Par Philippe Lapointe

Philippe Lapointe a travaillé avec Pierre Bruneau pendant des années, comme journaliste d’abord, puis comme vice-président Information et affaires publiques au réseau TVA.

Quand Pierre Bruneau a commencé à présenter les nouvelles à Télé-Métropole, l’ancêtre de TVA, Justin Trudeau avait quatre ans; François Legault, 18. Le prix moyen des maisons était de 20 000 $. Il n’y avait pas d’ordinateurs personnels, pas de guichets automatiques, pas de jeux vidéo, pas de VHS. L’internet était encore loin. À travers ces années, les élections, les crises, les guerres et les référendums, il y avait une constante : Pierre Bruneau était là. Tous les soirs, solide, honnête, rassurant.

Avec 46 ans à l’antenne comme présentateur du même bulletin de nouvelles, Pierre est le recordman absolu de la télévision québécoise. Non seulement il a présenté le bulletin de nouvelles pendant 46 ans, il a été le numéro un pendant toutes ces années. Oui, il a occupé la première place pendant… 46 ans.

Aimé du public

Aimé du public, avec 23 trophées Artis pour le prouver, Pierre Bruneau a aussi gagné l’estime de ses pairs : « Travailler avec Pierre Bruneau, c’est comme travailler avec Wayne Gretzky tous les jours », dit sa chef de pupitre, Danielle Saint-Onge. « Il est bon à tous les jours… et encore meilleur quand l’actualité le demande ».

Ses collègues vous le diront, en cas de breaking news, il passe à un niveau supérieur, un mélange d’intensité et de sang-froid. Polytechnique (1989), la crise d’Oka de 1990, le 11 septembre 2001. C’est en direct qu’il est à son meilleur. L’expression chef d’antenne a l’air d’avoir été créée pour lui. Il met les journalistes sur le terrain en valeur, les dirige, les rassure. Alain Gravel, se préparant à aller en ondes à Oka, m’avait dit : « C’est Pierre qui anime, ça va être correct ». Avec Pierre, tout est toujours correct.

Récemment, pendant le plus gros week-end de la crise des camionneurs à Ottawa, Pierre Bruneau était en studio, en direct, le samedi et le dimanche. Quand l’actualité le commande, Pierre rentre au bureau. C’est son travail, c’est tout. On a besoin de lui, il est là.

J’ai travaillé avec lui plus jeune. Je l’ai connu plus impatient, à s’emporter contre le manque de moyens des bulletins de nouvelles du canal 10, l’ancien TVA, plus fort en variétés qu’en information. Avec de nouveaux propriétaires, Vidéotron d’abord, puis Québecor, l’entreprise a compris l’importance de l’information et investi massivement dans le secteur. Pierre a grandi avec la machine TVA, jusqu’à incarner ce que devenait l’information à TVA : une information crédible, de qualité, tout en étant accessible, proche du monde, comme on dit. En vieillissant, il est resté aussi exigeant – envers lui-même d’abord – mais également plus sage, une sorte de pater familias, celui vers qui on se tourne en cas de doute.

Un gars de famille

J’ai eu la chance de côtoyer Pierre Bruneau, l’homme, le gars de famille. Il a la même force tranquille en privé qu’en public. Le gars qui va travailler à pied tous les jours, salue les gens qui le saluent en passant (« Salut Pierre, i’ va-tu faire beau aujourd’hui? »), puis monte encore rapidement les dix étages qui le mènent à la salle des nouvelles de TVA. Pierre travaille sérieusement, mais possède un sens de l’humour redoutable, capable de fous rires quand il faut relâcher la tension. Marié avec Ginette, son amour d’adolescence, il s’est fait une belle vie malgré de cruelles épreuves.

On ne peut pas parler de Bruneau sans mentionner la Fondation Charles-Bruneau. Pierre a perdu son fils Charles, mort du cancer en 1988 à l’âge de 13 ans. Charles, un petit garçon enjoué, venait nous faire rire dans la salle des nouvelles de Télé-Métropole. Il était un petit garçon brillant comme tout, amateur de hockey et de crème glacée. Charles avait fait promettre à son père de poursuivre son combat après son décès. Fidèle à sa promesse, Pierre créé alors la Fondation Charles-Bruneau, consacrée à la recherche en hémato-oncologie pédiatrique. Trente ans plus tard, la Fondation a changé la vie de milliers d’enfants malades et de leurs parents. En soi, sans égard à sa carrière, c’est un accomplissement exceptionnel, une contribution hors du commun à la collectivité. « Ce legs à la mémoire de Charles, c’est ce que je j’ai fait de plus important dans ma vie », m’a dit Pierre dans une entrevue qu’il m’a accordée pour mon livre, Aventures au pays des nouvelles télévisées.

Pierre Bruneau prend sa retraite, mais la Fondation Charles-Bruneau continue.

Sans Pierre Bruneau à la barre du TVA 18 heures, le paysage télévisuel ne sera plus le même au Québec. Vous allez nous manquer, monsieur Bruneau.