METZ – «Réinventons le journalisme». Cette invitation était placardée en grand format sur tous les murs de l’Arsenal de Metz, en France, à l’occasion des 7e Assises internationales du journalisme et de l’information. Une invitation que quelques étudiants ont pris au pied de la lettre, arrivant à cette rencontre avec des projets innovants.  Alors que les écoles de journalisme se voient souvent reprocher d’être des piliers d’arrière-garde, leurs salles de classe semblent bien être, elles, de véritables laboratoires susceptibles de faire émerger de nouvelles idées.

METZ – «Réinventons le journalisme». Cette invitation était placardée en grand format sur tous les murs de l’Arsenal de Metz, en France, à l’occasion des 7e Assises internationales du journalisme et de l’information. Une invitation que quelques étudiants ont pris au pied de la lettre, arrivant à cette rencontre avec des projets innovants.  Alors que les écoles de journalisme se voient souvent reprocher d’être des piliers d’arrière-garde, leurs salles de classe semblent bien être, elles, de véritables laboratoires susceptibles de faire émerger de nouvelles idées.

Par Sarah Champagne, collaboratrice à Metz, journaliste indépendante

Suivre le rythme des mutations numériques est déjà un projet ambitieux pour les journalistes qui doivent composer avec l’urgence de l’information. Les programmes d’enseignement sont quant à eux souvent pris dans des structures encore plus lourdes et plus lentes. Rester figé en mode «tradition» est pourtant une position de plus en plus intenable, particulièrement pour la relève.

Alors que la crise des médias est sur toutes les lèvres, ceux qui font quand même le choix d’endosser la carrière de journaliste, préfèrent voir ces difficultés comme un défi stimulant. Pour Florent Bouchardeau, ancien élève et formateur en multimédia à l’École de journalisme de Grenoble, et présent aux Assises le semaine dernière, l’époque «peut faire peur mais elle est passionnante».

Durant la table-ronde sur les innovations estudiantines, il a d’ailleurs expliqué que c’est le désir des étudiants qui a fait naître la formation en webdocumentaire offerte à Grenoble. Depuis, l’une de leurs initiatives web, Villeneuve 5/5, a remporté le Prix Google de l’innovation en journalisme en 2011. «Un projet tellement neuf que l’École de Grenoble ne comprenait pas et a d’abord demandé qu’il ne figure pas sur leur site internet», ajoute-t-il sans rancune, en précisant: «surtout à cause du ton décalé».

Fabrication apprentie, qualité professionnelle

Le «neuf», l’original, c’est aussi ce qui guide la branche multimédia du Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ). En janvier 2013, les étudiants du CFJ ont commencé à imaginer le média de leurs rêves. Résultat, quelques mois plus tard le Quatre Heures était mis en ligne.

Chaque mercredi à quatre heures, un nouveau sujet est ajouté. Le site, qui entremêle textes, photos et vidéos, a une facture visuelle réussie et un contenu riche. Il n’a presque rien à envier aux «vrais» médias, sauf peut-être un modèle d’affaire viable.

Même s’ils avaient les outils à leur disposition, les étudiants ont choisi de ne pas inclure d’hyperliens, ni d’espaces de commentaires. Bref, une zone sans clic, pour une «lecture immersive», précise Charles-Henry Groult, porte-parole de l’équipe de quinze personnes qui se cache derrière le Quatre Heures.

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On sent bien là, une volonté de réconcilier le format long des grands reportages avec le web qui va vite, le désir de présenter de la slowinfo 2.0. Le jeune homme confirme: «On voulait faire un site 100% web, mais qui tranche avec ce qui se fait aujourd’hui.»

Un cursus élargi

Un programmeur et un designer web ont aidé les journalistes en devenir à réaliser le Quatre Heures. Florent Bouchardeau explique que ce sont souvent des apports complémentaires qui font pénétrer le multimédia dans les écoles: «Toutes ces formations aux nouveaux médias font appel à des intervenants extérieurs parce que les forces vives ne se trouvent pas dans le corps enseignant.»

Les nouvelles possibilités imposent effectivement de nouvelles connaissances. Du côté de la liste des cours, quelques programmes français ont embrayé en marche rapide. C’est le cas notamment de l’École de journalisme de Sciences Po à Paris, qui a mis le code au programme de sa maîtrise.

Tous se sont accordés à dire que les journalistes ne pourront pas faire le travail d’un programmeur, mais que des rudiments de code sont utiles. Lucie Ronfaut, étudiante à la maîtrise à Sciences Po, illustre où elle en est après quelques cours de codage HTML: «Je ne sais pas construire de voitures mais s’il y a un problème, je sais mettre les mains sous le capot.»

Journalisme de données                                                                      

L’avant-garde des cours de demain, c’est aussi le datalab de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine. Deux semaines sont consacrées au journalisme de données, durant lesquelles les étudiants travaillent sur un mode collaboratif pour extraire des informations de bases de données, les analyser et les représenter en images. Encore une fois, les apprentissages sont mis en application immédiatement.

Le travail pratique est en effet au cœur de l’acquisition des nouveaux savoir-faire. La liberté de créer aussi. Même s’il travaille depuis peu au quotidien Le Figaro, Charles-Henry Groult doute ainsi de pouvoir trouver une place à la hauteur de ses attentes. «Je ne vois pas quelle entreprise en France salarie des gens pour faire du multimédia ou de l’interactif, à moins que ce ne soit pour des [mandats] de deux ou trois mois », réfléchit-il.

Selon Florent Bouchardeau, le changement viendra sans doute de ces mêmes jeunes: «Ils entrent dans les rédactions et font changer les choses. Mais il faudra plusieurs années.»