En réponse à la note interne du PDG du diffuseur public Hubert Lacroix, annonçant des «nuages sombres» et préparant les employés à des «décisions difficiles» dans les prochains mois, le Syndicat des communications dénonce l’insolence de la direction, nie les difficultés financières avancées et croit plutôt en un choix idéologique délibéré.

En réponse à la note interne du PDG du diffuseur public Hubert Lacroix, annonçant des «nuages sombres» et préparant les employés à des «décisions difficiles» dans les prochains mois, le Syndicat des communications dénonce l’insolence de la direction, nie les difficultés financières avancées et croit plutôt en un choix idéologique délibéré.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Les gens chez nous sont furieux, affirme Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) en entrevue à ProjetJ. Furieux de se faire annoncer des choses comme ça sans aucune précision, d’abord. Furieux des raisons invoquées, ensuite. Le gouvernement n’a pas annoncé de compressions budgétaires pour cette année et on ne croit donc pas qu’il soit nécessaire de couper de nouveau dans les effectifs. C’est juste un choix idéologique que la haute direction de Radio-Canada tente d’imposer sans débat public. Or, qui sont les vrais patrons du diffuseur public si ce ne sont nos concitoyens?»

Dans une note interne adressée jeudi à tous les employés, Hubert Lacroix fait référence à plusieurs facteurs, comme un marché publicitaire faible, notamment des revenus moins élevés qu’escomptés pour Espace Musique et CBC Radio 2, et la perte du contrat de diffusion de la Ligue nationale de hockey, pour justifier les «décisions difficiles» qu’il aura à prendre dans les prochains mois. Sans préciser si cela se traduira par des suppressions de postes.

Dans la foulée, il admet que le «moment n’est pas idéal», alors qu’une grande délégation d’employés quitte petit à petit le Canada pour la Russie dans le cadre de la couverture des Jeux Olympiques de Sotchi. «J’ai toujours cru que vous aviez le droit de savoir, ajoute-t-il, et je vous ai toujours promis d’être aussi franc et direct que possible.»

«Clairement une forme de chantage»

Quelques heures après l’envoi de ce courrier, la SCRC a vivement réagi par voie de communiqué.

«Nous avons reçu le courrier comme les autres, en même temps que les autres, avec aussi peu de précisions que les autres, souligne Alex Levasseur. Nous sommes donc dans l’attente d’une véritable annonce s’il y a lieu. Mais nous ne pouvons nous empêcher de faire le lien avec les négociations sur le renouvellement de notre convention collective, qui sont au point mort depuis des mois. Cette missive, c’est clairement une forme de chantage.»

les membres du SCRC sont sans convention collective depuis décembre 2012. Deux médiateurs ont été nommés en octobre mais ils ne sont pas parvenus à faire avancer les discussions à ce jour.

«Le blocage porte sur deux éléments essentiellement, explique le président du syndicat: l’équité salariale avec les employés hors du Québec, puisque nous touchons en moyenne 6,85% de moins qu’ailleurs au pays pour le même poste, même échelon, même ancienneté. Ensuite, la direction de Radio-Canada souhaite que nous contribuions d’avantage au coût de la caisse de retraite. Or aujourd’hui cette caisse est bénéficiaire, elle n’a pas besoin d’argent. L’employeur veut juste faire peser le fardeau un peu plus sur nos épaules et un peu moins sur les siennes.»

«La direction joue la montre»

Une nouvelle rencontre de négociations a lieu aujourd’hui, puis les deux prochains lundis.

«Les médiateurs travaillent fort, assure Alex Levasseur mais pour l’instant ça ne bouge pas. On dirait bien que la direction joue la montre. Car la suite, c’est la décision qui va venir du Conseil canadien des relations industrielles.»

La partie patronale a en effet demandé la fusion de quatre syndicats représentant le Québec et Moncton, dont le SCRC. Les audiences se sont achevées vendredi. Chaque partie doit maintenant déposer ses plaidoiries et une décision est attendue au début de l’été.

«Si le Conseil décide la fusion, il faudra attendre que le nouveau syndicat fusionné soit mis sur pied pour démarrer une nouvelle négociation pour l’ensemble des membres du nouveau syndicat regroupé, explique M. Levasseur. C’est ce qu’attend la direction. Dès le départ, elle nous l’a dit. Elle nous a demandé de renouveler la convention collective sans changements, parce que selon  elle, on devait attendre la décision du Conseil. Nous avons refusé. Mais c’est certain que plus on s’approche d’une possible décision, plus notre capacité à négocier devient faible.»

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