Le directeur de l'Unité anticollusion (UAC), Jacques Duchesneau, a profité de son passage à Tout le monde en parle pour accuser des journalistes de servir l'intérêt du crime organisé. Ces allégations ont fait sursauter la Fédération professionnelle de journalistes du Québec (FPJQ) qui s'est porté à la défense de ses membres et a souligné que les allégations de M.Duchesneau «sont de nature à entraîner la méfiance et la suspicion de la population à l'égard de tous les journalistes». Mais la méfiance du public est d'ores et déjà bien installée, selon Léger Marketing.

Le directeur de l'Unité anticollusion (UAC), Jacques Duchesneau, a profité de son passage à Tout le monde en parle pour accuser des journalistes de servir l'intérêt du crime organisé. Ces allégations ont fait sursauter la Fédération professionnelle de journalistes du Québec (FPJQ) qui s'est porté à la défense de ses membres et a souligné que les allégations de M.Duchesneau «sont de nature à entraîner la méfiance et la suspicion de la population à l'égard de tous les journalistes». Mais la méfiance du public est d'ores et déjà bien installée, selon Léger Marketing.

En effet, d'après le Baromètre des professions au Québec de la firme de sondage, seulement 39% des Québécois font confiance aux journalistes. Les professionnels de l'information se retrouvent ainsi ex æquo avec les chirurgiens plastiques et non loin des cols bleus à qui 35% des citoyens font confiance. Ils sont plus proches des vendeurs de voitures usagées (7%) et des politiciens (8%), qui ferment la marche, que des pompiers (97%) et des ambulanciers (93%), qui l'ouvrent.

Une cote d'amour d'autant plus inquiétante qu'elle ne cesse de diminuer. En effet, il faut remonter à 2002 pour trouver un taux de confiance de plus 50%. 53% des Québécois disaient alors faire confiance aux journalistes et en 2010 ils n'étaient plus que 44%. De plus, entre 2009 et 2010 les journalistes étaient parmi les professionnels qui perdaient le plus de points dans le cœur des citoyens (-7%), tout comme les entrepreneurs en construction (-10%) et les conseillers financiers (-8%).

Ces chiffres de Léger Marketing correspondent en partie aux données du Baromètre des médias de la Chaire de recherche en éthique du journalisme (CREJ) de l'Université d'Ottawa. Selon cet indicateur, moins de la moitié des Québécois croyait en 2010 que les journalistes étaient indépendants. 46% estimaient qu'ils résistaient aux pressions des partis politiques et du pouvoir politique et 44,6% pensaient qu'ils résistaient aux pressions de l'argent.

Pas tous dans le même panier

En 2009 et 2010, les enquêteurs de Radio-Canada et de La Presse ont pourtant levé le voile sur la collusion dans l'industrie de la construction et l’octroi de contrat dans le milieu municipal. Ils se sont ainsi vu remettre les grands honneurs de la profession en recevant respectivement le Grand Prix Judith Jasmin et le Judith Jasmin dans la catégorie enquête pour un travail qu'ils poursuivent d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui. «N'eut été de leur travail inestimable, le débat de société sur ces questions fondamentales dans une démocratie n'aurait pas la vigueur qu'on lui connaît aujourd'hui», souligne la FPJQ.

Un tel débat de société ne peut découler que de la confiance du public envers l'information qu'il reçoit, ce qui apparaît contradictoire considérant la méfiance à l'égard des journalistes que révèle année après année le Baromètre des professions de Léger Marketing. Mais cette méfiance n'est pas également répartie. Selon le Baromètre des médias de la CREJ, la majorité des Québécois accordent en effet de la crédibilité aux médias qu'ils choisissent pour s'informer.

Ainsi, les citoyens ne mettent pas tous les médias dans le même panier. À la question «quels médias francophones offrent la meilleure qualité d’information?» 49,3% des répondants au Baromètre des médias 2010 ont accordé leur faveur à Radio-Canada, contre 26,2% aux filiales de Quebecor et 11,4% à celles de Gesca. De plus, à la question parmi les trois entreprises médiatiques suivantes, laquelle utilise le plus ses journalistes pour servir les intérêts économiques ou politiques de ses dirigeants? 49,9% pointent Quebecor, 22,7% Radio-Canada et 8,1% Gesca.

À ce chapitre, la grande majorité des 385 journalistes syndiqués interrogés en 2009 par la Fédération nationale des communications, s’entendait pour dire que la pression économique, afin de satisfaire les actionnaires des médias, menaçait le droit du public à une information de qualité.

 

Méthodologie: le Baromètre des professions au Québec 2010 de Léger Marketing est le résultat d'un sondage mené sur 500 Québécois du 29 août au 1er septembre. Sa marge d'erreur est de 4,9%. Le Baromètres des médias 2010 est le résultat d'un sondage réalisé du 1er au 12 octobre 2010 auprès de 1005 Québécois. Sa marge d’erreur est de 3,1% 19 fois sur 20.

 

Voir aussi:

Duchesneau et l'intimidation médiatique

 

 

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