L'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, quittera son poste le 31 juillet. Entrée en fonction le 1er avril 2007, elle a été nommée pour cinq ans. Elle part donc 9 mois avant la fin de son contrat.

L'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, quittera son poste le 31 juillet. Entrée en fonction le 1er avril 2007, elle a été nommée pour cinq ans. Elle part donc 9 mois avant la fin de son contrat.

Le mandat de l'ombudsman de Radio-Canada peut être prolongé de cinq ans et ne peut être résilié avant son terme, sauf en cas de manquement manifeste au devoir ou d’inconduite grave. Il n'est cependant pas rare que les ombudsman très critiques soient pris en grippe par la direction de leur média et n'effectuent donc qu'un seul mandat, note le professeur Marc-François Bernier de l'Université d'Ottawa. «Il est possible de Mme Miville Dechêne ait senti le vent venir et ait donc décidé d'accepter une offre d'emploi ailleurs», croit-il.

Feuille de route irréprochable

Au cours de la dernière année, l'ombudsman s'est notamment inquiétée que certains journalistes vedettes du réseau public se laissent aller à exprimer leurs opinions à l'antenne. Elle a, à ce sujet, réprimandé le journaliste Michel C. Auger après qu'il ait émis une opinion concernant la scène politique au micro de Tout le monde en parle. Cette réprimande lui a valu d'être qualifiée de «divorcée du réel» par le journaliste de La Presse, Patrick Lagacé.

Mais M. Bernier trace, lui, un bilan fort positif du travail de la démissionnaire. Auteur de L’ombudsman de Radio-Canada: protecteur des journalistes ou du public?, il estime que Mme Miville-Dechêne a été celle qui a le mieux assumé le rôle de critique interne de la société publique en rendant des décisions bien documentées et en s'appuyant constamment sur les Normes et Pratiques journalistiques de Radio-Canada ce qui n'était pas le cas de ses prédécesseurs.

Représentante des auditeurs et des téléspectateurs de Radio-Canada avec qui elle communiquait d'ailleurs régulièrement par l'intermédiaire des réseaux sociaux, l'ancienne journaliste a traité en 2009-2010 plus de plaintes que jamais dans l'histoire de la fonction. Elle a révisé 40 plaintes, soit 19 de plus que son prédécesseur Renaud Gilbert en 2005-2006. Les dossiers ont également été traités plus rapidement que jamais, soit en moyenne en 11,7 jours contre 16 en 2008-2009 et 25 en 2007-2008.

De plus, dans la moitié des cas, elle a jugé les plaintes complètement ou partiellement justifiées alors que, par le passé, le nombre de plaintes jugées non justifiées a toujours excédé les autres, ce qui inquiétait le professeur Bernier. Pour lui, avant 2007, l'ombudsman favorisait généralement les journalistes plutôt que les plaignants, mais Mme Miville-Dechêne a redressé la vapeur, contribuant ainsi à donner de la crédibilité à la fonction.

Exemple à suivre

Pour le professeur d'éthique journalistique, Mme Miville-Dechêne est sans contredit un exemple pour ses successeurs. Il souhaite donc que Radio-Canada nomme à sa suite quelqu'un d'aussi critique et indépendant d'esprit qu'elle. «J'espère qu'on ne recrutera pas quelqu'un de complaisant. Le travail de l'ombudsman n'est pas de faire plaisir aux patrons et aux journalistes, mais de s'assurer que Radio-Canada est la hauteur de sa promesse de qualité.»

Radio-Canada sollicite d'ores et déjà les candidatures autant à l'extérieur qu'à l'intérieur de ses murs. Le président-directeur général, Hubert T. Lacroix, constituera prochainement un comité de sélection composé de deux représentants du public, d'un représentant de la direction de la société, et d'un représentant des journalistes. Ce comité examinera les candidatures, sélectionnera un candidat et recommandera sa nomination à M.Lacroix.

Après une carrière de plus de 25 ans à Radio-Canada, Mme Miville-Dechêne poursuivra, pour sa part, sa carrière «en dehors du monde des médias», indique la société publique. Titulaire d'une maîtrise en journalisme à l’Université Columbia à New York, elle a notamment été correspondante à Washington et journaliste pour les émissions Le Point et La Facture, avant de devenir la première femme à accéder au poste d'ombudsman de Radio-Canada. Elle a tenu le fort alors que le réseau public vivait une des plus importantes révolutions de son histoire: l'intégration des services de radio, télé et Internet. Aujourd'hui, elle fait ses boîtes en silence, déclinant toute demande d'entrevue.

Mme Miville-Dechêne est la seconde personnalité de Radio-Canada à annoncer son départ cet été. Il y a un mois, le vice-président principal, réseau français, Sylvain Lafrance, a en effet annoncé qu'il quittera la société publique en octobre prochain, tournant lui aussi le dos au monde médiatique après une longue carrière de plus de trois décennies.

 

Voir aussi:

Radio-Canada: l'ombudsman traite plus de plaintes que jamais

La SRC revoit ses normes et pratiques journalistiques

Intégration à Radio-Canada: le choc des cultures

 

*titre modifié

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