«Nous invitons les médias de Quebecor à réintégrer le Conseil de presse du Québec (CPQ). Ensemble, nous pourrons travailler à rendre cet organisme encore plus solide, rigoureux et crédible, ce qui sera à l'avantage de tous.» C'est sur cette main tendue que l'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte concluait son texte de vendredi intitulé «L'arrogance de Quebecor». Le lendemain, son journal publiait une lettre du président du conseil, John Gomery, qui appelait lui aussi le conglomérat à rentrer dans les rangs.

«Nous invitons les médias de Quebecor à réintégrer le Conseil de presse du Québec (CPQ). Ensemble, nous pourrons travailler à rendre cet organisme encore plus solide, rigoureux et crédible, ce qui sera à l'avantage de tous.» C'est sur cette main tendue que l'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte concluait son texte de vendredi intitulé «L'arrogance de Quebecor». Le lendemain, son journal publiait une lettre du président du conseil, John Gomery, qui appelait lui aussi le conglomérat à rentrer dans les rangs.

Quelques jours auparavant, le président et éditeur de La Presse et président de Gesca, Guy Crevier, comparaissait en consultation publique (son mémoire ici) devant la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et lui demandait de «fournir au Conseil de presse du Québec les moyens de mieux remplir sa mission». John Gomery pour sa part demandait l'adoption d'une loi pour obliger les entreprises de presse à adhérer à son organisme. Cette loi forcerait Quebecor à revenir dans le giron du CPQ, car «on ne peut tolérer que près de 40% de l'information produite au Québec échappe aux mécanismes d'imputabilité auxquels se soumettent les autres médias québécois», martèle le président du conseil.

Les récriminations de Quebecor

Mais le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, doute qu'il soit légal de rendre obligatoire l'adhésion au Conseil de presse. En entrevue à La Presse Canadienne la semaine dernière, il a plutôt invité le CPQ à se pencher sur la transparence et l'équité de ses procédures. À ce chapitre, la position de son entreprise – qui se soustrait aussi au Conseil de presse en Ontario, au Manitoba et en Alberta – est inchangée. Elle lui reproche notamment «le caractère arbitraire de ses décisions qui varient au gré de l'opinion personnelle des personnes composant le Comité qui étudie chaque plainte, qui appliquent les principes d’un document intitulé Les droits et responsabilités de la presse sans constance ni cohérence et sans prendre en considération les décisions antérieures rendues dans des situations similaires», explique son porte-parole J. Serge Sasseville.

«Nous nous sommes aussi souvent plaints du fait que le Conseil n’exige pas de ceux qui déposent une plainte devant lui qu’ils renoncent à poursuivre les médias et journalistes qui font l’objet de cette plainte, afin d’éviter, comme cela s’est trop souvent produit, que les décisions rendues par le Conseil suite à un processus trop sommaire soient utilisées devant les tribunaux civils», poursuit le vice-président aux affaires corporatives et institutionnelles de Quebecor Media. «Plutôt que de s’entêter à diaboliser Quebecor pour avoir pris une décision réfléchie basée sur le refus de voir des principes de justice fondamentaux bafoués à répétition par leur organisme, les dirigeants du Conseil de presse feraient mieux de consacrer leurs énergies à corriger les tares importantes qui affectent son fonctionnement», conclut-il.

«Faire évoluer» le CPQ

Il y a un an, le professeur Pierre Trudel, titulaire au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal et directeur du Centre d'études sur les médias, appelait lui aussi à repenser le rôle du CPQ. Le juriste juge que le rôle de tribunal d'honneur nuit à la liberté de presse, car ses décisions peuvent se retourner contre les journalistes en cour et mènent à une judiciarisation du travail journalistique. Selon lui, le CPQ devrait délaisser l'étiquette de «tribunal» pour celle de «conscience» et revenir à sa mission première de veiller à la protection de la liberté de presse et du droit du public à une information de qualité en s'attaquant aux problèmes structurels qui minent la confiance du public à l'égard de la qualité de l'information, soit la convergence, la couverture régionale, la protection des sources et le contrôle de l'information.

Le Conseil de presse n'est pas sourd à ces critiques. «Quant à la prétendue résistance du CPQ aux suggestions visant à réformer ou à «faire évoluer» ses procédures, pour reprendre les mots de M. Péladeau, il saurait, s'il n'avait pas quitté le Conseil, que nous en avons modifié récemment plusieurs aspects, et que d'autres changements sont déjà prévus», indique John Gomery. Depuis le retrait du Journal de Montréal et du Journal de Québec, le conseil a en effet travaillé à la modernisation de son code de déontologie en collaboration avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et s'est appliqué à développer «le caractère pédagogique de ses décisions». Il a également consacré plus de ressources à la réflexion sur la profession et l'industrie des médias. Il lancera d'ailleurs très prochainement une plateforme web qui se voudra un lieu de référence, de vulgarisation et de débat sur les questions déontologiques, éthiques et juridiques reliées au monde de l’information et des médias.

 

Voir aussi:

Table rase sur le Conseil de presse

 

 

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