Les femmes journalistes sont encore des cibles privilégiées de violences à travers le monde. De plus, malgré la forte féminisation du métier au cours des vingt dernières années, elles occupent encore les fonctions les plus précaires, constate Reporter Sans Frontières (RSF) dans son bilan de la liberté de presse chez les femmes. Cependant, être une femme n'a pas que des inconvénients.

Les femmes journalistes sont encore des cibles privilégiées de violences. De plus, malgré la forte féminisation du métier au cours des vingt dernières années, elles occupent encore les fonctions les plus précaires, constate Reporter Sans Frontières (RSF) dans son bilan de la liberté de presse chez les femmes. Cependant, être une femme n'a pas que des inconvénients.

La méthode Anne Nivat

Le rapport de RSF met en effet en exergue des témoignages de femmes qui ont su tirer avantage de leur sexe pour réussir. C'est notamment le cas de Anne Nivat, correspondante de guerre reconnue pour son travail en Tchétchénie, en Afghanistan et en Irak. «J’ai plus de facilités en tant que femme à faire mon travail, car en Irak et en Afghanistan les femmes ne sont rien et on ne fait pas attention à elles. Contrairement à mes collègues masculins, une journaliste femme peut passer relativement inaperçue», explique-t-elle.

Travaillant en immersion totale, la journaliste qui a remporté le prestigieux Prix Albert Londres 2000, n'hésite pas à revêtir la Burqa en Afghanistan, ce qui lui permet de traverser des milieux hostiles sans encombre et de passer les check points sans se faire importuner. Grâce à cette méthode, elle s'éloigne radicalement de l'uniformité médiatique en zone de guerre et rapporte des histoires humaines inédites.

«Dans les pays en guerre, la population est toujours prise entre deux feux, les insurgés et l’armée régulière. Pendant que les hommes sont au front, celles qui tentent de survivre, ce sont les femmes auxquelles j’ai eu un accès privilégié grâce à des hommes qui m’ont emmenée dans leur famille», raconte-t-elle.

Les Philippines et Cuba

La journaliste Marites Dañguilan Vitug basée aux Philippines est du même avis. «Je dirais qu’en tant que femme j’ai une certaine facilité à faire ce métier. On se confie plus facilement à moi», confie-t-elle. Elle-même directrice du comité consultatif du magazine indépendant Newsbreak, elle explique que dans son pays les femmes ont réussi a brisé le plafond de verre et occupent de nombreux postes clés, dont la tête de deux grands quotidiens, Philippine Daily Inquirer et Philippine Star. Les directeurs de l’information de trois grandes chaînes de télévision philippines sont également des femmes.

La journaliste cubaine Magali Norvis Otero Suárez témoigne également de ses avantages en tant que femme par rapport à ses collègues masculins. Bien qu'elle couvre des sujets qui fâchent le régime castriste, notamment les violations des droits humains et le milieu carcéral, elle a le sentiment que la mission de journaliste à Cuba est moins à risques pour une femme. «On ne frappe pas les femmes lors des mobilisations, lorsque nous nous déplaçons pour les couvrir. La police est moins violente envers nous», rapporte-t-elle.

Exporter les bons exemples

Malgré ces quelques succès, le journalisme demeure «un monde encore largement masculin, d’où les femmes sont exclues», dénonce RSF. Pourtant, comme en témoignage le parcours de Anne Nivat, «la présence des femmes au sein des rédactions permet d’informer sur la moitié cachée de l’humanité, les femmes ayant la possibilité de traiter de réalités auxquelles des hommes n’ont pas accès», souligne l'organisation.

Pour renforcer la présence féminine au sein des médias et la liberté de presse au féminin à travers le monde, RSF recommande notamment la mise en place de programmes spécifiques de protection des femmes journalistes, la création de Maisons des journalistes femmes et le soutien des organismes de formation en journalisme dédiés aux femmes.

 

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