Lettre ouverte de Marielle Couture, une indignée du Saguenay, à Pierre-Yves Renaud, coordonnateur des programmes de RadioX 95,7. Extrait: Nos idées sont diamétralement opposées, mais là n’est pas le problème. Le problème est que sous la forme d’une invitation respectueuse à un débat d’idées ouvert, vous essayez en fait de semer la controverse et de propager votre pensée magique et démagogue sur les ondes.

Marielle Couture – Citoyenne de Saguenay

Ça y est, j’en ai assez entendu. Même en ne l’écoutant pas, j’en entends parler et je dois dire que le ton commence à m’irriter. Voici donc ma réponse à la demande d’entrevue de KYK Radio X au sujet d’Occupons Saguenay, lettre ouverte à Monsieur Pierre-Yves Renaud.

Monsieur Pierre-Yves Renaud,

Je prends le temps de vous écrire pour stopper tout de suite quelque chose qui pourrait rapidement devenir une patate chaude. Dans un premier temps, sachez que ce qui est dit ici ne reflète que mon opinion et mon opinion seule. Bien que je fasse partie d’un mouvement, (Occupons Saguenay) je ne peux me prononcer au nom de personne sauf moi-même. Le ton de la lettre ouverte est très à la mode et je pense que cela permettra à plusieurs personnes de mieux saisir ma pensée. Me voici donc lancée…

Je sens que vous vivez une urgence de savoir, tout-à-coup, ce qui peut bien nous motiver, nous, bande d’idéalistes, à occuper un parc au Saguenay, alors que nous y vivons tellement bien. Premièrement, je dois vous dire que je ne partage pas la même urgence que vous d’avoir une tribune à tout prix sur le sujet. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi. Nous occupons le même lieu, tous les samedis depuis près d’un mois. Nous faisons circuler de l’information, nous avons un réseau solide de citoyens de tous les milieux et les gens sont de plus en plus mobilisés et engagés. Il s’est donné des ateliers, des conférences. Nous n’avons pas besoin d’une tribune intéressée, encore moins de quelqu’un qui porte un regard biaisé sur nos actions ou les gens qui y contribuent. Nous ne sentons pas le besoin de répondre à vos attaques à peine déguisées. Nous travaillons ensemble sur le terrain et je vous y invite personnellement. Vous pourrez alors apporter votre questionnement en assemblée générale. Sur place, vous constaterez également la diversité de la provenance des participants (parents, travailleurs, intellectuels, artistes, directeurs/trices d’organismes). Vous serez alors libre de les interroger sur leurs motivations, comme la plupart des journalistes auront fait à ce jour.

Au cégep, j’ai étudié au programme Art et technologie des médias. J’ai pu y trouver comme dans toute bonne formation en communications un enseignement basé sur l’éthique, la rigueur, l’ouverture et le respect. J’ai aussi appris à analyser les médias de masse, à y voir les tendances et les mouvements de foule, à voir même jusqu’à quel point il est possible de manipuler ce qu’on pourrait conceptuellement appeller «l’opinion publique». Je connais votre travail, et je sais ce que votre patron attend de vous. Vos tactiques sont à peine subtiles. Votre travail consiste à faire réagir, de part et d’autre, autour des sujets d’actualité prédominants. Sous le couvert de la liberté d’expression, vous provoquez des gens dans le seul but de les faire réagir, quitte à semer la controverse et laisser quelques cadavres sur le chemin. Vous avez tenté de nous provoquer, et je sais bien qu’en vous répondant je vous donne en partie raison.

J’aurais aisément répondu à votre invitation en ondes, cependant je décline respectueusement, non sans vous expliquer pourquoi. Ce n’est pas la première fois que KYK Radio X m’offre une «tribune». À toutes les fois, votre approche semble respectueuse et de bonne foi. J’ai même apprécié les deux fois où j’ai eu l’occasion de débattre avec Carl Monette. Parce que même si vous faites la promotion d’opinions populistes et sans aucune profondeur ou nuance, j’ai toujours trouvé le concept du débat d’idées intéressant. Les idées qui s’opposent font émerger d’autres idées, permettent aux auditeurs d’en prendre de chaque côté pour se faire une opinion. Mais à chaque fois, les trois fois où j’ai eu l’occasion de discuter en ondes avec vous, vous avez attendu que j’aie raccroché pour ensuite dire le fond de votre pensée. Alors que je n’étais plus là pour défendre mon point, vous avez soudainement baissé la garde du respect. Au-delà des opinions divergentes, vous transgressez la limite de la politesse, d’une manière odieuse et pas seulement envers le mouvement Occupons Saguenay.

Quand je lis votre courriel…

«Nous en avons conclus[sic] qu’ici les manifestants ne sont vraiment pas les mêmes. Et les motivations différentes. Oportunisme?[sic] J’ai besoin de votre réaction de vos opinions. J’ai la net impression qu’ici ce sont des lobby de gauche, des étudiants des gens qui ont un emploi. A Québec et Montréal il y a un sérieux dérapage le message noble du départ ne passe plus. J’ai besoin d’une mise au point de votre réaction aujourd’hui. Contactez-moi»

vos approches provocatrices sur Facebook:

«Vous avez la tribune Contactez-moi au xxx-xxx-xxxx poste xxx J’attend[sic] des réactions. Les mouvements dérappent[sic] et s’éloigne[sic] de votre cause noble à l’origine.
Faisons le point vous avez la parole. Prouvez-moi que ce monvement n’est pas à la merci de riches «lobby» de gauche. Toujours pas de nouvelles d’Occupons Saguenay»

Vous tirez des conclusions rapides sur quelque chose que vous n’avez même pas pris la peine de venir voir en personne. Opportunisme? Faites-moi rire ou trouvez mieux. J’ai une entreprise à la maison et deux jeunes enfants. Je cours entre les clients, les lunchs à préparer, l’école et la garderie… Mais quelle est donc cette opportunité dont vous voulez parler? Celle de ne pas être en train de plier du linge parce que je crois encore en la démocratie ou celle de passer une journée au grand air plutôt qu’à travailler devant l’ordinateur?

Si je suis en train de militer, c’est parce que je crois profondément que notre système a besoin d’une réforme drastique à plusieurs niveaux. Espérez-vous vraiment me convaincre que nous sommes si bien au Québec? Cette manière de voir est terriblement individualiste, voire égoïste. Le néo-libéralisme fait des ravages, l’économie des marchés ne cesse de creuser les inégalités sociales, les spéculateurs nous paradent de crise en crise, il y a des gens qui ne mangent pas ici, des sans-abris, ici. Et je n’ai pas parlé de tous les travailleurs qui se font exploiter par des corporations de plus en plus grosses et hypocrites, des corporations à la soif de profit intarissable. Je n’ai pas parlé de ceux qui ont la langue liée parce qu’ils perdraient leur emploi. J’en connais personnellement. J’oublie peut-être que l’éducation, la santé et l’environnement ne sont pas les priorités du gouvernement en place. Nous venons d’élire un gouvernement de droite, avec à peine plus de 60% de la population aux urnes et un mode de scrutin qui n’est pas représentatif. Les banques alimentaires n’ont jamais vu une augmentation de la clientèle aussi spectaculaire. Pas besoin d’une augmentation de 800% du panier d’épicerie pour que ça paraisse dans l’assiette de plusieurs, dont la mienne.

Avez-vous vraiment l’impression de ne pas faire partie des mêmes gens que moi? Respirez-vous de l’air? Rassurez-moi… vous faites bien caca chaque jour? Si oui vous êtes un être humain, comme moi. Cela ne vous touche pas du tout? Monsieur, même si vous clâmez haut et fort que la situation ne vous concerne pas, pire que cela ne nous concerne pas, vous avez tout faux. D’abord, parce que je suis assez grande pour choisir ce qui me touche, me concerne, me consterne ou m’indigne. Ensuite parce que c’est notre mode de consommation effréné qui entretient cette économie de marché. Le problème, Monsieur Renaud, c’est vous, c’est moi. C’est notre mode de vie. Votre cynisme est inadmissible. Ce serait comme annoncer à mes enfants qu’il n’y a pas d’espoir. Leur dire qu’il y a des gens qui ont plus de mérite que d’autres, qui sont meilleurs ou mieux, qui méritent plus de gloire, plus de notoriété, plus de réussite. C’est lâche de dire qu’on ne peut rien y changer. Je sais très bien qu’au fond de vous-même, tout au fond, vous aimeriez y croire. Parce que c’est terriblement beau la vie, Monsieur Renaud. Que vous le vouliez ou non. Là où vous voyez de l’opportunisme, moi je vois de la solidarité.

Nos idées sont diamétralement opposées, mais là n’est pas le problème. Le problème est que sous la forme d’une invitation respectueuse à un débat d’idées ouvert, vous essayez en fait de semer la controverse et de propager votre pensée magique et démagogue sur les ondes. Je choisis pour ma part de me concentrer sur les enjeux. Mon énergie ira à la construction d’une société plus juste.

C’est donc sur la base de votre mauvaise foi évidente, de votre incapacité à susciter un réel débat d’idées et de votre fermeture d’esprit que je refuse de vous accorder une entrevue. Je souhaite que mon refus de répondre à vos demandes soit public, et les raisons qui l’accompagnent aussi. Pour ma part, je n’écoute pas votre radio. Dites ce que voulez, je sais que ma cause est juste et je continuerai de la défendre. J’ai fait le choix d’être un agent de changement dans ma société. Je suis porteuse d’un message positif. Le mouvement d’Occupation aussi. Vous ne pouvez pas nier qu’il se passe quelque chose, au niveau planétaire. Si vous le niez, vous êtes soit ignorant, soit ignoble.

Le respect, la tolérance et l’ouverture étant ma ligne de conduite, je vous invite à venir nous rejoindre samedi prochain, en terrain de démocratie ouverte, au Bassin de la Solidarité.

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