ProjetJ ne pouvait pas conclure sa série sur les écoles de journalisme et leur aptitude à s’adapter aux nouvelles réalités du métier sans questionner les principaux intéressés, à savoir les étudiants et finissants. Avis partagés.

ProjetJ ne pouvait pas conclure sa série sur les écoles de journalisme et leur aptitude à s’adapter aux nouvelles réalités du métier sans questionner les principaux intéressés, à savoir les étudiants et finissants. Avis partagés.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Chistophe Sanders est au certificat en journalisme à l’Université de Montréal depuis cet automne, après avoir complété un baccalauréat en administration des affaires à HEC et une maitrise en administration des affaires, option développement durable à l’Université de Sherbrooke.

S’il avoue ne pas être complètement rentré dans le vif du sujet et en être encore aujourd’hui aux chapitres introductifs et à l’apprentissage des notions de base, il affirme «adorer» ses cours.

«Les professeurs sont excellents, ils viennent du milieu, ils nous rapportent des cas concrets. On peut vraiment discuter avec eux du marché, de la manière dont ça se passe sur le terrain, dans les salles de nouvelles, etc., raconte-t-il. Ils nous encouragent également à nous impliquer auprès des journaux étudiants, à faire des stages. Ils nous remontent des opportunités d’emploi.»

Bientôt le storytelling

Même son de cloche du côté de Sophie Marcotte, en dernière année à la Cité collégiale, après être passée par le programme en journalisme de l’Université d’Ottawa.

«C’est une belle idée cette arrimage entre les deux établissements, estime-t-elle. On sort de là avec un bon bagage, à la fois théorique et pratique. Le programme est très à jour parce que la plupart des enseignants sont eux-mêmes sur le terrain. Est-ce que je serais capable de produire un reportage pour un support comme La Presse+? Probablement, répond-elle. On a des cours de rédaction, des cours de radio et de reportage télé. Le programme est fait dans cette optique, pour qu’on ne soit pas surpris, si on arrive sur le terrain et qu’on nous demande de faire un peu des trois. De là à avoir déjà produit un tel reportage, non. On aborde pas vraiment la problématique du storytelling par exemple. Mais, on n’en est vraiment pas loin et je ne serais pas surprise que la formation se dirige vers ça dans les prochaines sessions.»

Une satisfaction loin d’être partagée par tous. Sous couvert d’anonymat, un finissant de l’Université du Québec à Montréal (Uqàm) estime notamment ne pas avoir fait assez de reportages télé durant son cursus pour être réellement opérationnel.

Génération sacrifiée?

«Le programme est trop vieux, confie-t-il, avec le sentiment parfois de faire partie d’une génération sacrifiée. La réforme qui arrive pour l’automne 2014 vient un peu tard à mon avis. Heureusement, les professeurs se sont adaptés, mais nous ne sommes pas à jour au niveau du multiplateforme notamment. J’ai confiance qu’avec la réforme, les futurs étudiants seront mieux armés, mais là encore, il faudra faire en sorte de l’adapter chaque année pour ne pas qu’elle soit vite dépassée. De mon côté, je me suis surtout formé grâce aux stages que j’ai fait à Radio-Canada et à mon implication dans les médias étudiants. Quelle que soit la qualité de la formation, l’essentiel, c’est d’aller dans la vraie vie, voir du vrai monde.»

Du côté de l’Université Laval, la réforme, entrée en vigueur il y a deux ans, est bien accueillie. Surtout depuis la dernière rentrée automnale, alors que la version papier de l’Exemplaire, a été abandonnée, au profit d’une version multimédia.

«Ça a été un peu déroutant au départ, convient Camille Ozuru, étudiante en dernière année du baccalauréat. Produire un article multimédia, c’est très intense, mais en même temps très riche. Il était vraiment temps de passer à ce support car c’est ce que nous allons rencontrer dans notre carrière. Ça colle à la réalité et en sortant, on est vraiment capable de travailler dans une salle de nouvelles.»

La pige, cette grande absente

Dans une salle de nouvelles, peut-être. Mais à la pige?

Tous, sauf Sophie Marcotte, du côté d’Ottawa, avouent que leur programme échoue en la matière et certains redoutent même de devoir en passer par là. Peu, voire pas de cours spécifiques sur la question. Ce sont surtout des intervenants extérieurs qui viennent parler du journalisme indépendant, en dehors des heures de formation, et sans que ce ne soit crédité.

«Bien sûr, ils ne peuvent pas tout nous dire, ni aborder tous les aspects en un an, comprend Sarah-Christine Bourihane, finissante au certificat à l’Université Laval. Mais lorsque la question de la pige est abordée, c’est surtout sous l’ange de la précarité et ça a plutôt l’effet de nous décourager. On nous dit que la barre est haute, que c’est très compétitif, qu’il faut se démarquer, presque être meilleurs que les salariés… on nous prévient qu’il faudra certainement envisager d’avoir un autre travail à côté pour en vivre…»

Camille Ozuru avoue, quant à elle, ne pas avoir été préparée à faire un synopsis, ni même à chercher un sujet, puisque ceux-ci leur sont imposés. A contrario, à la Cité collégiale d’Ottawa, Sophie Marcotte doit proposer ses idées et apprendre à les défendre. Résultat, pas même sortie de l’école, la jeune fille pige déjà pour TC Media.

Débrouillardise et confiance en soi

Boris Proulx vient de terminer la maitrise en journalisme international à l’Université Laval après avoir complété un cursus en sciences politiques.

S’il est satisfait de ce qu’il a appris et s’il estime être armé pour devenir journaliste, il avoue cependant qu’il le doit surtout à sa confiance en lui.

«Est-ce que la formation en elle-même m’a beaucoup apporté? Je ne sais pas, répond-il. En revanche, le fait de rencontrer beaucoup de journalistes, de partir en stage à l’étranger, de réseauter, énormément, c’est très bénéfique. C’est difficile d’évaluer le programme, car ça dépend vraiment de ce que tu en fais. Il faut avant tout, avant même d’envisager de devenir journaliste, être débrouillard et avoir confiance en soi. Ce dont j’ai très conscience en tout cas, c’est que nous avons étudié dans des conditions feutrées. Quand tu arrives en bas de l’échelle, dans une salle de nouvelles, les moyens et les délais ne sont pas les mêmes.»

Et le tout jeune journaliste sait de quoi il parle, lui qui est parti dimanche au Rwanda pour tourner un documentaire sur la couverture médiatique durant le génocide. Pour ce faire, il a reçu la bourse John G. Bene remise par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

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