Collaboration spéciale de Sylvain Larocque, journaliste économique

En sortant de la conférence annuelle de la Newspaper Guild, le plus important syndicat de journalistes nord-américain, on ne peut espérer qu’une chose: que la profonde crise des médias états-uniens ne se transporte pas au nord de la frontière dans toute sa force.

Collaboration spéciale de Sylvain Larocque, journaliste économique

En sortant de la conférence annuelle de la Newspaper Guild, le plus important syndicat de journalistes nord-américain, on ne peut espérer qu’une chose: que la profonde crise des médias états-uniens ne se transporte pas au nord de la frontière dans toute sa force.

Partout aux Etats-Unis, 2008 a été rien de moins qu’une annus horribilis pour les médias, petits et grands. Le Christian Science Monitor a mis fin à son édition papier quotidienne, le Seattle Post-Intelligencer s’est transporté exclusivement sur le Web et le Rocky Mountain News a fermé ses portes, purement et simplement, après 150 ans d’histoire.
Mais ce n’est pas tout. Au moins deux grands éditeurs de journaux américains, le Sun-Times Media Group (ancien Hollinger International, propriétaire du Chicago Sun-Times) et la Tribune Company (Chigaco Tribune, Los Angeles Times) sont actuellement en restructuration judiciaire. Ailleurs, y compris à la New York Times Company (New York Times, Boston Globe), l’heure est aux compressions massives.
Pour les syndicats, l’heure est donc au «concession bargaining», les négociations qui mènent invariablement à des concessions de la part des employés.
Dans les «meilleurs» des cas, les employés s’en tirent avec des réductions de salaires (de l’ordre de deux à 15 pour cent) et des départs à la retraite anticipés (New York Times). Quand ça va vraiment mal, les employeurs menacent de fermer des journaux pour en arriver à leurs fins (San Francisco Chronicle, propriété de la McClatchy Company, Boston Globe) ou à se placer sous la protection des tribunaux (Sun-Times, Tribune Company).
Vu le contexte, des syndiqués songent carrément à racheter les journaux qui les emploient ou à en devenir des actionnaires importants, par le biais d’Employee Stock Ownership Plans (journaux du Maine). Une leçon que certains ont tiré, c’est qu’en cas de difficultés financières de l’employeur, les syndicats doivent réclamer le droit de participer aux montages financiers pour sauver l’entreprise. Si l’on envisage la vente du journal, les syndiqués ont intérêt à prendre part à la sélection de l’acheteur pour éviter des licenciements massifs, et par conséquent une baisse de la valeur de la publication qui pourrait précipiter une nouvelle descente aux enfers.

Espérons seulement que la grave situation à laquelle fait actuellement face le Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (l’employeur réclame aux employés des concessions de 13 millions $ par année) ne constitue pas le présage d’une crise aussi grave que celle que traversent actuellement nos collègues américains.
Le règlement récent au Globe and Mail, dans lequel le syndicat a obtenu un compromis fort honorable (gel des salaires pendant deux ans, puis hausses de deux pour cent à la troisième année et de 2,5 pour cent pendant les deux dernières du contrat), offre un peu d’espoir, en dépit du fait que les nouveaux employés seront moins bien traités que ceux qui s’y trouvent déjà (en ce qui a trait au régime de retraite).

La conférence de la Newspaper Guild s’est tenue en juin à Washington. Au Canada, la Guilde canadienne des médias, qui représentent les employés de CBC/Radio-Canada à l’extérieur du Québec et de Moncton, de La Presse Canadienne, de Reuters, de l’Agence France-Presse, de TVO et de TFO, entre autres, fait partie de la Newspaper Guild.

Sylvain Larocque est journaliste économique à La Presse Canadienne

[node:ad]