Le professeur Huub Evers s’intéresse au concept d’Ombudsman. Financée par le fonds de presse des Pays-Bas, sa recherche a pour but d’étudier les ombudsmans de ce pays et l’impact qu’ils ont sur le contenu et les pratiques journalistiques. Il se demande également s’ils ont l’indépendance nécessaire pour adopter une optique critique de leur institution.

 

Note de lecture de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa

Par Carolane Gratton, étudiante à la maîtrise en communication à l'Université d'Ottawa

Le monde des médias subit de constantes transformations qui affectent le fonctionnement de leur salle de presse. Les questionnements liés à leur éthique, leur devoir de transparence et leur imputabilité sont au cœur de nombreux débats.

Le professeur Huub Evers, en collaboration avec la fondation des ombudsmans de presse des Pays-Bas, s’intéresse au concept d’Ombudsman. Financée par le fonds de presse des Pays-Bas, sa recherche a pour but d’étudier les ombudsmans de ce pays et l’impact qu’ils ont sur le contenu et les pratiques journalistiques. Il se demande également s’ils ont l’indépendance nécessaire pour adopter une optique critique de leur institution.

Cette étude s’appuie sur deux sondages, menés en 2008 et 2011 auprès des membres néerlandais de l’organisation internationale des Ombudsmans de presse. De plus, le contenu de 300 chroniques des ombudsmans de trois journaux, ainsi que 400 commentaires du public, a été analysé.

Les données recueillies indiquent que le nombre d’ombudsmans et de représentants du public a grandement diminué de 2008 à 2011 aux Pays-Bas, passant de 12 à seulement trois. Ces derniers, étudiés lors de cette recherche, proviennent de deux organes de presses nationaux (un journal et une radio) et d’un journal local.

L’étude des chroniques des trois ombudsman a permis d’observer une certaine constance dans le traitement du contenu. Les plaintes qu’ils reçoivent sont généralement en lien avec de potentiels biais, des omissions mineures et des fautes d’orthographes, etc. Alors que des sujets plus graves comme les pressions commerciales, le sensationnalisme et la question du journalisme en ligne, etc. sont moins courants.

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Le journal local utilisait un de leurs anciens journalistes comme représentant des lecteurs. L’accent était mis sur l’explication des pratiques journalistiques, puis sur la médiation des plaintes du public et finalement sur les observations de l’ombudsman. En moyenne 20 % de ses chroniques étaient critiques du média, mais toujours dans des termes posés puisqu’il considérait son rôle premier comme étant d’informer sur les pratiques journalistiques et d’être constructif.

Le second journal, de niveau national, possédait un ombudsman dont le rôle était d’être un commentateur plus ou moins critique. Il travaillait pour l’éditeur en chef et devait s’assurer de la qualité du journal et de ses pratiques. Ses chroniques, publiées sous forme de blogue, mettaient elles aussi l’accent sur l’explication des pratiques, la médiation des plaintes et les observations générales de l’ombudsman.

Dans son cas, la recherche s’est aussi penchée sur l’analyse des commentaires des lecteurs sur le blogue de l’ombudsman. L’auteur a été surpris de voir que la majorité des réponses étaient sceptiques quant à l’intérêt de l’ombudsman pour leurs critiques. Les résultats ont de plus souligné le manque de sérieux des débats dont la qualité diminuait progressivement avec le nombre de commentaires. L’éditeur a donc décidé par la suite d’enlever la possibilité de commenter le blogue de l’ombudsman.

Le troisième organe de presse, quant à lui, est une radio néerlandaise importante. Dans son cas, l’ombudsman était indépendant des salles de production. Son but était de promouvoir la transparence du média, de répondre aux critiques du public et d’émettre son opinion pour la tenue de meilleures pratiques journalistiques. Sa rubrique était publiée en ligne et il possédait son propre temps d’antenne à la radio. Selon l’auteur, le troisième ombudsman était critique et participait à une plus grande transparence et une meilleure imputabilité de son média. Par contre, il aurait dû référer plus souvent au code de déontologie et avait la mauvaise habitude de comparer la situation de son média à celle des autres, créant une sorte de double standard.

Quant à la diminution du nombre d’ombudsmans aux Pays-Bas, il ne s’agit pas d’une situation unique. On retrouve le même phénomène aux États-Unis, entre autres. L’auteur explique, et déplore, que cette situation est causée par deux croyances majeures. La première veut qu’avec internet et les blogues, où l’interaction avec le public est constante, l’ombudsman ne soit plus nécessaire. La deuxième croyance veut que le fait de confier des postes éditoriaux à des journalistes d’expérience permette d’accomplir la même amélioration du contenu et des pratiques journalistiques que l’embauche d’un ombudsman, qui implique des coûts additionnels.

Cette vision est fortement critiquée par Evers qui précise que les nombreuses recherches de la fondation des ombudsmans de presse des Pays-Bas ont démontré l’impact important que ceux-ci jouent dans l’autocritique, l’autorégulation, la transparence, la qualité et la crédibilité qu’ils apportent à leur journal respectif.

Leur indépendance, quant à elle, se doit d’être assurée et l’auteur soutient qu’un ombudsman indépendant de la salle de presse est préférable à ceux qui font partie du comité éditorial. Ces derniers ont un plus grand poids dans l’application de leurs revendications et possèdent une meilleure connaissance de la culture de l’entreprise, mais il leur manquerait l’indépendance nécessaire pour être suffisamment critique envers leur média.

Source : EVERS, Huub (2012) « The news Ombudsman: Lightning rod or Whatchdog? » Central European Journal of Communication, 2 (2012), 224-242.