L’Association des journalistes indépendants (AJIQ) propose jeudi soir une formation sur le reportage à l’étranger. L’occasion pour ProjetJ de discuter avec celui qui la donne, Valérian Mazataud, photojournaliste indépendant qui depuis 2009 a couvert les principaux drames qui se sont joués tout autour de la planète, et de lui demander quelques conseils pour qui voudrait se lancer en journalisme international. 

L’Association des journalistes indépendants (AJIQ) propose jeudi soir une formation sur le reportage à l’étranger. L’occasion pour ProjetJ de discuter avec celui qui la donne, Valérian Mazataud, photojournaliste indépendant qui depuis 2009 a couvert les principaux drames qui se sont joués tout autour de la planète, et de lui demander quelques conseils pour qui voudrait se lancer en journalisme international. 

Par Hélène Roulot-Ganzmann

C’est parce que durant sa formation d’ingénieur agricole il a pris l’option agronomie tropicale et environnement marin que Valérian Mazataud a commencé à voyager, via des stages à l’étranger d’abord. Il en a la piqure immédiatement. Ensuite, à l’occasion d’un tour du monde à vélo, il se met à écrire et à prendre ses premières photos de presse. Il commence à publier dans des journaux régionaux en France, dans des petits magazines de tourisme. En rentrant, il continue durant ses loisirs. Jusqu’à ce que les hasards de la vie professionnelle le mènent jusqu’au Québec.

«Là, je me suis dit que peut-être des publications locales voudraient de mes reportages… et pour la première fois, j’ai reçu des paiements dignes de ce nom, pas les peanuts auxquelles j’étais habitué!, raconte-t-il. J’ai compris qu’on pouvait se faire de l’argent dans ce métier. J’ai continué à me perfectionner tranquillement, je me suis fait des contacts, et il y a cinq ans, j’ai laissé ma job pour ne faire plus que ça.»

Pour lui, le métier de journaliste va avec la découverte du monde pour obtenir les questions aux réponses qu’il se pose… en espérant que le public se pose les mêmes que lui et que ses reportages trouvent un écho. C’est pourquoi dès 2009, il prend un billet d’avion et part durant 2 mois en Cisjordanie.

Des angles originaux

Depuis, il a couvert la situation en Haïti après le tremblement de terre de 2010, il est parti en Égypte, durant la révolution arabe, au Kenya alors que la Corne de l’Afrique subissait une sécheresse historique, en Jordanie, à la rencontre des réfugiés syriens. Mais même s’il part sur des terrains d’actualité, où d’autres journalistes se trouvent avec lui, il essaye toujours de trouver un angle original.

«Au Kenya, je suis allé à la frontière avec l’Éthiopie alors que tout le monde couvrait plutôt l’autre côté, vers la Somalie. J’ai pu montrer une perspective différente. J’ai focalisé une partie de mon travail sur les guerres tribales qui sont exacerbées par le réchauffement climatique, avec des tribus qui veulent prendre le territoire d’une autre parce qu’elle a encore des pâturages ou parce qu’il lui reste des points d’eau ou des zones de pêche. Ce point de croisement entre ces conflits ancestraux et le changement climatique global, responsable de cette sécheresse, m’a intéressé.»

S’il avoue en général ne pas avoir peur sur le terrain, notamment parce que le fait de voir des confrères le rassure sur les risques mesurés qu’il est en train de prendre, il confie cependant que son expérience au Caire aurait pu tourner court.

«Je suis arrivé le jour de la chasse aux journalistes, raconte-t-il. La télévision égyptienne disait en boucle que les journalistes étaient tous des espions… et je me suis fait attraper par une foule en colère. D’ordinaire, on a toujours le temps de tâter le terrain, de prendre ses marques. Là, je suis arrivé en plein dans le cyclone. Ça a été un choc. Le lendemain, je suis resté là où je logeais et je me suis demandé si c’était pertinent que je reste, si j’arriverais à faire mon métier. Et puis, mes premières photos ont été publiées. Je me suis dit que des gens à l’autre bout de la planète regardaient ce que je faisais, que ça servait donc à quelque-chose.»

5 conseils pour bien préparer son reportage à l’étranger:

  • Ne pas avoir peur de se lancer. La pige à l’étranger, c’est la même chose que la pige ici. Ce n’est pas juste parce qu’on passe la frontière, que c’est forcément plus exotique et sexy. Il faut donc trouver des angles originaux. La bonne nouvelle, c’est que ceux qui savent le faire ici, sauront aussi le faire là-bas. Ce n’est pas plus compliqué, il faut juste se lancer.
  • Bien préparer son voyage. Même lorsqu’il s’agit d’un pays touristique, la réalité n’est pas forcément la même que celle que l’on vit au quotidien en Amérique du Nord. Il faut donc se préparer à ce que l’on va rencontrer sur place, savoir quelles sont les situations éviter, les groupes dont il vaut mieux se méfier, etc. Prendre une bonne assurance, même si elle est chère, évite également bien des ennuis. Enfin, il est judicieux de désigner une personne qui sera régulièrement tenue au courant des déplacements et qui pourra ainsi donner l’alerte si elle ne reçoit plus de nouvelles.
  • Avoir un fonds de roulement. À la pige, il faut payer le matériel, les billets d’avion et la logistique sur place. Il est donc nécessaire de se constituer un fonds de roulement de manière à pouvoir financer les voyages.
  • Avoir un projet personnel. En plus des reportages vendus avant même de partir et ceux qui, une fois sur place, intéresseront des rédactions, il peut être opportun de prendre le temps de réaliser des projets plus personnels. Pour un photographe, ça va être des photos plus artistiques qui pourraient faire l’objet d’une exposition, pour un journaliste radio, un topo plus long qui pourrait être repris dans une émission magazine, etc.
  • Bien sauvegarder et protéger ses données.  Enregistrer ses photos et ses sons sur plusieurs disque durs qui voyageront dans des sacs différents, voire les envoyer directement sur un serveur web est essentiel. Pour les journalistes de presse écrite, il peut également être opportun de prendre des photos de ses carnets de notes. Ceux qui voyagent dans des pays en crise, sécuriser ses données en les cryptant est primordial car ça permet aussi et surtout de protéger ses sources.

Formation sur le reportage à l’étranger, le 29 mai 2014 à 19h au 1601 de Lorimier à Montréal. Inscription en cliquant ici.

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