Les parlementaires sont globalement très critiques à l’égard du travail des journalistes, de la qualité de l’information qu’ils produisent et de leur apport aux débats démocratiques. C'est ce que révèle une étude menée par le Centre d'études sur les médias de l'Université Laval. Intitulée «Les parlementaires de l'Assemblée nationale et les médias: consommation et évaluation des médias», elle a pris le pouls de 211 élus ou ex-lus ayant siégé à l'Assemblée nationale du Québec entre 1956 et 2009.

Les parlementaires sont globalement très critiques à l’égard du travail des journalistes, de la qualité de l’information qu’ils produisent et de leur apport aux débats démocratiques. C'est ce que révèle une étude menée par le Centre d'études sur les médias de l'Université Laval. Intitulée «Les parlementaires de l'Assemblée nationale et les médias: consommation et évaluation des médias», elle a pris le pouls de 211 élus ou ex-lus ayant siégé à l'Assemblée nationale du Québec entre 1956 et 2009.

Les répondants basent leur évaluation du travail journalistique sur une importante consommation médiatique. En moyenne, les parlementaires consultent en effet l’équivalent de 4 éditions de quotidiens au moins 5 jours par semaine. Ils sont également de grands consommateurs d'émissions d'information ou d'affaires publiques à la télévision. La radio par contre n'occupe qu'un rôle d'accompagnement dans leur routine. Quant à Internet, bien qu'entré dans les mœurs des nouvelles générations de parlementaires, il est loin d'avoir le poids de la presse écrite et de la télévision. Seulement 3,4% des répondants consultent des blogues politiques tous les jours ou presque.

S'ils sont de grands consommateurs de médias, les parlementaires n'y trouvent pas pour autant leur compte. 63% des répondants estiment que les médias ne favorisent pas les débats approfondis. Ce sentiment habite davantage les cohortes les plus récentes et moins les libéraux (58%) que les péquistes (72%) et les députés des autres formations politiques (75%). Il est par ailleurs plus présent chez les députés de la région de Québec (80%) que chez ceux du reste de la province (62%). Selon les chercheurs, il est probable que le jugement de plusieurs députés de la région de la Capitale soit influencé par «la radio d’opinion "extrême" pratiquée par certaines stations» qui carburent au dénigrement et à la confrontation sociale.

Du même souffle, 68% des répondants estiment que les médias rendent mal compte de la complexité des enjeux auxquels font face les gouvernements et 81% jugent que la couverture médiatique ne rend pas justice au travail des parlementaires. Les parlementaires considèrent que les enjeux sont très rarement traités avec la profondeur qu’ils mériteraient et déplorent la dictature de l’opinion, des éditorialistes et des chroniqueurs, le manque d’enquêtes, de dossiers fouillés et la dilution du contenu dans des clips de 10 ou de 15 secondes, notent les chercheurs.

À ce chapitre, une proportion importante de députés pointent les chaînes d'information en continu. 70% des répondants sont plutôt d’accord ou tout à fait d’accord pour dire que les chaînes d'information en continu contraignent les acteurs politiques à réagir à chaud aux événements, ce qui nuit à la qualité de leurs interventions. De même, plus de 70% sont plutôt d’accord ou tout à fait d’accord pour dire que le suivi en direct des activités politiques et parlementaires qui caractérise les chaînes d’information continue rend plus superficielle la couverture qui en est faite.

Dans ce contexte, 65% des répondants s'entendent pour dire que les médias sont en grande partie responsables du cynisme qui se manifeste envers les élus, un sentiment qui est encore plus présent chez la plus jeune génération de députés (80%). Les élus les plus scolarisés et les plus âgés sont toutefois plus nuancés. Un des répondants estime même que le cynisme est une responsabilité partagée entre les médias, les politiciens et les citoyens. «Les citoyens doivent s’informer davantage, les médias approfondir la compréhension des enjeux et les élus faire preuve de plus de transparence et de respect», explique-t-il.

Les parlementaires sont par ailleurs «conscients des limites et des exigences imposées aux journalistes dans leur travail, que ce soit par l’entreprise de presse ou par le fonctionnement plus global du système médiatique», notent les chercheurs. Ainsi, ils s'inquiètent de la concentration de la presse, phénomène qui fait obstacle à la diversité des points de vue selon 80% des répondants péquistes, 43% des libéraux et 61% des autres députés. Mais, «de là à penser que les députés de l’Assemblée nationale seraient disposés à légiférer pour freiner la concentration de la propriété des médias, il n’y a qu’un pas que nous nous garderons bien de franchir», soulignent les chercheurs.

 

 

 

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