En octobre 2009, Québec lançait l'opération Marteau, une escouade policière spécialisée chargée d'enquêter sur les allégations de corruption dans le milieu de la construction. Un an plus tard, le président du syndicat des policiers de la Sûreté du Québec, Jean-Guy Dagenais, a dénoncé la surmédiatisation de cette opération.

En octobre 2009, Québec lançait l'opération Marteau, une escouade policière spécialisée chargée d'enquêter sur les allégations de corruption dans le milieu de la construction. Un an plus tard, le président du syndicat des policiers de la Sûreté du Québec, Jean-Guy Dagenais, a dénoncé la surmédiatisation de cette opération.

Une opération de relation publique

Selon lui, en multipliant les conférences de presse, le gouvernement en a fait une vaste opération de relation publique ce qui nuit au travail des enquêteurs. Il a notamment dénoncé le fait que les journalistes soient arrivés avant les policiers, lors d'une perquisition dans la région de Boisbriand en décembre 2009, les privant de l'effet de surprise pourtant crucial à la réussite d'un coup de filet.

Dans une entrevue accordée à Maisonneuve en direct, Jean-Guy Dagenais a expliqué que, normalement, les médias sont prévenus d'une descente policière lorsque leur présence sur les lieux ne peut plus compromettre le succès d'une opération, ce qui n'était pas le cas en décembre dernier.

Pour le criminologue Benoît Dupont de l'Université de Montréal, la médiatisation des opérations policières n'est pas nouvelle, car il s'agit d'évènements spectaculaires et uniques. «La police québécoise est une des seules au monde à mener de si grosses rafles, si bien que même en Australie on a parlé de l'opération Printemps 2001» Il précise que les policiers organisent eux-mêmes la médiatisation parce que ce type d'opération les montre sous un jour favorable.

Les effets pervers

Cependant, Benoît Dupont souligne que dans le cas des enquêtes concernant le milieu de la construction, un phénomène nouveau se produit: «Les autres enquêtes sont demeurées secrètes jusqu'aux arrestations. On ne savait pas que l'opération Colisée durait depuis cinq ans quand la police a frappé, alors que pour Marteau les médias ont été mis au courant avant même que le travail des enquêteurs commence.» De fait, Jean-Guy Dagenais n'a pas tort de s'inquiéter.

Pour le criminologue, les effets pervers de ce phénomène sont en effet bien réels. En plus de nuire à l'effet de surprise recherché par les enquêteurs, il accroit les attentes du public. «La production très rapide de nouvelles 24 heures sur 24 est incompatible avec ce type d'enquête très confidentielle et de longue halène qui peut durer cinq ans et plus avant d'aboutir», explique-t-il.

Benoît Dupont est par ailleurs peu optimiste quand à l'issue de l'opération Marteau. «Il ne faut pas s'attendre à des résultats avant deux ou trois ans et peut-être même qu'il n'en sortira pas grand-chose, ou du moins ce ne sera pas aussi spectaculaire qu'avec les motards, car les moyens de la police sont moindres et que la cible est bien plus complexe et floue. La construction représente en moyenne 15% de l'économie des pays de l'OCDE, ça nous donne un réservoir énorme à examiner.»

Le crime de nouveau à la mode

Si les policiers risquent donc de se briser les dents sur ce dossier, le criminologue croit que les médias ont pour leur part beaucoup à y gagner. «On a l'impression que les journalistes ont toujours un temps d'avance sur la police ce qui ne peut être que positif pour leur crédibilité.» Selon lui, «les enquêtes sur le milieu de la construction insufflent une nouvelle jeunesse au journalisme d'investigation au Québec. On assiste à une sorte d'émulation».

Benoît Dupont observe un renouveau d'intérêt des médias pour les affaires criminelles. «Depuis la fin de la guerre des motards, les journalistes d'investigations au Québec se sont éloignés du monde policier et la connaissance du milieu s'est quelque peu perdu ce qui est embêtant, car c'est un monde très politique et très enclin au contrôle et à la manipulation de l'information.» Selon lui, ceci pourrait encourager les jeunes journalistes à s'intéresser davantage aux affaires criminelles.

 

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