L'économie s'est hissée en tête des préoccupations médiatiques aux États-Unis la semaine dernière, essentiellement en raison de la couverture grandissante du mouvement Occupy Wall Street, selon les statistiques du Pew Research Center’s Project for Excellence in Journalism. Les protestataires n'occupent plus seulement les rues de New York, mais aussi celles de Los Angeles, de Chicago et de Boston, notamment. Demain, ils s'installeront dans plusieurs grandes villes canadiennes, dont Montréal

L'économie s'est hissée en tête des préoccupations médiatiques aux États-Unis la semaine dernière, essentiellement en raison de la couverture grandissante du mouvement Occupy Wall Street, selon les statistiques du Pew Research Center’s Project for Excellence in Journalism. Les protestataires n'occupent plus seulement les rues de New York, mais aussi celles de Los Angeles, de Chicago et de Boston, notamment. Demain, ils s'installeront dans plusieurs grandes villes canadiennes, dont Montréal.

Mais que veulent-ils?

Inspiré des «indignados» espagnols, le mouvement Occupons Wall Street est né le 17 septembre dans le district financier de la Grande Pomme. Au départ, il a été négligé par les rédactions, malgré le soutien des vedettes de la gauche américaine, Michael Moore, Susan Sarandon et Noam Chomsky. Les médias ont commencé à s'intéresser au phénomène le 24 septembre et surtout le 1er octobre quand 700 «indignés» ont été arrêtés sur le pont de Brooklyn. Du 26 septembre au 2 octobre, le mouvement a ainsi occupé 2% de l'ensemble de l'attention médiatique américaine.

La couverture était cependant essentiellement négative, explique le gestionnaire de réseaux sociaux de Reuters, Anthony DeRosa, au New York Observer. «Les protestataires d'Occupons Wall Street se comportent comme une bande de morveux gâtés», écrivait avec dédain le New York Daily News, une attitude condamnable qu'Anthony DeRosa attribue entre autre au cynisme journalistique.

La semaine suivante, du 3 au 9 octobre, les médias américains ont consacré 7% de leur temps aux indignés et 12% au cours de la seule journée du 6 octobre. Au début de la semaine, les journalistes tentaient essentiellement de comprendre le phénomène. Plusieurs lui accolaient l'étiquette de manifestation de «gauchistes rêveurs» n'ayant «ni chef, ni agenda clair». «Contre quoi manifestent-ils? Personne n'a l'air de bien le savoir», disait Erin Burnett à l'antenne de CNN avec une pointe de mépris (The YoungTurks corrige la reporter ici).

L'incompréhension médiatique

Pour le théoricien des médias Douglas Rushkoff, les propos de Erin Burnett sont «aussi condescendants que réducteurs» et prouvent que les journalistes n'ont rien compris à Occupons Wall Street. Dans un texte paru sur le site de CNN, puis repris par le Courrier International, il explique que «si certains journalistes des grands médias jugent incohérent le mouvement Occupy Wall Street, c'est parce que la presse est ce qu'elle est: difficile de comprendre un mouvement du XXIe siècle en se fondant sur les schémas de pensée du politique et de la presse hérités du XXe».

Selon lui, «nous assistons là au premier mouvement populaire né sur Internet qu'aient jamais connu les États-Unis, un mouvement qui, contrairement à la lutte pour les droits civiques, aux manifestations syndicales et même à la campagne de Barack Obama, n'est pas inspiré par un chef charismatique, ne peut pas résumer ses aspirations en quelques slogans accrocheurs et n'est pas uni par un objectif précis». Et «cette nouvelle contestation est plus pragmatique et plus durable que ce qu'on appelle aujourd'hui la politique. À travers leur mobilisation, ils nous montrent la voie vers une organisation aux antipodes de ce système actuel, dans lequel investisseurs et médias dictent leur loi d'en haut».

Au fil des jours, le regard de certaines rédactions a néanmoins évolué. Le 5 octobre, Ed Schultz de MSNBC a en effet décri Occupons Wall Street comme un «mouvement porteur d'un changement profond» dans la société, et, le 9, le prix Nobel d'économie et columnist au New York Times, Paul Krugman, s'est rangé derrière les indignés.

Au Canada, le sujet est loin de susciter autant d'attention qu'au sud de la Frontière. Le mot clef «Occupy Wall Street» est contenu dans un peu moins d'un millier d'articles répertoriés sur le site d'archives Eureka et il n'apparaît dans aucun des trois derniers Top 5 de l'actualité hebdomadaire de la firme de surveillance et d'analyse médiatique Influence Communication. Quelques médias ont cependant dépêché des envoyés spéciaux dans les rues de New York, dont Jean-Philippe Décarie de La Presse.

Qui est journaliste?

Sur le terrain, le travail journalistique se heurte à «une forte répression», selon Reporters Sans Frontières (RSF). L'organisme rapporte que «le Département de la police de New York (NYPD) ne considère comme journalistes que les individus titulaires d’un passe préalablement sollicité et octroyé selon des critères imposés par le NYPD lui-même». «De telles restrictions donnent argument pour bloquer des informations d’intérêt public, qu’elles soient produites par les acteurs eux-mêmes ou par des professionnels qui ne font que leur métier. Ce filtrage du NYPD est contraire aux garanties constitutionnelles les plus élémentaires», déclare RSF.

Le statut journalistique soulève de réelles questions. La Columbia Journalism Review relate le cas de la journaliste Kristen Gwynne d'Alternet, qui appuie ouverte le mouvement. Arrêtée avec les indignés sur le pont de Brooklyn, elle explique que cela ne la dérangeait pas d'être mise en état d'arrestation, car elle est sympathique à la cause et souhaitait voir comment les manifestants étaient traités par la police pendant leur détention. Les manifestants ont par ailleurs leur propre journal, The Occupied Wall Street Journal, et médiatisent leur mouvement – qui ne ressemble pas à un livre, mais à Internet, pour citer Douglas Rushkoff – sur les réseaux sociaux.

 

 

[node:ad]