Il n’y a pas qu’au Québec qu’une nouvelle en chasse une autre, mais ce serait encore plus vrai ici. C’est du moins l’analyse de Jean-François Dumas et de son équipe d’Influence Communication, qui dans l’État de la nouvelle 2013, dépeint une couverture médiatique très polarisée. Analyse qu’il est allé défendre le mois dernier en faisant la tournée des studios.

Il n’y a pas qu’au Québec qu’une nouvelle en chasse une autre, mais ce serait encore plus vrai ici. C’est du moins l’analyse de Jean-François Dumas et de son équipe d’Influence Communication, qui dans l’État de la nouvelle 2013, dépeint une couverture médiatique très polarisée. Analyse qu’il est allé défendre le mois dernier en faisant la tournée des studios.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Au Québec, on parle tous de la même affaire, dans le même angle, de la même façon», affirme-t-il au micro de Benoit Dutrizac sur les ondes du 98.5FM. «C’est très propre au Québec cette polarisation», répond-il à Marie-France Bazzo à Ici Radio-Canada Première, alors qu’elle lui demande si cette «monomanie» est une tendance lourde.  Vous savez, poursuit-il, ce qui intéresse les médias à Rivière-du-Loup, ce sont les nouvelles locales, les sports et les faits-divers. Globalement, ce qui intéresse le Québec, ce sont les sports, les nouvelles locales et les faits-divers. En fait le Québec, médiatiquement parlant, c’est un grand Rivière-du-Loup.»

Les journalistes et chroniqueurs québécois seraient donc les champions de la focalisation. Et pour appuyer sa démonstration, Jean-François Dumas prend l’exemple du Canadien de Montréal, qui à lui seul capte 78% de toute l’attention portée par les médias québécois sur le sport, quand les médias ontariens offrent au hockey, seulement 44% du poids média qu’ils consacrent pour leur part, aux sports.

La Charte éclipse le reste

Autre exemple destiné à soutenir cette théorie, le débat sur la Charte des valeurs, qui se démarque de toutes les autres nouvelles à l’automne.

«Entre le 7 septembre et le 7 octobre, on a tellement parlé de la Charte, raconte-t-il à Marie-France Bazzo, que ça a fait ombrage à d’autres sujets qui généralement nous préoccupent beaucoup à cette période. Pendant un mois, pendant qu’on ne parlait pratiquement que de cette Charte, on a fait 41% moins d’économie, 28% moins d’infrastructures, donc les ponts qui tombent, 23% moins de santé et16% moins d’intérêt à l’éducation. Donc, les thèmes qui traditionnellement préoccupent les Québécois ont tous été mis de côté pendant  qu’on se concentrait sur la Charte.

L’éducation, qui sort d’ailleurs grande perdante de cette édition 2013 de l’État de la nouvelle. La faute à la polarisation médiatique toujours? Le président d’Influence Communication le croit. Alors qu’en 2012, la crise étudiante avait fait couler beaucoup d’encre, occupant 10% de l’actualité dans les médias, ce secteur reprend en 2013 son rang habituel avec seulement 0,25% du poids médiatique.

Y a-t-il un Québécois à Boston?

Les médias québécois dépeignent donc une société distincte très québéco-centrée.

«Bien sûr, la nouvelle de l’année, c’est la tragédie de Lac-Mégantic, explique Jean-François Dumas, au micro de Benoit Dutrizac. C’est même la nouvelle la plus médiatisée au Québec tant sur une période de 24 heures que de 7 jours, et ce depuis 2001.»

[node:ad]

Loin devant le tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti et les événements du 11 septembre 2001, confirment les tableaux publiés dans le bilan.

«En deuxième position, arrivent les attentats du marathon de Boston, poursuit-il. Mais à ce propos, nous avons suivi les comptes Twitter de tous les grands médias. De quoi parlait-on dans la première demi-heure? Pas qu’il y avait des morts, pas qu’il y avait des explosions. Les grands médias posaient une question: connaissez-vous un Québécois à Boston? Pas un francophone, un Bostonnais qui parle français. Un Québécois! Parce que statistiquement, lorsqu’il y a une nouvelle internationale et que nos médias réussissent à y accrocher un Québécois, donc une proximité géographique ou émotive, ils vont leur accorder vingt-cinq fois plus d’attention.»

Le Québec, un gros fait-divers

Au final l’année 2013 aura été assez typique dans les médias québécois, selon le bilan établi par Influence Communication. D’année en année, le courtier pointe certaines dérives, comme l’appauvrissement de la couverture internationale, sans que rien ne change réellement.

Excepté cependant le regard que portent les médias étrangers sur la province.

«Avant janvier 2012, 58% de l’intérêt porté par les médias étrangers à notre égard, c’était deux choses, explique M. Dumas aux auditeurs du 98.5FM. Les attraits culturels et les attraits touristiques. On avait une couverture bonbon. Depuis le 1er janvier 2012, il est arrivé un paquet de nouvelles: Lac-Mégantic, Magnotta, le conflit étudiant, l’évasion de Saint-Jérôme, la corruption, la collusion, l’attentat au Métropolis, et j’en passe… le Québec est devenu un gros fait-divers dans la presse internationale où les attraits touristiques ont perdu 49% de leur poids média. La vision à l’égard du Québec est en train de se transformer.»

Télécharger L’État de la nouvelle 2013

À voir aussi:

Lac-Mégantic ne fait plus la une

Le Québec, champion du monde du fait-divers