Par Nadia Seraiocco

Ventes de publicités pour les entreprises et communication non passée par le filtre du journalisme pour les autres, c’est peut-être à ça que toute cette histoire se réduit…

Par Nadia Seraiocco, texte originellement paru sur son blogue Chez Nadia

Ventes de publicités pour les entreprises et communication non passée par le filtre du journalisme pour les autres, c’est peut-être à ça que toute cette histoire se réduit…

Je regarde aller le débat sur les blogueurs sans rémunération du Huffington Post et je ne vous mentirai pas, j’ai songé à y collaborer aussi, j’en ai parlé avec Marie-Lyse Paquin, puis avec Patrick White qui est un ami depuis des décennies. Je me suis dit qu’un peu de visibilité ne me nuirait pas. Mais au-delà de tout cela, ce qui me fait rire, c’est l’acharnement de certains à dire que tout blogueur doit être payé, même si ce n’est que 5 dollars par mille pages vues, comme chez Voir, nous a appris Simon Jodoin. C’est ce que me rapportait Google Ads pendant un bout et pour si peu de sous, j’ai décidé de devenir adfree, parce que gagner sa vie à coup de 5 dollars, aussi bien jouer dans le métro.

De la ferme de contenu froide et anonyme au blogue de ton voisin, mais sur un site d’entreprise…

L’affaire mes bons amis, c’est que ça vaut beaucoup plus que ça, mais le modèle des contenus gratuits ou presque est parti des fermes de contenu (allez lire même Yahoo s’est acheté une ferme en 2010) sans âme et s’est trouvé un sens avec les blogueurs non-rémunérés. Car même le plus inconnu des inconnus aura l’avantage de créer un contenu original ou presque et ainsi d’aller chercher une mince tranche d’un lectorat qui cliquera pour lui –  ce, sans même considérer le nouvel algorythme de Google, voir les articles plus bas. Comme je l’écrivais dans une conversation sur le mur Facebook de Cécile Gladel, il ne faudrait pas être dupe non plus, le site de Voir comme les autres, ouvre un espace collaboratif à ses lecteurs pour augmenter ses stats et vendre des chiffres un peu plus gros à ses clients (les stats du site voir.ca).

Huffington Post ou Voir, ces deux entreprises utilisent leur communauté de blogueurs comme un argument dans leur offre publicitaire...

De façon générale, le pari que fait une entreprise en donnant des blogues à tout un chacun, c’est d’avoir plus de contenus originaux, plus de pages vues et plus de visiteurs (on pourrait jaser SEO, mais je laisse ça aux spécialistes). Et quand moi j’achète de la publicité sur ledit site (ce que j’ai fait souvent par le passé), j’achète la possibilité d’être vue par un public cible, ce à quoi contribue (gratuitement ou presque) des blogueurs. Dix blogueurs non-payés (ou payés 5 à 10 dollars chacun) s’ils vont chercher des visiteurs uniques de plus et des pages vues de plus, contribuent à vendre des contrats de placements publicitaires, en plus de donner une image d’ouverture à l’entreprise (ce qui est difficile à estimer, mais vaut des sous). Alors pourquoi pas 50 blogueurs ou plus… Canoë et ses blogues (une affaire du passé), Voir et ses blogues, Yahoo et ses blogueurs-contributeurs… Aucune de ces entreprises ne fait cela pour être généreux: cela fait partie d’un plan d’affaires et si ça ne payait pas, on arrêterait point à la ligne.

Bloguer gratuitement dans quel but?

Et pourquoi les gens bloguent-ils gratuitement? Cela dépend de ce qu’ils ont à vendre… Certains rêvent de s’exprimer, de trouver une communauté ou encore de développer leur style pour un jour être rémunérés pour leur travail. Les politiciens ne rêvent de rien d’autre que ce que toutes les entreprises font maintenant, soit avoir un espace où élaborer leur pensée sans le filtre d’un esprit critique journalistique et les trois citations choisies par celui-ci. En plus, si j’étais député, je considèrerais que je ne peux pas être rémunérée pour un travail associé au journalisme, je le ferais donc de la même façon qu’on fait une lettre d’opinion à son quotidien préféré… Mais au Huffington Post, je serais certaine que mon opinion serait publiée et lue.

Ventes de publicités pour les entreprises et communication non passée par le filtre du journalisme pour les autres, c’est peut-être à ça que toute cette histoire se réduit. Si c’est inquiétant pour la profession du journalisme et surtout pour les pigistes du domaine, c’est un modèle qui s’est affirmé au cours des dernières années, que le Voir exploite aussi bien que les autres et qui n’a pas été inventé par le Huffington Post.

 

Nadia Seraiocco est conseillère en comunication Web et médias sociaux, conférencière et auteure.

 

Voir aussi:

Huffington Post Québec: Voir s'indigne

Huffington Post Québec: 8 blogueurs confirmés

Huffington Post Québec: 5 questions à l'éditeur Patrick White

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