La Presse+ a passé le cap des six mois d’exploitation. L’occasion d’un premier bilan. L’occasion aussi pour Guy Crevier, président et éditeur de La Presse de se lancer dans une opération séduction à l’échelle internationale. Plusieurs médias, en Europe notamment, ont relayé cette expérience dans leurs colonnes ce mois-ci, la présentant comme une sorte d’ovni dans le paysage médiatique mondial. Revue de presse.

La Presse+ a passé le cap des six mois d’exploitation. L’occasion d’un premier bilan. L’occasion aussi pour Guy Crevier, président et éditeur de La Presse de se lancer dans une opération séduction à l’échelle internationale. Plusieurs médias, en Europe notamment, ont relayé cette expérience dans leurs colonnes ce mois-ci, la présentant comme une sorte d’ovni dans le paysage médiatique mondial. Revue de presse.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Journalism.co.uk

Tout commence le 7 octobre dernier lorsque le très renommé site journalism.co.uk publie un article qui tente de répondre à cette question : pourquoi un journal canadien a dépensé quarante «petits» millions dans une application gratuite?

La journaliste de ce média britannique explique avoir entendu Guy Crevier lors d’un  sommet sur les tablettes et les applications qui avaient lieu à Berlin plus tôt cet automne, expliquer que les quarante millions nécessaires au développement de La Presse+ n’étaient rien comparés à ce qu’aurait nécessité la création et la distribution d’un nouvel imprimé.

Réaffirmer également que si Gesca a décidé de proposer un produit gratuit, c’est que les jeunes générations s’attendent à consulter les nouvelles gratuitement et que donc, le phénomène est selon lui, irréversible.

Parmi les quarante millions dépensés, deux ont été attribués à la recherche et à des études qui ont démontré que «le challenge pour les éditeurs est d’aller chercher la jeune génération, explique Guy Crevier. Jeune génération qui ne veut pas payer pour s’informer. La plupart des stratégies numériques mises en place par les journaux sont en fait des stratégies de vente», ajoute-t-il, faisant référence aux murs payants qui se dressent dans nombre de rédactions partout sur la planète.

La Croix

Dix jours plus tard, c’est le quotidien français La Croix, qui se lance dans une critique dithyrambique de l’application iPad, titrant sur un ton affirmatif, La Presse+, le quotidien du futur… tout en plaçant sa chronique derrière un paywall, accessible donc uniquement à ses abonnés.

Le journaliste, qui s’est entretenu avec Guy Crevier, parle d’une «révolution tranquille» en provenance de Montréal, et affirme que «cette nouvelle offre, qui préfigure le journal numérique de l’avenir, pourrait à terme se substituer à l'édition papier.»

Citant Guy Crevier, il explique que «l’objectif n’était pas de transférer le journal papier sur un nouveau support, mais d’inventer un nouveau média qui combinera le meilleur de l’écrit, le meilleur du web et le meilleur de la vidéo»

Méta-Média

Éric Scherer, directeur de la prospective à France-Télévisions, insiste quant à lui sur les embauches de journalistes que l’expérience a généré. Sur son blogue Méta-média – chronique de la révolution  mondiale de l’information, il titre le 18 octobre dernier, soit six mois jour pour jour après le lancement de La Presse+, sur un virage numérique avec 55% de journalistes en plus.

Des chiffres qui pourraient être contestés et qui devraient surtout être revus à la baisse une fois que l’application sera sur les rails, comme l’expliquait Frédéric Murphy à Projet J cet été.

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Éric Scherer, de passage à Montréal, a pris le temps de se rendre dans les locaux de la rue Saint-Jacques et en est ressorti visiblement séduit.

«Vous en connaissez beaucoup des rédactions de journaux qui, ces six derniers mois, sont passées de 225 à 350 journalistes? Et sans faire payer le lecteur?, écrit-il. J’en ai rencontré une à Montréal : celle du grand quotidien La Presse avec sa superbe application gratuite La Presse+ pour iPad lancée mi-avril, qui se veut la nouvelle édition numérique du quotidien. Six mois après, c’est, en ce moment, LA «success story» audacieuse des médias canadiens. Au point que ses dirigeants comptent bien se passer un jour du papier et se prêtent à rêver à exporter la formule sur d’autres marchés francophones.»

Il apporte cependant quelques petits bémols à sa présentation, notamment la disparition de Paul Desmarais, qui selon lui, «croyait en ce projet. Nul ne sait si ses héritiers et les futurs dirigeants du groupe Power continueront l’aventure dans les médias», écrit-il.

MediaType

Direction la Belgique et le blogue MediaType – Journalisme en mutation. Sous le titre Digitale et radicale, La Presse+ bouscule la presse numérique, Nicolas Becquet explique que le quotidien montréalais est passé en digital-first, fournit les mêmes chiffres officiels que ses petits camarades, mais applaudit surtout le risque pris par la haute direction.

«Au-delà du défi journalistique que ce virage représente, il est frappant de constater qu’il existe des patrons de presse qui ne tergiversent plus, qui, au lieu de se lamenter, prennent les devants avec des décisions radicales, évitant ainsi des compromis souvent annihilant et insatisfaisants», écrit-il.

Il insiste également sur «l’enthousiasme» des journalistes affectés à ce nouveau média. Citant Projet J. Mais diffusant également une longue entrevue avec Judith Lachapelle, journaliste à La Presse rencontrée à l’occasion de la Conférence nationale des métiers du journalisme (CNMJ), organisée à Paris en octobre.

Fagstein

Ce petit tour de la planète se termine, ici, au Québec, sur le blogue de Steve Flaguy, alias Flagstein. C’était mardi dernier.

Dans un article très documenté et pour les besoins duquel il a rencontré Guy Crevier en personne, le journaliste montréalais se demande si La Presse va pouvoir sauver l’industrie des journaux imprimés en faisant quelque-chose de mal?

Il explique pourquoi il était dubitatif lors du lancement de l’application iPad, surtout à cause de la gratuité. Et comment après une leçon d’une heure avec le président et éditeur de La Presse, il est ressorti (presque) convaincu. Un article long et en anglais, mais qui mérite d’être lu jusqu’au bout.

Guy Crevier y avoue même à demi-mot et avec un petit sourire en coin, avoir parfois un sentiment de peur.

Une opération séduction qui semble en tout cas réussie pour La Presse+ et son plus grand défenseur, Guy Crevier. Mais une opération qui se base pour l’instant sur des chiffres difficilement vérifiables, et que certains analystes considèrent même comme insuffisants pour réaliser le rêve de Gesca, à savoir abandonner le papier. Les prochains mois seront donc cruciaux et permettront d’établir si oui ou non, cette belle opération marketing menée par La Presse+ auprès des médias internationaux se transforme en réelle success story.