Depuis l'effondrement, dimanche, d'une poutre à l'entrée du tunnel Viger sur l'autoroute 720, les journalistes talonnent le ministère des Transports. Mardi, le ministre Sam Hamad a été bombardé de questions lors d'un point de presse particulièrement mouvementé, au cours duquel le journaliste de La Presse, Patrick Lagacé, a bousculé un attaché de presse.

Depuis l'effondrement, dimanche, d'une poutre à l'entrée du tunnel Viger sur l'autoroute 720, les journalistes talonnent le ministère des Transports. Mardi, le ministre Sam Hamad a été bombardé de questions lors d'un point de presse particulièrement mouvementé, au cours duquel le journaliste de La Presse, Patrick Lagacé, a bousculé un attaché de presse.

Journalistes en colère

Jouant des coudes au cœur du scrum, le reporter demande: «Qu'est ce que ça prend pour qu'un ministre démissionne au Québec?». L'attaché de presse du ministre tente ensuite d'abréger le point de presse et bouscule le journaliste de La Presse, André Noël. Se portant à la défense de son collègue, Patrick Lagacé repousse le relationniste en lui reprochant de vouloir cacher le ministre. Son attitude n'a pas échappé aux internautes qui ont massivement échangée cet extrait vidéo sur les réseaux sociaux hier:

Face à désapprobation populaire, Patrick Lagacé se défend en soulignant le manque de transparence du ministre Hamad. «À tous ceux qui n’ont pas aimé ma conduite, hier, dans ce point de presse, je dis ceci: nous ne sommes pas des sténographes, nous n’avons pas à avaler les mots d’un ministre comme s’il s’agissait de paroles d’Évangile. Ça implique, des fois, d’être brutal, d’interrompre et d’appeler un chat, un chat. Des fois, la politesse a ses limites», écrit-il sur son blogue.

Mais, pour le chroniqueur J.Jacques Samson du Journal de Québec, «quand des journalistes professionnels deviennent hystériques en conférence de presse, ils déshonorent la profession». Dans sa chronique du jour, il reproche aux chroniqueurs et journalistes montréalais de jouer aux «justiciers populaires vengeurs» et de s'être livrés à une «séance de lynchage gênante pour le journalisme québécois». Il ne défend cependant pas le ministre Hamad et lui reproche vivement sa gestion du dossier des infrastructures montréalaises.

Gestion de crise lamentable

«La gestion de la crise politique engendrée par ce nouvel incident, découlant de la négligence dans l’entretien de nos infrastructures routières au cours des vingt dernières années, a été lamentable au bureau du premier ministre et à la direction du ministère des Transports. Jusqu’à hier matin, toutes les règles de base ont été transgressées: manque de leadership, manque d’imputabilité, manque de transparence, mensonges par omission», cingle le chroniqueur.

Le professeur Frédérick Bastien, du département d'information et de communication de l'Université Laval, abonde dans le même sens, et dirige ses critiques vers le Premier ministre, Jean Charest. Il se dit particulièrement troublé que, au lendemain de l'effondrement sur l'A720, le chef du gouvernement annonce la construction d'une route menant à une mine dans le nord de la province. Pour cet expert en communication politique, cette annonce envoie un signal de désinvolture et de détachement de la part d'un Premier ministre qui devrait au contraire prendre le leadership dans ce dossier.

Souvent qualifié de politicien téflon pour sa capacité à passer à travers les tempêtes sans jamais se mouiller, M.Charest se range derrière son ministre des Transports. «Le ministre est placé dans une situation où vous, comme médias, vous exigez des réponses, et les réponses rigoureuses n'arrivent pas instantanément, parce qu'il faut faire une certaine recherche. Il les a données et il a fait le travail qui était attendu de lui», a-t-il dit aux médias ce matin.

Enquêter face à l'incohérence

Mais, pour M.Bastien, comme pour M.Samson, on est bien loin du travail bien fait. «Il me semble assez évident, et ce doit être une cause de l'irritation des journalistes, que le message véhiculé par le ministère des Transports manque de cohérence ce qui mine sa crédibilité. Dans ce contexte, les journalistes ont l'impression de se faire mentir en pleine face. Il est donc normal, et d'intérêt public, qu'ils grattent le bobo», explique le professeur de l'Université Laval.

En effet, La Presse révèle ce matin qu'un rapport d'inspection a souligné dès 2008 que l'état du tunnel posait un danger. Les travaux n'ont cependant pas été faits. Il a fallu l'effondrement de dimanche pour que le ministère fasse installer des piliers pour sécuriser les poutres à risque, selon l'enquête du quotidien. Pourtant, le ministre Hamad affirme, depuis le début de la semaine, que les travaux urgents recommandés en 2008 ont été faits, et martèle que les routes sont sécuritaires.

Le professeur Bastien espère que les médias continueront à poser des questions même quand l'A720 sera à nouveau ouverte à la circulation. «La crise des derniers jours va probablement se résorber avec la réouverture de la route, mais il ne faut pas lâcher, il faut faire un travail d'enquête journalistique à long terme sur les infrastructures québécoises.» M.Samson, pour sa part, appelle ses collègues à chercher la vérité froidement et de façon méthodique, puis à livrer le fruit de leurs recherches avec rigueur et objectivité.

 

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