Le morningman de Radio-Canada à Québec animait en novembre, au dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), un atelier sur l’entrevue. Voici quelques-uns de ses conseils.

Le morningman de Radio-Canada à Québec animait en novembre, au dernier congrès de la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ), un atelier sur l’entrevue. Voici quelques-uns de ses conseils.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Le choix du sujet, de l’angle et de l’invité

La durée de vie d’une nouvelle est de plus en plus courte. Il faut donc choisir son sujet, son angle, mais également la personne avec laquelle on veut s’entretenir en fonction de l’âge de la nouvelle. Dans le cas d’une entrevue matinale sur une information débarquée la veille, beaucoup de choses risque d’avoir déjà été dites. Il faut donc arriver avec un angle nouveau et/ou un protagoniste ou un analyste qu’on n’aurait pas encore entendu. Dans la même veine, il faut essayer de renouveler ses experts.

«C’est sûr que quand on a un bon client, on le garde et on le fait rouler, mais au bout d’un moment, on a fait le tour. Il est toutefois pertinent de faire revenir quelqu’un au micro lorsqu’il y a eu de nombreuses réactions. On appelle ça l’entrevue-réaction parce qu’on fait réagir le ministre ou la personne qui a fait une grosse annonce sur tout ce qui a été entendu la veille.»

Quid des porte-parole?

«J’évite les porte-parole sauf s’il me faut des informations factuelles. Il y a une inondation, est-ce qu’on a évacué les gens, combien de personnes touchées, est-ce que les secours sont-là, etc.? Mais je n’aime pas inviter le porte-parole du  ministre pour commenter un dossier car il n’est pas élu, il n’est pas redevable à la population. Le porte-parole ne fait que sortir des lignes de presse et il répète les mêmes sur toutes les ondes.»

Le témoignage

Il y a des gens qui ont besoin d’être mis en confiance. Ce ne sont pas des professionnels de l’entrevue, ils ne sont pas habitués à parler devant un micro. Il faut alors connaitre très bien le dossier, ne serait-ce que pour préciser leur pensée.

«J’évite qu’on écarte les gens parce qu’ils ne parlent pas très bien, surtout si c’est quelqu’un qui vit une situation particulière… j’aime avoir des acteurs touchés par la nouvelle, pas juste des officiels. Mais il faut être prêt à les appuyer et à les aider.»

La préparation

Une entrevue, ça se prépare vite surtout lorsqu’il s’agit d’actualité. Et Claude Bernatchez de raconter une de ses premières entrevues à Radio-Canada, alors que jeune animateur, il devait interviewer Daniel Lavoie.

«Il était hot à cette époque. Je suis allé à l’Université Laval, j’ai sorti tout ce qu’il y avait sur lui… le dossier était très épais pour une entrevue de cinq minutes! Il y a trois ans, nouvel entrevue avec le même Daniel Lavoie, j’ai juste pris quelques notes sur un bout de papier en écoulant son disque. Ce que j’ai gagné entre temps, c’est de la confiance. Alors, conseil numéro un: faites-vous confiance!»

La documentation

Bien sûr, internet est devenu la principale source de documentation pour les journalistes et recherchistes. «Google et autres Euréka de ce monde… on est très dépendant de ce qui a déjà été dit ou écrit sur un sujet. Mais il y a une source qu’on néglige beaucoup, ce sont nos pairs. Il y a des gens qui suivent des dossiers, qui ont le nez plongé dedans et on devrait les appeler plus souvent quand vient le temps de rentrer dans un sujet avec lequel on n’est moins familier.»

Autre source, les documents officiels de nos administrations, surtout si l’invité vient pour commenter. «Mais qui a le temps de lire les cent cinquante pages? Pas grand monde. Cependant, taper des mots-clés et lire l’introduction, la conclusion et les recommandations, permet de savoir de quoi on parle.»

Le plan d’entrevue

Ça ne veut pas dire qu’on va le suivre, mais il faut avoir un plan d’entrevue. Ça peut être juste quelques questions griffonnées en deux minutes ou être préparé de plus longue haleine.

«D’où l’importance de bien se documenter. On va poser des questions dont on connait les réponses souvent, mais pas l’auditeur qui lui, n’est pas aussi au fait que nous de tout ce qui sort. Ça nous permet de préparer la question suivante et d’emmener l’invité là où on veut qu’il aille. Pas le contraire.»

La présentation

Chaque animateur a sa propre technique lorsqu’il s’agit de présenter son invité et son sujet.

«Dans mon cas, je ne veut pas que ce soit trop long. Mais il faut toujours réexpliquer et contextualiser le sujet. Tu ne peux jamais prétendre que ton auditeur sait de quoi tu parles, même lorsque tu reviens pour la énième fois sur la charte des valeurs. Il faut toujours mettre quelques éléments d’informations dans une présentation, ne serait-ce que pour préciser l’angle que tu t’apprêtes à prendre.»

La présentation permet également de ne pas tomber dans une première question «plate», du genre «expliquez-moi telle affaire», mais de rentrer directement dans le vif du sujet.

La convention d’entrevue

«L’invité doit savoir clairement pourquoi il est invité et ce que vous attendez de lui. Ça évite d’avoir en ondes, des gens qui ne veulent pas répondre à vos questions. Ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas bifurquer à un moment si vous avez un sujet connexe ou si l’invité vous tend une perche… mais il est important de s’entendre avec lui préalablement, pour lui permettre aussi de décliner l’offre et pour vous permettre de vous rétracter si les conditions du type «on ne parlera pas de ça, ça, ça» ne sont pas acceptables. En revanche, on n’envoie jamais les questions!»

L’entrevue elle-même

Il faut toujours garder en tête ce qu’on est venu chercher en invitant cette personne et pas une autre.

«Ça aide à rester concentré, focusé. Mais il ne faut pas non plus voir ce cadre comme un carcan, mais bien rester en alerte. L’invité va peut-être te donner un os à ronger auquel tu n’avais pas pensé, et il faut alors soir rebondir pour l’emmener encore plus loin.»

Aussi, les questions doivent être précises.

«Il faut un  point d’interrogation, pas des points de suspension… sinon, c’est trop facile pour l’invité de contourner le sujet et d’aller où il veut. Et s’il ne répond pas à ta question, tu lui reposes pour que ce soit bien clair qu’il ne souhaite pas y répondre. Une non-réponse, c’est aussi un élément d’information dans une entrevue. Enfin, une bonne entrevue est une entrevue avec une bonne première question, qui respecte l’angle que tu t’es fixé».

Couper la parole?

«Les auditeurs n’aiment pas trop que l’animateur coupe la parole de ses invités, alors il faut y aller avec parcimonie. Mais certaines personnes tournent en boucle et ça peut être une façon pour elles de prendre le contrôle. Il faut alors trouver le moment de reprendre la main sans que ça ne paraisse trop. Ne pas oublier que les officiels, quand ils nous accordent une entrevue, ce n’est pas pour nous faire plaisir, c’est parce qu’ils ont un message. Il faut donc se préparer et ne pas leur laisser l’opportunité de dérouler leur cassette.»

Terminer l’entrevue

En direct, il ne faut pas terminer une entrevue en demandant à la personne si elle a quelque-chose à ajouter.

«C’est trop vague, ça lui permet justement de dérouler sa cassette et ça dénote un manque de confiance en soi. Oui, on a sans doute oublier des choses, mais je ne prétends pas avoir fait le tour de la question en cinq à huit minutes.»

Aussi, il ne faut pas hésiter à écourter une entrevue quand rien de  bon n’en sort. On remercie poliment l’invité, et on passe à autre chose!

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