J.Serge Sasseville, Vice-président, Affaires corporatives et institutionnelles, Quebecor Media, réplique à Marc-François Bernier titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l'Université d’Ottawa: "Dans un État de droit démocratique et transparent, toute organisation ou individu qui se voient confier la gestion des fonds publics doit s’attendre à un niveau d’imputabilité à la mesure de sa lourde responsabilité".

Par J.Serge Sasseville, Vice-président, Affaires corporatives et institutionnelles, Quebecor Media

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Réplique à La campagne de Quebecor contre la SRC/CBC transgresse l'éthique et la déonthologie du journalisme

En des temps plus obscurs, l’Église usait chez nous de la censure et de l’index pour définir l’orthodoxie morale et le bon goût. Débarrassés un temps du joug ecclésiastique dans la foulée de leur ouverture sur le monde et de la modernisation de leurs institutions, nos concitoyens s’en sont crus enfin libérés. Il semble aujourd’hui que ces bergers des âmes dont nous nous croyions affranchis sont toujours bien vivants, ayant troqué soutanes et cornettes pour la toge et le mortier, investissant les chaires universitaires pour en faire des temples à la gloire de tous ces acronymes repus des cotisations de leurs ouailles captives.

Ces gardiens de la foi défendent leurs dogmes avec un zèle digne de Mgr Bourget (et que n’aurait pas renié Enver Hoxha), excommuniant quiconque ose remettre en question le fondement divin et inaliénable de leurs prérogatives. Il ne saurait être question pour ces croisés modernes de renoncer à leur monopole sur la Vérité. Toute liberté exercée hors de leur périmètre canonique doit être combattue comme une dangereuse hérésie, érigée en complot contre la déontologie et l’éthique, ces nobles concepts dont nos preux guerriers se sont investis jusqu’à en devenir l’incarnation même. L’infidèle et la sorcière, le libre penseur comme la libre entreprise, doivent se soumettre ou périr au bûcher, sous les imprécations d’une élite syndicalo-universitaire en transe.

Hors de leur chapelle, point de salut. Et n’osez surtout pas poser l’œil même un instant sur leurs vaches sacrées, sous peine de subir les foudres de ce bon docteur Bernier, leur grand-prêtre, qui toujours veille au grain. Examiner les modalités du financement et de la reddition de compte à CBC/Radio-Canada? N’y songez même pas. Le bon docteur dénoncera en chaire vos comportements déviants et immoraux, votre état de péché perpétuel et vos méchantes motivations idéologiques. Grand expert des médias, ne lui viendrait-il vraiment jamais à l’esprit qu’on puisse enquêter sur CBC/Radio-Canada tout simplement parce que c’est d’intérêt public?  

Une servilité moindre face au panthéon de ses donneurs d’ouvrage syndicaux lui permettrait de conclure que, dans le cas qui nous occupe, une entreprise média essaie de faire légitimement un travail d’enquête et de recherche que la société d’État s’ingénie à rendre toujours plus laborieux par un recours systématique aux exceptions prévues à la Loi. Il est utile de rappeler au bon docteur et à ses apôtres que CBC/Radio-Canada a de ces exceptions une définition fort élastique, qui paraît relever d’une herméneutique propre à la télévision d’État, et que ces pirouettes sémantiques font présentement l’objet d’une contestation devant les tribunaux par la Commissaire à l’information du Canada.

Dans un État de droit démocratique et transparent, tout organisation ou individu qui se voit confier la gestion des fonds publics doit s’attendre à un niveau d’imputabilité à la mesure de sa lourde responsabilité. De même, un diffuseur public a le devoir de s’adresser à tous les citoyens et contribuables; il ne peut ignorer arbitrairement certains diffuseurs privés sous prétexte de concurrence et en favoriser d’autres en raison d’affinités naturelles. Il en va de la neutralité des services publics. La direction de CBC/Radio-canada boycotte pourtant systématiquement les médias de Quebecor Media, malgré que, et de l’aveu même de CBC/Radio-Canada, ils rejoignent le plus grand nombre de citoyens canadiens et québécois.

Ces faits en apparence incontournables sont pourtant allégrement contournés par M. Bernier. L’aveuglement volontaire et chronique dont il fait preuve dès qu’il est question de Quebecor laisse croire à une volonté pas même voilée de discréditer l’entreprise et ses collaborateurs. Il se cantonne volontiers dans le rôle de courroie de transmission de la rumeur syndicale, servant de caution académique à celle-ci. Cette rumeur, aux relents de paranoïa, veut que la direction de Quebecor se soit donné comme mission de façonner l’opinion publique pour mieux l’orienter et l’intoxiquer. On pourrait en rire s’il ne semblait pas y croire dur comme fer. Lui est-il si difficile de comprendre qu’une entreprise en soit venue à bien cerner les attentes de son public et réussisse à le satisfaire jour après jour? Lui est-il si dur d’accepter que ce qui ne lui plaît pas puisse néanmoins devenir un immense succès populaire?

L’attachement de M. Bernier à de pseudo-tribunaux d’honneur aux procédures arbitraires, plus pétris d’idéologie que de déontologie, laisse poindre une vision pour le moins corporatiste de l’éthique, de la démocratie et du droit. Ces structures bancales, qui ne dépareraient pas une république bananière, suintent le parti pris. Sous couvert de traiter les plaintes du public, on y fait bien plus le procès d’une forme pourtant légitime et professionnelle de journalisme, dont la plus grande faute est de ne pas plaire à une élite bien-pensante pour qui tout succès populaire contient en germe une dérive populiste malvenue.

En terminant, rappelons à M. Bernier que la direction de Quebecor Media est tout à fait consciente de ses obligations. Elle est fière des milliers d’emplois qu’elle a créés au Canada, de l’amélioration de la diversité des voix qu’a permis le lancement de nombreux nouveaux journaux et chaînes de télévision, des nouvelles technologies qu’elle a permis de rendre disponibles aux Canadiens, de l’amélioration aussi admirable que constante de sa rentabilité au cours des dix dernières années ainsi que des autres modalités d’enrichissement que procure son activité aux Québécois et aux Québécoises. Peut-être le docteur Bernier préférerait-il plutôt que ce soit des entreprises étrangères qui contrôlent nos outils économiques comme au temps béni de la Grande Noirceur et du fer à une cenne la tonne.