Le quotidien Le Droit fêtait son 100e anniversaire le 27 mars. Dans la foulée des célébrations, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l’Université d’Ottawa a décidé de traiter de la situation du journalisme francophone en milieu minoritaire lors de son colloque annuel.

 

Par Julien Paquette 

Le quotidien Le Droit fêtait son 100e anniversaire le 27 mars. Dans la foulée des célébrations, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l’Université d’Ottawa a décidé de traiter de la situation du journalisme francophone en milieu minoritaire lors de son colloque annuel.

Le journal d’Ottawa a été fondé en 1913 pour combattre le règlement 17 en Ontario, adopté un an plus tôt, qui limitait l’enseignement du français dans les écoles publiques de la province.

La table ronde sur les défis du journalisme francophone hors Québec a abordé cette question : à quel point les journalistes doivent-ils se rapprocher de la communauté?

Antoine Trépanier, journaliste à L’Étoile au Nouveau-Brunswick a illustré cette difficulté en donnant l’exemple des spécialistes francophones. Il a affirmé appeler régulièrement les universitaires acadiens pour leur permettre d’avoir une visibilité.

Toutefois, les opinions viennent à être diffusées sur toutes les plateformes. Le jeune reporter a révélé être en constant déchirement. Les journalistes francophones devraient-ils contacter des sources anglophones à l’occasion pour assurer une diversité dans le débat public?

Le Droit avait poursuivi son combat à la défense des Franco-ontariens à la fin des années 90 dans le dossier de l’Hôpital Montfort. Une question de l'auditoire a amené l’éditorialiste de ce journal, Pierre Bergeron, à offrir ses réflexions sur la position du quotidien à l’époque.

M. Bergeron a reconnu qu’ils ont couru un grand risque. Si l’organisation qui tentait de sauver l’hôpital francophone avait agi de mauvaise façon, il aurait été difficile pour Le Droit d’en parler. Malgré tout, l’éditorialiste croit qu’ils n’avaient pas le choix.

« On était la voix des Franco-ontariens. À Queen’s Park, on n'attendait qu’une toute petite fissure dans le mouvement pour entrer dedans et le décrédibiliser. Si Montfort y était passé, qu’est-ce qu’ils nous auraient enlevé par la suite? »

Difficulté de financement

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Les médias communautaires tentent par tous les moyens de trouver du financement et garder leur médium en vie. Dans certains milieux, l’exode des auditoires vers du contenu anglophone fait également très mal. Les artisans de ces modes de communication peinent à intéresser les francophones.

« Il faut avoir des moyens. Les gens ont une vision, mais ils doivent prendre des risques. Il y a de la pression sur les journalistes. Je suis convaincu qu’on peut en trouver à qui on demande de faire de la publicité. Ça nuit à l’intégrité du média », explique le titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme, Marc-François Bernier.

La rédactrice en chef d’un autre journal centenaire, Lysiane Romain, confirme l’hypothèse de M. Bernier. L’hebdomadaire manitobain La Liberté a connu des compressions récemment qui amènent les responsables du contenu rédactionnel à s’occuper également du secteur publicitaire.

« La division disparaît de plus en plus. C’est assez difficile à gérer au quotidien », indique Mme Romain.

Malgré tout, certains médias aux moyens limités réussissent à attirer des auditeurs. Les radios communautaires acadiennes dépassent les compétiteurs commerciaux dans certains marchés du Nouveau-Brunswick, selon l’agente de production de l’Alliance des radios communautaires du Canada, Florence Ngué-No.

Le « journalisme de passage »

Lysiane Romain a abordé le phénomène des jeunes journalistes qui acceptent un emploi dans les milieux minoritaires et qui plient bagage quelques mois plus tard après avoir acquis de l’expérience. Marc-François Bernier lui donne le nom de « journalisme de passage ».

Le professeur de l’Université d’Ottawa estime que cette situation peut nuire à l’information dans ces médias francophones. « Souvent, ce sont des gens qui connaissent peu le métier et qui ne savent pas dans quel le contexte ils s’en vont. »

M. Trépanier, originaire du Québec, a décrit ce qu’il a lui-même vécu, un exemple qui s’applique à de nombreux journalistes francophones du Canada. « C’est rare de finir ses études et d’avoir un emploi à Radio-Canada, à moins d’aller en Saskatchewan. Personnellement, j’ai fait mes recherches avant d'arriver au Nouveau-Brunswick, mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde. »

Mme Romain affirme comprendre les motivations de ces jeunes professionnels, bien que ces départs répétés soient frustrants. « Ils peuvent faire beaucoup plus d’argent ailleurs, on n’a pas nécessairement les moyens de les payer de gros salaires. »

M. Bernier a pu observer ce phénomène dans une autre étude, et selon lui, la raison de cet exode est ailleurs. « Ceux qui voulaient revenir au Québec, le plus souvent, c’était pour rejoindre la famille. Ils veulent retourner dans le milieu où ils se sentent bien. »