L'image est devenue la porte d'entrée dans l'information, selon le président-directeur général de l'Agence France Presse (AFP), Emmanuel Hoog. De passage à Montréal vendredi à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), il a résumé les défis qui se présentent à son organisation et la façon dont elle entend y faire face. Sa priorité: la vidéo, la photo et l'infographie.

Voir aussi: Le PDG de l'AFP en visite à Montréal

L'image est devenue la porte d'entrée dans l'information, selon le président-directeur général de l'Agence France Presse (AFP), Emmanuel Hoog. De passage à Montréal vendredi à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), il a résumé les défis qui se présentent à son organisation et la façon dont elle entend y faire face. Sa priorité: la vidéo, la photo et l'infographie.

Depuis l'arrivée de M.Hoog à sa tête en 2010, l'AFP a décuplé sa production de vidéos, passant de 20 vidéos produites et diffusées quotidiennement à une moyenne quotidienne variant entre 150 et 200. Pour une agence née sur le texte, ce virage vers le contenu visuel est «un défi culturel et intellectuel», a précisé celui qui a notamment dirigé l'Institut National de l'audiovisuel (INA) français et la Fédération internationale des archives de télévision (FIAT).

Bien qu'arrivée sur le marché de la vidéo après ses concurrentes, l'AFP est devenue la première agence mondiale à tourner et diffuser en haute définition. Grâce à une équipe d'une soixantaine de personnes épaulées de pigistes dispersés à travers la planète, elle diffuse l'information brûlante de l'heure, mais aussi des reportages de type magazine et des enquêtes, en plus de s'intéresser à l'environnement, à la culture, aux nouvelles technologies et à l'insolite, et d'alimenter des banques d'images d'illustration.

Le direct multimédia

Au cours des prochains mois, l'AFP poussera l'expérience vidéo encore plus loin en offrant un service de diffusion en continu (streaming) de certains grands évènements. Depuis 2010, l'agence affûte ses armes sur le terrain du direct grâce à son nouveau format éditorial appelé Live Report. Réservé au web, il permet de suivre la chronologie d'un événement en temps réel par le biais de dépêches, de photos et d'autres contributions journalistiques. L'AFP ouvre un Live dès que plusieurs dépêches urgentes sur un même sujet s'accumulent. Elle hiérarchise l'information au fur et à mesure du déroulement de l'histoire.

Ce format a également mis la table au journalisme multimédia. Dans le cadre du projet Iris, l'agence réorganise l'ensemble de sa chaîne de production pour sortir de la couverture par métiers (rédacteurs, vidéastes, photographes, infographistes) et traiter l'information de manière plus transversale. Pour les artisans, ceci n'implique pas de devenir des «journalistes Shiva», a précisé Philippe Massonnet, le directer de l'information de l'AFP, mais de travailler en équipe de façon plus approfondie pour livrer des contenus sur une seule plateforme multimédia combinant les textes, les photos et les vidéos. L'agence veut ainsi approfondir sa couverture et cesser de distribuer ces contenus à ses clients via trois outils différents.

Historiquement, l'AFP a toujours eu des «clients» à qui elle vend des contenus. Néanmoins, là aussi elle évolue: elle développe des partenariats. En cette année électorale, elle a mis en place un partenariat avec TV5Monde pour la couverture des élections aux États-Unis. En collaboration avec le quotidien Libération, elle a également élaboré un comparateur de citations politiques pour la durée de la campagne présidentielle française. De plus, elle travaille à développer une coopération avec la chaîne Al-Jazira pour intensifier sa couverture du monde arabe – un terrain sur lequel elle prévoit investir davantage, tout comme en Inde et au Brésil.

Rigueur, rigueur, rigueur

Néanmoins, tous les chantiers entrepris par l'AFP ne doivent pas éclipser ses valeurs fondamentales, a insisté M.Hoog: la rigueur ne tolère aucune concession face à la vitesse et à la masse grandissante d'information. Ce souci de la vérification et du détail a d'ailleurs poussé l'agence à acquérir le logiciel TunGstène permettant de détecter les images retouchées. Cet outil d'expert lui a permis de démontrer que la photo du visage mutilé de Ben Laden, relayée dans le monde entier peu après l'assaut américain sur sa résidence d'Islamabad, était un photomontage (vidéo explicative de NouvelObs.com ci-après). Utilisé également par le ministère français de la Défense, TunGstène permet à l'AFP d'authentifier les images émanant de sources extérieures, qu'il s'agisse de services de presse commerciaux ou politiques, ou de citoyens.

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Ce logiciel peut prendre plusieurs heures avant d'aboutir à une analyse complète d'une image. Mais pour M.Hoog, il vaut mieux avoir un peu retard sur la nouvelle et la concurrence que de faire des erreurs, car la crédibilité de l'agence est basée sur la vérification. Il met d'ailleurs en garde contre les dérives de la vitesse: «L'information plus rapide que ce qu'on observe aujourd'hui, ça devient de la fiction». Pour lui, il y a de plus en plus de bruit, de redondance, mais de moins en moins de véritable information. Il exige donc de ses journalistes qu'ils prennent du recul et qu'ils rapportent l'information en profondeur, car «comprendre le monde c'est avoir l'Histoire en tête».