Si cette confirmation est intervenue ce matin à Montréal, à l’issue de l’assemblée annuelle de Power Corporation, il suffit de regarder d’un peu près les différents supports développés par La Presse pour comprendre que tout est aujourd’hui mis en branle pour attirer les lecteurs vers la tablette. Une stratégie que les patrons de la salle des nouvelles ont longuement expliqué à ProjetJ il y a quelques jours, révélant du même coup leur volonté de transformer le site web en une plateforme de breaking news et rien d’autre.

Si cette confirmation est intervenue ce matin à Montréal, à l’issue de l’assemblée annuelle de Power Corporation, il suffit de regarder d’un peu près les différents supports développés par La Presse pour comprendre que tout est aujourd’hui mis en branle pour attirer les lecteurs vers la tablette. Une stratégie que les patrons de la salle des nouvelles ont longuement expliquée à ProjetJ il y a quelques jours, révélant du même coup leur volonté de transformer le site web en une plateforme de breaking news et rien d’autre.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

En un an, La Presse+  a véritablement modifié la manière dont les 350 journalistes de la salle de nouvelles du quotidien de la rue Saint-Jacques appréhendent leur métier. Ainsi, chaque matin, lorsqu’ils sont affectés à un dossier, la seule question qu’ils doivent se poser, c’est comment ils vont pouvoir le traiter de la meilleure des façons, afin de  profiter au maximum des possibilités que leur offre l’application tablette.

«La philosophie que nous avons adoptée, c’est de prioriser La Presse+, explique Éric Trottier, vice-président à l’information et éditeur adjoint à La Presse. On ne s’occupe plus vraiment de la planification du papier. Le site web, quant à lui, fonctionne de manière relativement autonome, puisque de plus en plus, il ne sert plus qu’à publier les breaking news  au fur et à mesure que les nouvelles sortent durant la journée. Dès qu’il s’agit de développer quelque-chose, de monter un dossier, d’ajouter de la profondeur, tout ça est désormais dédié à La Presse+. Raison pour laquelle, on retrouve de plus en plus rarement les chroniqueurs sur le site web.»

«Ça ne change finalement pas vraiment l’essence du métier, puisque l’ADN de La Presse reste de sortir la nouvelle et c’est ce que nous demandons à nos journalistes, quel que soit le support. Mais si on passe 2% de notre temps à parler du papier dans nos réunions éditoriales, c’est bien tout le bout», confirme Alexandre Pratt, directeur principal de l’information.

Des journalistes convertis

Chaque jour, La Presse+ publie environ 40% plus d’information que le journal, et c’est l’équipe de production papier, lorsqu’elle arrive vers 15 heures, qui fait une sélection parmi tous les textes et les photos produits pour la tablette. Ainsi, sur un même sujet, La Presse va proposer en général un texte principal, un plus annexe et une photo, quand La Presse+ aura trois, quatre, parfois cinq textes ou plus, un diaporama, des vidéos, du son, des chroniques, etc.

«On a véritablement inversé la chaine de production, explique M. Pratt. Avant, on écrivait pour le papier et on déclinait sur le web. Maintenant, on écrit et on produit en fonction de La Presse+, et ensuite les gens du papier prennent les textes. Ça veut dire que lorsque les journalistes partent en reportage, ils ne savent pas s’ils vont être repris dans le papier.»

«Ça a d’ailleurs aussi des conséquences positives sur le journal, ajoute M. Trottier. Comme pour la tablette, les textes sont plus courts, quitte à en écrire plusieurs, la maquette a changé également dans le journal. Ça nous permet de composer des pages plus aérées.»

Selon les patrons de la salle des nouvelles, environ 80% des journalistes ont embrassé cette nouvelle méthode dès le lancement de la tablette. Pour les autres, plus anciens, ayant une véritable expérience du papier, un fort attachement, ça a été plus difficile. Mais le succès de La Presse+ aidant, voyant que l’application attirait autant de lecteurs que le journal, ils se sont convertis.

Vente de brevets

«Aujourd’hui, il y a plein de journalistes au sein de la salle de nouvelles, qui n’ont jamais écrit pour le papier ou qui n’y écrivent plus, précise le directeur de l’information. Tous ceux qui travaillent sur la section «Pause», certains chroniqueurs, l’équipe vidéo bien sûr, qui est forte de vingt-cinq membres maintenant.»

«C’est pourquoi nous ne nous définissons plus comme un  média de presse écrite mais comme un  média numérique, ajoute l’éditeur adjoint. Notre locomotive, c’est d’abord et avant tout La Presse+. C’est le pari que nous avons fait, partant du principe que aucun site web ne pourrait jamais faire vivre une salle de nouvelles. On ne croit pas au paywall parce qu’on pense que les nouvelles générations ne paieront jamais pour avoir de l’information. Quant au journal, il coûte beaucoup trop cher à produire et à distribuer.»

Fort de ses bons chiffres, tant en terme de téléchargements de l’application, que de lecture effective de l’édition quotidienne, que de revenus publicitaires, il devient ainsi de plus en plus évident que le journal papier disparaitra dans les années à venir. Chose que les frères Desmarais, propriétaires de Gesca, ont confirmé ce matin lors d’un point presse qui se tenait à l’issue de l’assemblée annuelle de Power Corporation.

«On en parle, confirme Éric Trottier. C’est toujours dans les plans, mais nous n’avons pas encore déterminé de date.»

Autre moyen de rentabiliser les quarante millions de dollars investis dans le développement de l’application, la vente de brevets. De ce point de vue, Éric Trottier affirme que de nombreuses rédactions, tant au Canada qu’à travers le monde, se disent intéressées, au point d’avoir fait plusieurs fois le voyage à Montréal pour en discuter.

«Notre modèle est de plus en plus vu comme une solution crédible pour régler les problèmes de la presse écrite, affirme-t-il. C’est sûr que ça va faire tâche d’huile.»

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