Sur place à Lac-Mégantic depuis lundi matin, Steeve Dugay, photoreporter pour l’Agence France Presse (AFP) raconte comment s’opère le travail des journalistes sur le terrain. Ou quand le professionnalisme doit prendre le dessus sur l’émotion.

Sur place à Lac-Mégantic depuis lundi matin, Steeve Dugay, photoreporter pour l’Agence France Presse (AFP) raconte comment s’opère le travail des journalistes sur le terrain. Ou quand le professionnalisme doit prendre le dessus sur l’émotion.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«La première chose qui m’a marqué en arrivant sur les lieux, c’est la grande résilience de la population, raconte le photographe. Plus de 48 heures après le drame, la première onde de choc était passée.»

Steeve Dugay apprend la nouvelle de l’explosion du train à la radio dimanche en rentrant d’une fin de semaine de camping. Il est correspondant pour l’AFP. Dans la soirée, l’agence l’appelle pour l’envoyer sur le terrain dès le lendemain matin, avec le journaliste Clément Sabourin.

«Quand on arrive sur une scène comme celle-là, explique-t-il, il y a un côté chaotique. Il faut prendre l’information, inspecter les lieux, entrer en contact avec les confrères déjà sur le terrain, se renseigner sur les heures de points de presse, etc. Dans ces cas-là, il y a toujours une grande solidarité entre les journalistes, même si nous travaillons pour des groupes de médias concurrents. Cette concurrence est surtout vraie au niveau de nos patrons.»

Dérapages

Vient ensuite le temps d’aborder la population. Avec respect et humilité car certains d’entre eux ont tout perdu: famille, amis, travail, maison.

«Ils comprennent généralement le rôle des médias dans une telle situation, assure le photoreporter. Ils nous donnent volontiers accès à une certaine partie de leur vie privée. Ils sont ouverts à parler de ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils ont perdu. Le contact est généralement assez facile. C’est sûr qu’il y a parfois des dérapages de certains collègues et que c’est toute la profession qui paie par la suite. Il ne faut pas forcer la main et s’assurer qu’ils sont réellement d’accord pour témoigner.»

Steeve Dugay pointe là les dérives de l’information en continu, qui oblige, selon lui, à avoir toujours plus de matériel, toujours plus de témoignages, et qui passe parfois la frontière de l’intimité.

«Il y a des médias qui sont plus agressifs que d’autres, estime-t-il. Qui veulent absolument entrer sur le site par tous les moyens. La population se sent piétinée et ça génère de la grogne.»

Difficile de bien faire son travail

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Pour parer à cela, il faut trouver des angles nouveaux.

«À l’AFP par exemple, nous nous sommes très vite tournés vers les conséquences environnementales avec tout ce pétrole qui se déverse dans la rivière Chaudière. Le human est toujours en toile de fond. Nous couvrons notamment le retour des gens à leur domicile. Aujourd’hui, alors que le patron de la compagnie ferroviaire à l’origine du drame se rend à Lac-Mégantic, nous allons nous intéresser à la manière dont il sera accueilli par la population. Mais aussi revenir sur son comportement de ces derniers jours, sur l’opportunité de faire passer de tels trains eu centre de villes, sur le manque de sécurité, peut-être.»

Les clichés de Steeve Dugay ont déjà fait le tour de la planète. Des médias français, européens, africains, américains même, les ont publiés par le biais de l’AFP. Il avoue pourtant que c’est très difficile de bien faire son métier sur ce terrain en particulier.

«Il y a des interdits partout, affirme-t-il. La Sureté du Québec est omniprésente. Le site même de l’incendie nous est interdit. Nous y avons moins accès que la population. Pour certaines instances, si un citoyen lambda prend des photos, la distribution sera restreinte même s’il la poste du Twitter. Mais s’il s’agit d’un photoreporter, qui plus est d’une grande agence de presse, l’impact sera plus large. C’est comme si on voulait contrôler notre travail et toute la communication autour du drame.»

 

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