Deux professeurs de l’Université d’Amsterdam, spécialisés en étude des médias, se sont penchés sur la question de la perception et des attentes du public néerlandais quant à l’imputabilité de leurs médias. Les points marquants de leur recherche indiquent un manque d’intérêt du public pour l’interactivité avec leurs médias et un fort appel à la professionnalisation des journalistes.

Note de lecture de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa

Carolane Gratton, étudiante à la maîtrise en communication à l'Université d'Ottawa

Deux professeurs de l’Université d’Amsterdam, spécialisés en étude des médias, se sont penchés sur la question de la perception et des attentes du public néerlandais quant à l’imputabilité de leurs médias. Les points marquants de leur recherche indiquent un manque d’intérêt du public pour l’interactivité avec leurs médias et un fort appel à la professionnalisation des journalistes.

Les résultats sont basés sur un sondage internet soumis à un échantillon représentatif de la population adulte des Pays-Bas (3202 répondants, taux de réponse de 74%).

Cette étude avait pour but de déterminer quel niveau d’imputabilité le public néerlandais attend de ses médias, quels instruments d’encadrement il considère comme plus adéquats et à quel point il souhaite être impliqué dans le processus. On a aussi comparé les résultats de deux sous-groupes de l'échantillon: les répondants les plus critiques des médias vs ceux qui se montrent plus favorables à ceux-ci.

Selon les auteurs, l’imputabilité signifie que les médias doivent prendre en compte les normes professionnelles et les attentes du public, en plus d’être ouvertement responsables de la qualité de leur produit et des erreurs qu’ils commettent. Trois indicateurs de l’imputabilité ont été utilisés. Le premier représente la capacité du média à être transparent, que ce soit dans ses pratiques de collecte, de traitement et de diffusion de l’information, dans l’admission de ses erreurs ou dans la divulgation de ses sources d’information. Le second indicateur est celui de la réactivité, soit leur capacité à répondre aux demandes et aux plaintes du public. Finalement, le dernier indicateur de  l’imputabilité des médias est la  capacité de ces derniers à interagir avec la population.

Quant aux mesures d’encadrement de l’imputabilité, 19 options ont été présentées aux répondants, dont celle de l’autogestion, du contrôle par des professionnels indépendants et du contrôle gouvernemental. Afin de déterminer le niveau d’implication du public, leurs connaissances des systèmes d’imputabilité existants et leurs interactions avec ceux-ci ont été mesurées. L’intérêt des répondants et leur confiance envers les médias ont par la suite été compilés à des fins comparatives.

Le public sondé possède une bonne confiance envers ses médias, avec une moyenne de 3.5/5 ou 5 représente une confiance totale. Par contre, l’intérêt du public pour le fonctionnement des médias reste bas, avec seulement 12% des répondants qui ont dit s’être informés à ce sujet.

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Il existe un fort consensus, toutes questions confondues, parmi les personnes sondées. Elles accordent une importance particulière à la transparence des médias eu égard à la reconnaissance publique de leurs erreurs et l’identification de leurs sources, mais elles semblent peu intéressées par la divulgation d’information sur le fonctionnement des médias. La réactivité des médias quant aux demandes et aux plaintes du public était considérée, elle aussi, comme importante. Par contre, peu d’intérêt était donné à l’interactivité des médias, avec un rendement de 2.8/5.

Imputabilité

Pour ce qui est de l’encadrement de l’imputabilité, les résultats ont indiqué un attrait marqué pour l'autonomie journalistique, indépendante du gouvernement. Les citoyens sont enclins à une forme d’autogestion qui impliquerait, en cas de manquement, l’intervention d’experts indépendants, tels que les ombudsmans. De plus, ils considèrent important que les médias fautifs soient punis.

Bien que les répondants estiment devoir jouer un rôle important dans le processus d’imputabilité de leurs médias, peu d’entre eux y ont déjà participé. En effet, les résultats ont indiqué que malgré une bonne connaissance des processus en place aux Pays-Bas (Ombudsman et conseil de presse), peu d’entre eux les utilisent que ce soit en lisant les décisions ou en portant plainte.

Les deux sous-groupes précédemment mentionnés se sont légèrement démarqués du reste de la population. Les répondants considérés plus critiques des médias affichaient un appui plus prononcé en faveur de sanctions lorsque les médias ne respectent pas les normes reconnues. Ils sont aussi moins intéressés par certains aspects de la réactivité et de l’interaction des médias avec leur public. Les répondants plus favorables aux médias, quant à eux, sont plus nombreux à considérer que l’autonomie des journalistes est importante. Ils sont aussi plus enclins à  un financement gouvernemental des médias et à l’intervention de professionnels indépendants, tel qu’un conseil de presse par exemple, comme moyen de régulation. Ils ont aussi tendance à être plus actifs dans les processus d’imputabilités et à porter plainte.

Finalement, l'enquête suggère que la population des Pays-Bas a une position nuancée en matière d’imputabilité des médias. Elle souhaite des journalistes autonomes, qui travaillent à l’intérieur de normes prescrites, et qui seraient surveillés, voire sanctionnés au besoin, par un organe externe non gouvernemental. Les résultats inviteraient à une professionnalisation du métier avec la possible création d’un Ordre des journalistes qui aurait le pouvoir d’imposer des sanctions.

Bien que cette recherche ne puisse être généralisée aux autres pays, les chercheurs croient que des résultats semblables peuvent être attendus dans d’autres cultures démocratiques, habituées à la liberté de presse, et qui possèdent une population intéressée par le sujet.

*Source: Van der Wurff, Richard et Schönbach, Klaus. (2013) « AUDIENCE EXPECTATIONS OF MEDIA ACCOUNTABILITY IN THE NETHERLANDS » Journalism Studies, (Mis en ligne le 24 mai 2013)