Démission du chef de Scotland Yard, arrestations à la pelle, excuses publiques du Premier ministre David Cameron… le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World ne cesse de prendre de l'ampleur. Aujourd'hui, le journaliste Sean Hoare, qui a été le premier à dénoncer à visage découvert les pratiques du tabloïd, a été trouvé mort dans sa résidence de la banlieue de Londres.

Démission du chef de Scotland Yard, arrestations à la pelle, excuses publiques du Premier ministre David Cameron… le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World ne cesse de prendre de l'ampleur. Aujourd'hui, le journaliste Sean Hoare, qui a été le premier à dénoncer à visage découvert les pratiques du tabloïd, a été trouvé mort dans sa résidence de la banlieue de Londres.

Ancien du Sun et du News of the World, Sean Hoare a déclaré dès 2010 que l'ancien rédacteur en chef du tabloïd, Andy Coulson, était parfaitement au courant des écoutes téléphoniques et encourageait activement ses reporters à s'y livrer. Licencié à cause de problèmes d'alcool et de drogue, il entretenait un contact constant avec ses collègues du Guardian et de la BBC, afin d'alimenter leurs enquêtes sur les pratiques de son ancien employeur. Son décès fait l'objet d'une enquête, mais la police ne le considère pas suspect.

Les Murdoch sur la corde raide

Le nom de Sean Hoare sera probablement évoqué demain devant la Commission des médias de la Chambre des communes britannique qui se penchera sur le scandale qui secoue l'Angleterre depuis 15 jours. La Commission interrogera dès demain le patron du groupe News Corp., propriétaire du News of the World, Rupert Murdoch, et son fils James, responsable des opérations en Europe. Rebekah Brooks, ex-patronne de la filiale britannique de l'empire, comparaîtra également, bien qu'elle ait été arrêtée et remise en liberté sous caution hier.

D'abord confiné au seul News of the World, la tempête médiatico-politique ébranle maintenant l'ensemble du conglomérat News Corp. et menace ses 33 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Après avoir assisté à la fuite des annonceurs du News of the World, le groupe a dû renoncer à l'acquisition de BSkyB et, depuis le 4 juillet, sa valeur a plongé de 17% à la bourse de Sydney et de 13% à la bourse de New York. Selon le patron du groupe Virgin, Richard Branson, «il sera très difficile pour sa marque de s'en remettre», rapporte l'AFP. Dans ce contexte, l'avenir de la famille Murdoch à la tête de l'empire est remis en cause.

La mutinerie gronde au conseil d'administration, selon Bloomberg. Citant une source anonyme, l'agence affirme que les administrateurs indépendants de News Corp., qui détiennent neuf des 16 sièges au conseil d'administration, jugent que la direction de l'entreprise n'a pas pris la crise en main assez rapidement et commencent à douter des compétences de Rupert Murdoch, l'homme qui se vante d'avoir fait élire tous les chefs de gouvernement britanniques depuis les années 1970.

Le Wall Street Journal au front

Le doute ne semble cependant pas accabler les salles de rédaction du groupe, du moins celle du Wall Street Journal qui s'est portée à la défense de son patron ce matin. Dans un éditorial, le quotidien financier estime que l'inaction de Scotland Yard quant à des pratiques connues et largement répandues en Angleterre est en soi plus grave que les écoutes téléphoniques elles-mêmes. Il accuse ses concurrents d'utiliser les écoutes «commises il y a des années dans un recoin britannique de News Corp» pour l'attaquer et nuire à la liberté de la presse.

Samedi, le chroniqueur économique du New York Times, Joe Nocera, a dénoncé la "foxification" du Wall Street Journal. Alors qu'en 2007, il avait appuyé l'achat du groupe Dow Jones, propriétaire du quotidien financier, par News Corp., il estime aujourd'hui s'être trompé. Selon lui, la prestigieuse publication est devenue un outil de propagande véhiculant des idées conservatrices de Murdoch et un instrument au service de ses intérêts financiers.

Pour le consultant Alan D.Mutter, ancien du Chicago Sun-Times notamment, l'affaire nuit à l'empire Murdoch, mais aussi à l'ensemble de la classe journalistique qui souffre déjà du manque de confiance du public à son égard. Il estime que, contrairement à ce qu'a fait le Wall Street Journal ce matin, les patrons de presse devraient tous condamner haut et fort les pratiques du News of the World et profiter de l'occasion pour faire preuve de transparence à l'égard de leur audience en rendant publiques leurs méthodes journalistiques.

 

Voir aussi:

News of the World: le roi du scandale s'y noie

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