Samedi, Pierre Foglia signait dans La Presse une chronique à la défense de son journal et de ses collègues. Le chroniqueur vedette a tenté de balayer les très nombreuses critiques dirigées contre le quotidien du groupe Power Corporation depuis le début de la grève étudiante. Mais les détracteurs du journal refusent d'avaler la pilule.

Voir aussi: L'opinion nuit au journalisme

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Samedi, Pierre Foglia signait dans La Presse une chronique à la défense de son journal et de ses collègues. Le chroniqueur vedette a tenté de balayer les très nombreuses critiques dirigées contre le quotidien du groupe Power Corporation depuis le début de la grève étudiante. Mais les détracteurs du journal refusent d'avaler la pilule.

Le chroniqueur aux chats se défend d'être censuré, ou de s'autocensurer, pour protéger les intérêts de la famille Desmarais: «C'est un journal que vous tenez dans la main, pas un complot. Un journal avec de l'information, beaucoup, beaucoup d'information ni de droite ni de gauche, avec aussi des opinions de droite et de gauche.» Alors que les chroniques fogliesques sont habituellement mises en ligne deux jours après leur publication dans l'édition papier de La Presse, celle-ci a été diffusée sur Internet dès sa publication ce qui lui a valu d'être partagée et commentée sur les réseaux sociaux tout le week-end.

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Sur le site Vigile.net, Robin Philpot, auteur du livre «Derrière l'État Desmarais: Power», réplique en retraçant les différentes acquisitions médiatiques de la famille Desmarais et cite des entrevues accordées ces dernières années par Paul Desmarais. Pour lui, il n'y a pas de doute, La Presse est un instrument politique au service des intérêts de ses propriétaires.

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Le blogueur Hugo Parizot, collaborateur au site Le Globe, explique être un des lecteurs mécontents qui, en se manifestant auprès de Pierre Foglia pas courriel, est à l'origine de sa fameuse chronique de samedi. Loin d'être convaincu, il écrit:

"Vous terminez votre chronique par ce que je juge être une insulte à l’intelligence de vos lecteurs en disant que «[…] les Desmarais eux-mêmes font comme si c’était VOTRE journal.» «Comme si…» car si La Presse était effectivement NOTRE journal, le petit party de Sagard aurait orné sa Une il y déjà 4 ans de ça et elle aurait été accompagnée d’éditoriaux assassins dénonçant cette association douteuse, s’inquiétant de l’éthique de M. Charest, s’inquiétant pour le bien commun, s’inquiétant pour NOUS.

Non M. Foglia, aucun doute, La Presse est bien la propriété de Power Corp.

Parlant d’éditoriaux, deux mots à propos d’André Pratte, l’éditorialiste en chef que vous défendez. Vous dites de lui qu’il «est peut-être le collègue le plus gentil, le plus civil que j’ai côtoyé en 45 ans». On vous croit sur parole qu’il est gentil, mais on s’en crisse. C’est pas ça qu’on recherche chez un éditorialiste d’un journal de l’importance de La Presse.

André Pratte occupe ce poste parce qu’il partage d’emblée, sans retenue et ma foi sans discernement – autrement, comment peut-on à ce point être en symbiose avec le pouvoir? – les valeurs néolibérales que promeut La Presse."

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Sur Facebook, Jean-François Nadeau tape lui aussi sur le clou de la direction éditoriale:

"Après tout, la direction éditoriale correspond tout au plus à la position officielle du propriétaire, l’expression de ses appuis réels. C’est la lame de fond qui au final emporte tout le reste, même les avis contraires de Foglia et de ses amis."

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La blogueuse Catherine Voyer-Léger de Voir.ca se penche elle aussi sur la direction éditoriale:

"Pour ce qui est d’André Pratte, quelques petits mots. D’une part, il n’est pas que l’éditorialiste en chef. Il est tout ça. La force symbolique de l’éditorial est incomparable avec le reste du journal. C’est pourquoi plusieurs personnes ne retiennent que cet aspect. L’éditorial, c’est la voix de La Presse. Les gens font bien peu la différence entre les éditorialistes et les chroniqueurs, mais ne retiennent souvent que les premiers. J’ajouterais que La Presse ne réduit pas l’ambiguïté en ayant deux chroniqueurs qui écrivent dans ses pages éditoriales et dont le statut, par le fait même, semble assez ambivalent.

Finalement, je ne pense pas que les critiques actuelles envers André Pratte et l’éditorial concernent le fait qu’il est fédéraliste, mais bien un entêtement à ne faire aucune nuance dans le conflit qui secoue le Québec présentement (et dont il a lui-même écrit qu’il ne s’agissait pas d’une crise sociale en début de course). Cela dit, il n’est pas le seul à ne pas donner dans la nuance ces derniers temps…

Au regard de l’éditorial, il m’est quand même difficile de ne pas conclure qu’en plus d’être un journal fédéraliste, La Presse est un journal conservateur (pas dans le sens moral) qui tend à conforter les élites économiques dans leur rôle et qui valorise le système en place. Ce ne sont pas mes valeurs, mais ç’a le mérite d’être assumé. Ça me choque moins qu’une stratégie commerciale qui semble de plus en plus populiste et que je sens se radicaliser à chaque trimestre…"

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Sur un autre blogue, un faux Pierre Foglia répond au vrai:

"On le sait que Desmarais passe plus de temps à Sagard que dans votre salle de nouvelles. On sait ça. Z'avez pas besoin de le répéter dans toutes vos tribunes. Y'a personne qui a remis ça en question. Ç'tu clair? Mais c'est-tu trop vous demander de reconnaître que des fois, vous faites des erreurs? Que des fois, un sondage publié en Une est un chef d’œuvre de mauvais journalisme? Que des fois, en campagne électorale, vous triturez un peu les faits pour démoniser les adversaires de la ligne éditoriale? Que des fois, vous censurez des nouvelles qui nuisent aux intérêts de Gesca? C'est-tu trop compliqué de vous demander d'admettre que des fois, z'êtes z'humains?"

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À ceci, il faut préciser que les quotidiens du groupe Power Corporation sont membres du Conseil de presse du Québec (CPQ) et se soumettent au tribunal d'honneur selon les règles lorsque une plainte les concerne. Dans un mémoire présenté à la consultation publique sur l'avenir de l'information l'automne dernier, le groupe Gesca a même déclaré êtreen faveur d'un renforcement des pouvoirs du CPQ. Depuis le début de la grève étudiante, l'organisme a reçu dix dossiers de plainte contre Gesca. Sept ont été jugés reçevables et sont en attente de traitement.