Alors que les quotidiens payants imposent d'importantes concessions à leurs employés syndiqués, du côté des hebdomadaires gratuits, les investissements pleuvent. Transcontinental et Quebecor, qui détiennent ensemble plus de 65% du marché, se livrent en effet une guerre ouverte depuis l'été 2009 pour accroître leur présence.

Alors que les quotidiens payants imposent d'importantes concessions à leurs employés syndiqués, du côté des hebdomadaires gratuits, les investissements pleuvent. Transcontinental et Quebecor, qui détiennent ensemble plus de 65% du marché, se livrent en effet une guerre ouverte depuis l'été 2009 pour accroître leur présence.

Transcontinental publie chaque semaine 64 hebdomadaires locaux au Québec, dont deux nouveaux lancés sur la Rive-Nord de Montréal l'automne dernier et un autre acheté dans les Laurentides peu après. En terme de tirage, l'entreprise est la première au Québec avec 44% du marché.

Cependant, Corporation Sun Media, une filiale de Quebecor, la talonne avec 33% du marché. Elle l'a même dépassé en nombre de titres puisqu'elle en détient désormais 71. Ce, grâce au lancement de huit nouveaux hebdomadaires au cours de la dernière année et à l'achat des 15 journaux des Hebdos Montérégiens début février.

Augmentation de la concentration

Selon Quebecor, cette dernière acquisition témoigne de «son engagement envers une information régionale forte au Québec». Mais, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ne voit pas les choses du même œil. Pour elle, le groupe de Pierre-Karl Péladeau étant déjà propriétaire de 40% des médias de la province, en en acquérant d'autres, il accroît dangereusement la concentration de la presse. La FPJQ souhaite donc que Québec fasse obstacle à cette transaction.

Le professeur Daniel Giroux, secrétaire général du centre d'études sur les médias de l'Université Laval, est du même avis. Cette transaction est «une mauvaise nouvelle pour la diversité de l'information», car Quebecor est déjà très présente par le biais de TVA et du Journal de Montréal en Montérégie. De fait, la population du coin aura désormais très peu d'alternatives.

Cependant, l'opposition de la FPJQ restera symbolique selon le professeur Giroux, puisque, historiquement, Québec ne s'est jamais réellement ingéré dans le secteur des journaux. Certes, l'ancien Premier ministre Robert Bourassa s'est opposé à l'acquisition du Soleil par Gesca, mais la vente a finalement été acceptée en 2000. Seul le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) aurait en fait le pouvoir d'intervenir, selon Daniel Giroux, mais ses règles en matière de propriété croisée ne concernent pas les hebdomadaires.

Une compétition bénéfique

De son côté, le directeur général et directeur marketing d’Hebdos Québec, Gilber Paquette, ne s'inquiète pas de la dernière percée de Quebecor en Montérégie. Pour lui, la guerre que se livrent Quebecor et Transcontinentale est en fait profitable pour l'équilibre des voix.

En effet, jusqu'à récemment, les deux groupes respectaient un pacte de non-agression tacite selon lequel ils ne se concurrençaient pas dans les marchés où ils étaient déjà implantés. Mais depuis 2009, l'entente est tombée suite à un litige contractuel et Transcontinental n'hésite plus à marcher sur les plates-bandes de Quebecor et vice versa.

Ainsi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean par exemple, les deux concurrents possèdent chacun trois titres. D'une part, Quebecor publie Le Réveil au Saguenay, Le Point à Dolbeau-Mistassini et Le Point du Lac St-Jean à Alma. D'autre part, Transcontinental possède Le Lac St-Jean à Alma, L'Étoile du Lac à Roberval et Le Courrier du Saguenay à Jonquière.

Un marché lucratif

Les données de l'étude StatHebdo publiées chaque année par Hebdos Québec permettent de comprendre l'appétit des éditeurs pour le marché des hebdomadaires. Depuis 2004, elles révèlent que «l'industrie ne connaît pas de déclin, contrairement à d'autres imprimés». En effet, 64% des adultes québécois consultent l'hebdomadaire de leur coin, et, de ce nombre, 30% ne lisent aucun quotidien.

De plus, 68% des lecteurs d'hebdomadaires locaux les consultent pour planifier leurs achats de la semaine et cette proportion ne cesse de grimper depuis 2004. Il s'agit en fait d'un des seuls médias consultés pour les annonces. Des publicités qui rejoignent des consommateurs alléchants pour les annonceurs, puisque «58% des lecteurs se concentrent chez les 25-54 ans, cible de prédilection des annonceurs», estime l'association Hebdos Québec.

Globalement, en 2009, les hebdomadaires accaparaient 13,1% des recettes publicitaires québécoises, générant près de 300 millions de dollars de recettes, soit plus que la radio et les magazines réunis, selon le plus récent Guide annuel des médias Infopresse.

 

Voir aussi:

Ces maires qui bâillonnent la presse… au Québec

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