En 2003, alors que cette région de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est sous l’emprise de guerres à répétition, Chouchou Namegabe et une poignée d’autres journalistes fondent l’Association des femmes des médias du Sud-Kivu (AFEM-SK). L’objectif: changer la situation de la femme congolaise. Dix ans plus tard, les résultats sont tangibles sur le terrain.

En 2003, alors que cette région de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est sous l’emprise de guerres à répétition, Chouchou Namegabe et une poignée d’autres journalistes fondent l’Association des femmes des médias du Sud-Kivu (AFEM-SK). L’objectif: changer la situation de la femme congolaise. Dix ans plus tard, les résultats sont tangibles sur le terrain.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Lorsque nous avons démarré, nous n’étions pas plus de cinq femmes journalistes au Sud-Kivu, raconte Chouchou Namegabe, présidente de l’AFEM-SK. Aujourd’hui, nous sommes une centaine. C’est une vraie victoire. Mais le but de notre association n’est pas seulement de former des femmes à notre métier. C’est surtout de changer la situation de la femme congolaise.»

En 2003, la région des Grands-Lacs, qui sert de frontière à la RDC, au Rwanda, au Burundi et à l’Ouganda, est en plein conflit armé. Les femmes en sont les principales victimes, les différentes factions sur le terrain ponctuant la prise des villages par des viols en bande organisée.

Or, dans la culture traditionnelle de ces communautés, la femme ne prend pas la parole en public. Elles ne sont pas associées à la discussion et les tabous sont nombreux.

«Elles ne s’informent pas non plus, précise Chouchou Namegabe. Dans les villages, il n’y a pas d’électricité donc pas de téléviseur. Nous n’avons pas non plus de quotidiens, les rares journaux sont des bimestriels, des trimestriels, et de toute façon nombre d’entre elles ne savent pas lire. La radio est le seul réel média ici. Et en général, c’est l’homme de la maison qui l’écoute, l’oreille collé au poste. Lorsqu’il s’en va, il le range et personne n’a le droit d’y toucher.»

Émissions participatives

Première initiative prise par l’AFEM-SK, distribuer des postes de radio et des piles.

«Avoir accès à l’information, c’est un véritable pouvoir, estime la présidente. Ça permet d’être au diapason de l’évolution, de savoir ce qui se fait et ne doit pas se faire. Car dans le même temps, nous avons mis en ondes des émissions qui s’adressent à elles, qui les conscientisent, qui les appellent à prendre la parole, à briser le tabou, à refuser la fatalité.»

Des émissions participatives auxquelles certaines d’entre elles contribuent. Après une petite formation sur la prise de son, des enregistreurs leur ont été fournis. Leur mission: enregistrer des éléments de leur vie quotidienne, les petites choses qui leur compliquent la vie.

«Par exemple, les taxes illégales, raconte Chouchou Namegabe. Elles posent des questions aux femmes, qui sont majoritaires sur les marchés, aux autorités, aux taxateurs. Au départ, ce n’était pas facile. Elles n’étaient pas à l’aise, étaient effrayées, les autorités locales ne leur répondaient pas. Mais les émissions, qui sont ensuite montées par les membres de l’association, sont diffusées sur les ondes de 23 stations de radio locales partenaires. À plusieurs reprises, nous avons nommé les gens qui refusaient de répondre. Depuis, les portes leur sont toujours ouvertes.»

Liberté de parole

[node:ad]

Parmi elles, certaines sont devenues des journalistes professionnelles. L’une d’elle pilait des pierres dans une mine d’or. Un métier dur, principalement occupé par des femmes, qui se font régulièrement agresser sexuellement.

«Aujourd’hui, c’est l’une des plus grandes journalistes que nous ayons dans la région, raconte Chouchou Namegabe avec fierté. Notre association donne des cours de formation et trouve des stages aux femmes qui semblent les plus à même d’embrasser la carrière. De plus en plus de jeunes filles s’intéressent au journalisme. C’est un de nos succès.»

Mais au-delà de ça, le comportement d’un grand nombre de femmes a changé. Les langues se délient, elles jouissent de leur liberté de parole. Elles suivent les informations, prennent confiance en elles et contribuent ainsi au développement de leur milieu.

Activiste par nécessité

Chouchou Namegabe a elle aussi appris le métier sur le terrain. Après avoir travaillé pendant une dizaine d’années dans une radio locale, elle se consacre aujourd’hui exclusivement à l’association et assure notamment la formation.

Mais si elle se satisfait du chemin parcouru, elle sait que la route demeure longue.

«Oui, le nombre de femmes journalistes a terriblement augmenté en l’espace de dix ans, mais nous travaillons maintenant et les faire grimper dans la hiérarchie. Nous avons déjà quatre femmes responsables de médias, explique celle qui est tombée dans l’activisme par nécessité. Ce n’était pas ce que j’imaginais en choisissant ce métier, raconte-t-elle. Mais le contexte dans lequel nous travaillons nous conduit inévitablement à devenir des porte-parole et à mener des plaidoyers pour le changement.»

 

À voir aussi :

Popoli: les risques du métier

«Certains journalistes ne sont pas là pour les bonnes raisons»

«L’Afrique est en retard en tout, sauf dans les nouvelles technologies»