Le quotidien numérique La Presse n’est plus en mode survie mais bien en mode de pérennité, a indiqué mardi son président Pierre Elliott Levasseur lors d’un discours à la Chambre de commerce de Montréal.

Après des années difficiles où les GAFA ont gobé une grande part des revenus publicitaires du quotidien, et une pandémie de COVID-19 depuis mars 2020, l’heure est aux bonnes nouvelles.

« On est excessivement fiers de ne plus parler de survie, mais bien de pérennité. Nous avons pris l’engagement auprès de nos lecteurs-contributeurs que l’argent que nous recevons de leur part retourne entièrement à notre mission de contenu journalistique », a affirmé le président de La Presse, faisant référence au statut d’OBNL obtenu en décembre 2020 par  l’organisation journalistique plus que centenaire.

Les états financiers finaux de 2021 ne seront dévoilés qu’en janvier, mais M. Levasseur a révélé que l’institution du boulevard St-Laurent a connu une hausse de 31% de ses revenus publicitaires en 2021, par exemple.

« En 2021, pas moins de 40% de nos revenus publicitaires ont été générés grâce à des produits qui n’existaient pas il y a à peine quatre ans », a-t-il précisé. Parmi ces produits, on compte les pubs vidéo présentées lorsqu’on consulte une nouvelle édition de La Presse+.

 Les données dévoilées mardi montrent que les diverses plateformes de La Presse (La Presse +, LaPresse.ca, La Presse Mobile) sont lues par 4,2 millions de personnes par mois, soit 65% de la population francophone. Ce lectorat contribue de façon significative au financement de l’organisation par le biais de la philanthropie.  C’est ainsi que La Presse dit également avoir reçu des dons totalisant plus de 13 millions $ de la part de 65 000 donateurs depuis 2019. Pour 2021, les dons ont totalisé 5,2 millions$.

Depuis son virage numérique en 2013, et la fin de la publication papier en 2017, La Presse a réduit son personnel de 900 à 430 employé.e.s, mais a conservé 200 journalistes. « En parallèle au développement de nos produits, a indiqué M. Levasseur, on a revu l’ensemble de nos structures, processus et outils pour réaliser notre vision numérique. Cette transformation humaine et organisationnelle a été tout aussi complexe que le développement de nos plateformes numériques. ».

Pas de paywall

Le président de La Presse a écarté par ailleurs toute implantation d’un paywall, ou système de paiement pour les contenus de l’application pour tablettes La Presse+.

« Je sais qu’il y a plusieurs personnes parmi vous qui seraient prêts à payer pour accéder à de l’information de qualité, a-t-il raconté dans son discours. Je l’entends souvent et vous avez été plusieurs à me le dire. J’en vois même plusieurs dans la salle aujourd’hui. » Il a précisé que son organisation a effectué des études, ces deux dernières années, « pour évaluer l’intention du public de payer pour consulter l’information sur nos plateformes numériques ». Elles ont révélé qu’une minorité du lectorat seulement serait prête à payer pour s’abonner. « Dans le scénario le plus optimiste, a poursuivi M. Levasseur, 60 000 lecteurs acceptaient de payer pour un abonnement. »  Rappelons que seulement 12% des Canadiens francophones paient pour accéder à de l’information, selon la plus récente édition du Digital News Report.

Selon lui, faire payer pour La Presse+ aurait entraîné l’effondrement du lectorat, des revenus publicitaires et du modèle économique de La Presse. Les médias qui réussissent à ne vivre que de leurs abonnements sont des exceptions, dit-il. Il a mentionné le New York Times, le Wall Street Journal ou le Financial Times. Nous pourrions ajouter The Globe and Mail, qui tire désormais 70% de son chiffre d’affaires des abonnements. « En Amérique du Nord, a précisé M. Levasseur, il n’y a aucun autre quotidien, qui est passé d’un modèle papier à un modèle entièrement numérique, qui a réussi à implanter un modèle d’abonnement avec succès. Aucun. Que ce soit à Toronto, Vancouver, Los Angeles, Chicago ou ailleurs. »

Fonds de réserve

L’aide gouvernementale aux médias a également contribué à l’embellie financière de La Presse qui a dégagé une marge bénéficiaire nette de 20% pour l’année 2021, a-t-on appris dans le discours Cette marge était de 10% en 2020.

La situation est favorable au point qu’un fonds de réserve a été mis de côté pour affronter les défis de l’avenir, a conclu M. Levasseur : « Alors que La Presse renoue avec la rentabilité, nous mettons en place un fonds de réserve qui assurera la poursuite de notre mission à long terme. L’industrie des médias est toujours en profonde mutation et il est de notre devoir de demeurer prudent et ne rien prendre pour acquis. C’est dans cette veine que nous créons ce fonds que nous nous assurerons de faire croître, grâce à l’ensemble des acteurs qui nous soutiennent et qui ont à cœur notre réussite maintenant, mais surtout à long terme. »

Reste à voir si ces bonnes nouvelles ne seront pas interprétées par les gouvernement fédéral et provincial que les médias n’ont plus besoin d’aide publique. Rappelons que les crédits d’impôts et d’autres programmes de soutien aux médias arrivent à échéance en 2024. On ignore encore si ces programmes seront prolongés, modifiés ou supprimés.