L'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, a rendu public hier son rapport annuel 2009-2010. Il fait état d'un nombre moins élevé de plaintes relatives à l'information que l'année précédente (609 contre 768). Néanmoins, l'ombudsman a traité plus de dossiers que jamais. Le bureau a en effet révisé 40 plaintes, soit cinq de plus que l'année dernière et 19 de plus qu'en 2005-2006.

L'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, a rendu public hier son rapport annuel 2009-2010. Il fait état d'un nombre moins élevé de plaintes relatives à l'information que l'année précédente (609 contre 768). Néanmoins, l'ombudsman a traité plus de dossiers que jamais. Le bureau a en effet révisé 40 plaintes, soit cinq de plus que l'année dernière et 19 de plus qu'en 2005-2006.

Les auditeurs mieux outillés pour se plaindre

Malgré cette sollicitation accrue, le bureau a traité les dossiers plus rapidement que jamais, soit en moyenne en 11,7 jours contre 16 en 2008-2009 et 25 en 2007-2008. Dans la moitié des cas, l'ombudsman a jugé les plaintes complètement ou partiellement justifiées. Un record, puisque par le passé le nombre de plaintes jugées non justifiées a toujours excédé les autres.

Devant ces chiffres, le professeur Marc-François Bernier de l'Université d'Ottawa se réjouit. Si en 2005 il avait conclu dans son livre L’ombudsman de Radio-Canada: protecteur des journalistes ou du public?, que l'ombudsman «favorise généralement les journalistes plutôt que les plaignants», il constate que depuis son arrivée en poste en 2007, Julie Miville-Dechêne a redressé la vapeur.

Pour l'ombudsman, ce changement de tendance «semble indiquer que l'auditoire est de plus en plus informé, et qu'il n'hésite pas à faire connaître son point de vue sur le travail des journalistes». Dans la même veine, Marc-François Bernier souligne qu'un citoyen ordinaire dispose aujourd'hui de davantage d'outils pour appuyer une plainte, qu'il s'agisse de consulter les guides de déontologies journalistiques disponibles en ligne ou de comparer en ligne les couvertures de plusieurs médias sur un même sujet.

Les dérives de l'opinion

Plusieurs auditeurs se sont ainsi plaints que des journalistes et animateurs du réseau public aient versé dans l'opinion. Jean-Claude C. s'est par exemple plaint d'entendre des journalistes «faire des insinuations en ondes» et a réclamé qu'«ils s'abstiennent de jouer aux d'inquisiteurs modernes». Des plaintes qui préoccupent beaucoup l'ombudsman selon qui cette dérive «risque de nuire à la réputation d'impartialité de Radio-Canada».

À ce sujet, elle a blâmé en juin le journaliste Michel C. Auger après qu'il ait émis une opinion concernant la scène politique au micro de Tout le monde en parle (cette décision ne fait pas partie de rapport annuel qui s'arrête à avril 2010). Julie Miville-Dechêne a estimé que l'analyste politique a versé à tord dans l'humour et le spectacle, ce qui lui a valu d'être qualifiée de «divorcée du réel» par le journaliste de La Presse, Patrick Lagacé.

Mais pour Marc-François Bernier, le blâme de l'ombudsman était tout à fait justifié au regard des normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, mais aussi des exigences du public qui réclame que les journalistes de Radio-Canada fassent preuve de beaucoup de retenue. «Julie Miville Dechêne rend service à Radio-Canada, car trop d'opinions nuiraient à la société publique».

Il explique qu'en s'associant à une orientation politique plutôt qu'à une autre, la société nuirait à son financement, car elle dépend des fonds publics, mais aussi à sa crédibilité auprès du public qui est déjà fort suspicieux à son égard. Il ajoute qu'à l'heure actuelle l'opinion est omniprésente dans les médias, alors que l'information neutre et de qualité est en perte de vitesse, car plus coûteuse à produire. Or, la demande pour une information objective et de qualité demeure et c'est à Radio-Canada d'y répondre.

Un modèle pour les autres médias

Dans ce contexte, le spécialiste en éthique journalistique estime que l'ombudsman de Radio-Canada «devrait inspirer les autres groupes de presse, principalement Gesca et Quebecor, qui n'ont pas d'ombudsman». Radio-Canada est en effet une des rares entreprises de presse au Canada a s'être doté d'un ombudsman en plus de CBC et du Toronto Star qui a été le tout premier média à créer un tel poste au pays.

À défaut d'un ombudsman par médias, au Québec, le Conseil de presse agit comme tribunal d'honneur pour l'ensemble de l'industrie en traitant les plaintes du public. En 2008-2009, cette instance a traité 54 dossiers, dont 12 concernant La Presse, dix TVA, sept Le Journal de Montréal et un Le Devoir.

Néanmoins, la portée du conseil a été considérablement réduite depuis que la société Quebecor s'en est retirée en juin. Un geste déploré par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), selon qui «le groupe ne s'est pas doté du moindre mécanisme crédible pour recevoir et traiter, de manière indépendante, les plaintes du public».

L'avenir du Conseil de presse fera d'ailleurs l'objet d'une discussion à l'occasion du congrès annuel de la FPJQ fin novembre. La table ronde abordera trois grandes questions:

(1) Avec le retrait de médias importants du Conseil de presse et l’assaut mené contre sa crédibilité, faut-il enterrer ce tribunal d'honneur? (2) Ou le refonder sur des bases radicalement nouvelles, à l’abri du chantage et des menaces? (3) Comment créer ou recréer un organisme parfaitement indépendant, mais branché sur le monde journalistique et capable d'offrir une expertise sur toutes les questions de déontologie journalistique?

 

Pour en savoir plus sur le rôle des ombudsmen dans les médias, consultez le site de The Organization of News Ombudsmen.

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