – La Petite-Patrie à Montréal.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Les photos sont poignantes, la mise en scène également. Sobre et sombre, dans une petite salle de la Maison de la culture, qui donne à croire au visiteur qu’il entre de plain-pied dans une des maisons de la petite communauté méganticoise qui a vu son quotidien bouleversé il y a presqu’un an lorsqu’un train de la MMA a explosé en plein cœur de la ville, emportant quarante-sept vies sur son chemin.

«Une sur cent vingt-huit dans cette municipalité de 6000 habitants, précise Michel Huneault, photoreporter qui a déjà couvert  des drames tout autour de la planète, mais qui assume que celui-ci vient le chercher bien plus que les autres, lui qui a grandi dans les Laurentides. Tout ici me rappelle les paysages de mon enfance. La ville elle-même ressemble à toutes celles dans lesquelles j’évoluais quand j’étais enfant.»

Il avoue d’ailleurs sans regret n’avoir pas couvert l’événement avec toute la neutralité exigée par les grands standards du journalisme enseignés dans les écoles. Lorsqu’il a appris la nouvelle de l’explosion du train au lendemain de la catastrophe, Michel Huneault n’a d’abord pas pris conscience de son ampleur. Il écoute alors les informations, hésite, et finit par faire un sac et partir pour Lac-Mégantic. Il ne pensait pas à ce moment-là qu’il y reviendrait aussi souvent, aussi longtemps. Ce sont des rencontres sur le terrain qui lui ont donné envie de couvrir le sujet sur la durée. Deux, en réalité.

Une grande noirceur

«Par un chaud crépuscule d’été, au moment où Lac-Mégantic bascule dans la nuit, un inconnu m’arrête dans la rue, écrit-il dans le petit texte qui accompagne l’exposition. Devant son silence, je lui demande si tout va bien. Visiblement troublé, il répond. «Non, ma ville vient d’être détruite. (…) L’homme s’appelle Pierre et nous discutons une vingtaine de minutes. Un autre homme, Frédéric, s’approche pour me raconter son histoire. Nous parlons de son emploi à côté du Musi-Café, du fait qu’il connaisse toutes les victimes «d’une façon ou d’une autre». C’est une histoire que j’allais entendre partout par la suite, tel un sombre murmure omniprésent.»

Sombre comme l’atmosphère que Michel Huneault a voulue pour son exposition. Parce que le drame est arrivé en pleine nuit. Parce que la grande majorité des habitants n’est pas encore sortie de l’obscurité. Parce que aussi, le photoreporter considère que les responsables des relations publiques et les forces de l’ordre chargées de protéger le site ont fait preuve et font encore preuve aujourd’hui d’une très grande noirceur.

«Les habitants se demandent encore ce qui s’est exactement passé le 6 juillet, qui est responsable, pourquoi leurs proches sont morts, quelle est l’ampleur de la contamination, ce qu’il adviendra de leur ville. L’obscurité persiste», écrit-il.

«Très vite, le périmètre a été bloqué, caché, explique-t-il en entrevue à ProjetJ. Il l’est encore. Je n’ai cessé de faire des demandes officielles pour y avoir accès, elles ont toute essuyé un refus. C’est dommage, parce que cette catastrophe, l’une des plus importantes du Québec et même du Canada, ne sera jamais documentée visuellement. Il n’y aura jamais d’images professionnelles, notamment des gens qui ont été déplacés parce que leurs maisons se situaient dans la zone rouge. Tout cela va tomber dans l’oubli.»

Peu d’étincelles d’espoir

La longue nuit de Mégantic raconte une histoire de la tragédie. Celle du deuil. Des deuils. Le collectif, celui de toute une communauté qui doit se reconstruire physiquement et psychologiquement. Mais aussi et surtout une multitude de deuils personnels. Michel Huneault bouclera la boucle le 6 juillet prochain, lors du premier anniversaire de ce drame. Durant un an, il sera allé quatorze fois à Lac-Mégantic. En tout, il y aura passé plus de deux mois. Il aura consacré des heures et des heures à mener des entrevues, à comprendre les gens, à les mettre en confiance, assez pour qu’ils acceptent de se faire photographier. Des photos poignantes qui ne font pour ainsi dire montre d’aucune étincelle d’espoir. Des cœurs brisés.

«Parmi toutes les personnes que j’ai rencontrées, un seul couple m’a dit être en paix, raconte-t-il. Ils ont perdu leur fille mais elle repose dans le petit cimetière en face de chez eux. Ils sont très croyants. Les autres se débrouillent avec leur drame comme ils peuvent. Certains étaient avant cela dans des situations compliquées. C’est alors difficile de démêler ce qui provient de la nuit du drame, et ce qui était là avant.»

De portraits en paysages, Michel Huneault parvient à nous emmener avec lui dans l’univers des Méganticois. Tout en finesse, sans voyeurisme mais avec émotion. Le visiteur ressort de là figé. Comme semble l’être aujourd’hui encore, la vie de ceux qui composent cette petite communauté méganticoise tricotée serrée.

La longue nuit de Mégantic, jusqu’au 26 juillet 2014 à la Maison de la culture Rosemont – La Petite-Patrie, 6707, avenue De Lorimier à Montréal.

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