Par Étienne Ferron-Forget et Colette Brin

Les relations entre les représentants de la police et ceux des médias peuvent s’avérer compliquées et les changements technologiques n’aident en rien la chose. Comment faire son travail d’information du public sans se mettre dans une situation délicate ou nuire au travail des policiers? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une rencontre organisée par la section Québec de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le 13 mars.

Voir aussi: Taupe au SPVM: les journalistes auraient-ils dû se taire?

Par Étienne Ferron-Forget et Colette Brin

Les relations entre les représentants de la police et ceux des médias peuvent s’avérer compliquées et les changements technologiques n’aident en rien la chose. Comment faire son travail d’information du public sans se mettre dans une situation délicate ou nuire au travail des policiers? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une rencontre organisée par la section Québec de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le 13 mars.

Les agents Ann Mathieu, de la Sûreté du Québec, aux côtés de Christine Lebrasseur et Éric Laliberté, respectivement porte-parole des services de police de Québec et de Lévis, ont surtout rappelé que le bon déroulement des enquêtes demeure leur priorité, même s’ils reconnaissent le rôle des journalistes et le vantent auprès de leurs collègues. Ils ont soutenu qu’à l’heure où toute personne munie d’un téléphone cellulaire peut filmer ou prendre des photos sur des scènes d’accident, pour des questions de sécurité, il est tout de même normal que l’information soit contrôlée.

La pression à fournir de l’information rapidement aux médias est un irritant majeur pour les services policiers. «L’information va tellement rapidement aujourd’hui qu’on a de la misère à la suivre», a lancé M. Laliberté. Souvent, les policiers apprennent d’un journaliste qu’un incident s’est produit, les citoyens décidant d’alerter les médias avant les autorités. Aujourd’hui, tout est exigé le plus vite possible pour la publication d’un texte en ligne. «Les policiers ont à se déplacer et à poser des questions. Il y a un travail d’enquête et ça ne se fait pas en une heure», a expliqué Mme Lebrasseur, invitant les médias à la prudence et à la patience, plutôt que de présumer et de publier une information erronée.

En cas d’urgence, les téléphones ne dérougissent pas, a commenté pour sa part M. Laliberté, de la police de Lévis, qui est également responsable d’activités de prévention, notamment en milieu scolaire. La course au scoop peut donner lieu à des litiges, c’est pourquoi les journalistes se doivent d’être compréhensifs, a-t-il poursuivi. Il vaut mieux contacter l’agent relationniste plutôt que de ne pas respecter un périmètre de sécurité pour avoir de meilleures images, par exemple.

Il faut dire que la communication se révèle parfois délicate au sein même des corps policiers, en particulier lors de crimes contre la personne. Certains enquêteurs se méfient des journalistes et craignent que la médiatisation des faits nuise à l’enquête. Chargés d’expliquer le rôle des médias à leurs collègues, les relationnistes invités soutiennent qu’ils sont ouverts à collaborer pourvu que cela ne nuise pas aux enquêtes. Autrement, des arrestations risquent d’achopper, des éléments de preuve peuvent être perdus et certains procès peuvent avorter ou doivent changer de juridiction en raison de détails rendus publics.

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«Les enquêteurs sont très frileux avec les journalistes et je comprends ça. Ils gèrent de gros dossiers», a affirmé Mme Mathieu, qui se définit comme «un chien de garde» de la SQ, dont le but est de rendre compte du travail de l’organisation. Les enquêteurs cherchent à obtenir des témoignages «vierges» et, particulièrement lors de l’interrogatoire d’un suspect, des détails liés au crime que seul le coupable et la police seraient susceptibles de connaître. Une fois la mèche éventée dans les médias, cela devient beaucoup plus difficile.

Cela dit, les policiers invités comprennent que leur boulot est complémentaire à celui des journalistes. «On est comme vous, on travaille pour la population», a dit Mme Mathieu. Pour maintenir de bonnes relations avec les sources policières, le professionnalisme et la décence doivent primer sur le désir de défoncer les portes. «On ne peut pas tout vous dire», a ajouté l’agente Lebrasseur, précisant qu’il existe des contraintes légales et professionnelles.

Pour faciliter les communications, les policiers-relationnistes tentent de convaincre leurs patrons d’utiliser davantage les médias sociaux pour communiquer avec les journalistes et les citoyens. Le SPVM a récemment utilisé Twitter pour décrire les manifestations étudiantes. Mais les trois intervenants ont souligné que leurs collègues de la métropole disposent de ressources plus importantes leur permettant de procéder ainsi.

 

Étienne Ferron-Forget est journaliste indépendant et Colette Brin est professeure titulaire au Département d'information et de communication de l'Université Laval et membre du comité éditorial de ProjetJ.