Après avoir analysé plusieurs numéros du Winnipeg Sun, le chercheur Pete Hudson de l'Université du Manitoba conclut que le quotidien du groupe Quebecor/Sun est un journal de propagande. Inquiet du poids politique du conglomérat médiatique, il n'hésite pas à mettre en parallèle les liens de l'empire Murdoch avec le gouvernement Cameron en Grande-Bretagne et ceux de l'empire Quebecor avec les conservateurs de Stephen Harper.

Après avoir analysé plusieurs numéros du Winnipeg Sun, le chercheur Pete Hudson de l'Université du Manitoba conclut que le quotidien du groupe Quebecor/Sun est un journal de propagande. Inquiet du poids politique du conglomérat médiatique, il n'hésite pas à mettre en parallèle les liens de l'empire Murdoch avec le gouvernement Cameron en Grande-Bretagne et ceux de l'empire Quebecor avec les conservateurs de Stephen Harper.

Le chercheur, associé au Centre canadien de politiques alternatives – un institut de recherche indépendant d'orientation progressiste qui s'intéresse à l'économie et à la justice sociale –, a décortiqué 14 numéros consécutifs du Winnipeg Sun parus en période préélectorale. Son analyse révèle que, au cours de cette séquence, le journal a publié 9 articles en faveur d'un taux d'imposition réduit, 12 critiquant les services publics et les institutions (17 si on inclut CBC), 5 ouvertement antisyndicaux, 17 traitant de la lutte contre la criminalité, 39 louangeant l'armée et 13 contre le Nouveau parti démocratique. En contrepartie, le chercheur recense 19 textes d'orientation plus progressiste, mais 13 sont des lettres de lecteurs.

Outre les angles de traitement, le chercheur s'est aussi intéressé aux sources du Winnipeg Sun. Il note la présence importante de lobbyistes néo-libéraux, dont celle du Frontier Centre, qui défend l'expansion du secteur privé au détriment du public, et de la Taxpayer's Association, qui promeut la diminution des taxes et des impôts. En plus d'être fréquemment cité, le premier groupe jouit d'une colonne régulière dans le journal, tandis que le porte-parole du second a été commentateur politique pour le quotidien lors de la dernière campagne.

Des conclusions à nuancer

Pete Hudson (le chercheur présente ses résultats ici) ne précise pas le nombre total d'articles analysés. Cependant, en 14 jours, le quotidien de Winnipeg a probablement publié plus d'une centaine de textes. L'échantillon est donc standard pour une analyse de contenu quantitative. Cependant, le professeur Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa, note une carence méthodologique. Pour lui, il s'agit davantage d'une recherche exploratoire qui mériterait d'être approfondie. Ceci étant, il estime que son collègue de l'Université du Manitoba aurait dû présenter des conclusions plus nuancées.

Prenant les résultats de l'étude avec nuance, la professeure Colette Brin, du Département d'information et de communication de l'Université Laval, estime qu'on pourrait conclure que le Winnipeg Sun a «une "couleur" politique plutôt à droite, ce que les dirigeants de Quebecor ne cherchent absolument pas à cacher d'ailleurs». S'il admet que les dirigeants du conglomérat ne cachent pas leur orientation politique, Pete Hudson conclut catégoriquement que le Winnipeg Sun est un véhicule de propagande néo-libérale – la propagande étant définie comme une information biaisée qui présente les faits de manière sélective pour satisfaire des vues politiques ou autre. Ce véhicule est, selon lui, d'autant plus dérangeant qu'il est en bonne partie distribué gratuitement dans de nombreux lieux publics.

Quebecor miroir de News Corp.?

Le chercheur s'inquiète de l'influence du groupe de presse propriétaire du Winnipeg Sun sur la vie politique canadienne. Il rappelle que Luc Lavoie, conseiller de Pierre-Karl Péladeau, est l'ancien porte-parole de l'ex-Premier ministre conservateur Brian Mulroney et que Kory Teneycke, de Sun News, est l'ancien directeur des communications de Stephen Harper. Un portrait qu'il met en parallèle avec le scandale britannique des écoutes téléphoniques et les liens entre le Premier ministre Cameron et plusieurs cadres du groupe News Corp. de Rupert Murdoch.

Lors de leur prochain congrès annuel, en novembre, les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) se pencheront d'ailleurs sur le scandale britannique. «[Le scandale du News of the World] met en relief le pouvoir démesuré qu’un groupe de presse peut avoir sur une société, sur la police et sur le pouvoir politique. Il montre aussi à quel point ce contexte peut dégrader la fibre morale du journalisme. Le Québec est-il à l’abri de ce type de dérapage?», indique le programme préliminaire. Le même questionnement a lieu actuellement en Australie où le gouvernement a annoncé l'ouverture d'une enquête officielle sur les médias, largement dominés, là-bas, par l'empire Murdoch.

 

Voir aussi:

La campagne de Quebecor contre la SRC/CBC transgresse l'éthique et la déontologie du journalisme

 

 

[node:ad]