par François Carabin, correspondant parlementaire du Devoir

Le Parlement du Québec souligne depuis peu l’histoire de son association de journalistes, l’une des plus vieilles de la planète. Pas moins de 150 ans après sa naissance, la Tribune de la presse du Parlement du Québec a célébré mardi soir le lancement d’une exposition sur son évolution.

Quelques nouveaux et anciens journalistes – dont la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy – ont inauguré cette expo, qui habitera les couloirs du pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale pour les mois à venir. Celle-ci vise à retracer l’imposant passé des journalistes politiques du Québec, un artéfact et une anecdote à la fois.

Car la couverture des rebondissements parlementaires québécois ne date pas d’hier. Des journalistes les suivent depuis le 18e siècle. Or, c’est le 11 novembre 1871, quelques années après la Confédération, qu’ils ont décidé de s’unir, notamment pour évacuer les lobbyistes et autres badauds qui occupaient de l’espace dans la trop petite salle de l’Assemblée législative.

« Il y a un siècle et demi, les reporters ont pris, sous l’impulsion de leur confrère Hector Fabre, la direction complète de la galerie des journalistes du Parlement », a rappelé mardi l’ex-président de la Tribune de la presse et membre du comité organisateur du 150e anniversaire, Marco Bélair-Cirino, dans une courte allocution prononcée devant quelques dizaines d’invités.

Depuis 1871, donc, avant même que les députés déménagent dans l’actuel Hôtel du parlement, les correspondants parlementaires écoutent, rapportent et commentent, perchés dans les hauteurs de la Chambre. L’exposition lancée mardi vise à relever le passage à la Tribune d’importants personnages: Evelyn Dumas, Pierre Laporte, Henri Bourassa – dont le masque mortuaire est exposé parmi les nombreux souvenirs récoltés.

L’équipe actuelle de la Tribune aura travaillé plus de deux ans pour accumuler les informations nécessaires au lancement de cette petite galerie. Des grands moments de l’histoire du Québec y sont présentés à travers la lorgnette des médias québécois. Elle abrite entre autres un télégramme adressé par la Tribune de la presse à la femme d’un de ses ex-membres, Pierre Laporte, dans les instants suivant sa mort lors de la Crise d’octobre 1970.


Une première femme en 1962

L’exposition aborde par ailleurs la présence des femmes, qui auront attendu pratiquement cent ans pour accéder à ce « grand collège de gars ». C’est le journaliste Evelyn Dumas, entrée à 19 ans au Parlement, qui a brisé le plafond de verre en 1962 pour Le Devoir.

« Elle est entrée au Parlement plusieurs mois avant Marie-Claire Kirkland-Casgrain », la première députée de l’Histoire du Québec, a soulevé mardi l’historien Jocelyn Saint-Pierre, qui a signé deux livres sur la Tribune.

Le conseil d’administration de la Tribune a pris soin d’accorder à la couverture de la pandémie sa place dans l’exposition.

À ce moment « charnière » de l’Histoire, a fait remarquer Marco Bélair-Cirino, rares étaient les points de presse animés de A à Z par des journalistes. Pourtant, quand le « trio COVID » de François Legault, Christian Dubé et Horacio Arruda se rassemblait en début de pandémie, la grande messe de 13h était à chaque fois modérée par un membre de la Tribune.

Tout près de 150 ans après sa création, la Tribune de la presse du Parlement du Québec vit toujours. Elle recommande l’accréditation des médias et de ses membres, en plus de représenter leurs voix auprès des ailes législative et exécutive de l’État québécois.

« Il faut défendre la Tribune de la presse du Parlement de Québec avec vigueur, a signifié Marco Bélair-Cirino, mardi. Plus la presse parlementaire est forte, plus la démocratie québécoise est forte. »

Note : Il est possible de voir l’exposition en visite libre durant les heures d’ouverture du pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale à Québec, du lundi au vendredi entre 8 h 30 et 16 h 30.

Texte relu et édité par Jean-Hugues Roy et Patrick White

François Carabin