L’Université Carleton organise ce soir un forum public intitulé «journalisme en santé : viser le juste équilibre». Ou comment, dans un secteur qui ne connait pas la crise et qui n’hésite jamais à dépenser des millions pour s’octroyer des pleines pages de publicité, le journaliste peut-il parvenir à faire son travail, libre de toute influence?

L’Université Carleton organise ce soir un forum public intitulé «journalisme en santé : viser le juste équilibre». Ou comment, dans un secteur qui ne connait pas la crise et qui n’hésite jamais à dépenser des millions pour s’octroyer des pleines pages de publicité, le journaliste peut-il parvenir à faire son travail, libre de toute influence?

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Partis politiques, compagnies pharmaceutiques, médecins, chercheurs, lobbies ou encore associations de consommateurs… dans le domaine de la santé, il y a tant de groupes qui essayent d’influencer les journalistes, estime André Picard, journaliste spécialiste de la santé au Globe and Mail et l’un des deux panélistes à animer la conférence de ce soir. Il y a beaucoup de pression, ce qui n’est pas toujours mauvais, mais on doit apprendre à la gérer pour bien faire la part des choses.»

Voilà le message qu’André Picard souhaite délivrer aux étudiants de l’Université Carleton qui viendront l’écouter, lui et Trudy Lieberman, elle-même journaliste en santé aux États-Unis, et observatrice de la couverture que font les médias de ce secteur.

«C’est important que les étudiants en journalisme réfléchissent à ces questions, affirme M. Picard. Qu’ils se demandent qui essaye de les influencer, pourquoi, et comment ils peuvent contrer ces tentatives dans leur travail quotidien. Il y a des petites choses que l’on peut leur délivrer mais c’est avec l’expérience surtout que l’on parvient à sentir des zones d’influence plus ou moins fortes. Comme avec l’expérience, on parvient aussi à déceler les informations qui paraissent loufoques. Les médias sociaux en regorgent par exemple, même s’ils sont par ailleurs très utiles pour partager des articles et exercer ainsi une forme d’influence en tant que chroniqueur. Mais la règle numéro un, c’est de toujours vérifier d’où provient une information.»

Dépasser la rhétorique politicienne

Des questions d’autant plus essentielles que la santé est une affaire de gros sous, indique le journaliste du Globe and Mail.

«On écrit beaucoup trop sur la médecine et pas assez sur la santé, estime-t-il. Il y a beaucoup d’argent dans la médecine, les médicaments, les chirurgies, les nouveaux produits, etc. Et on ne parle pas beaucoup de sujets qui ne sont moins lucratifs pour une publication, comme l’importance de prendre soin de soi, de marcher, de ne pas s’asseoir quinze heures par jour, de manger sainement, etc. Il y a beaucoup de choses simples que l’on pourrait développer et qui toucheraient au bien-être de la population, mais les médias y prêtent peu d’attention car il n’y a pas beaucoup de retombées publicitaires à en attendre. Je ne dis pas qu’il n’est pas important de parler des médicaments, mais on doit aussi essayer d’aller un peu plus loin que ça.»

André Picard, quant à lui, se concentre principalement sur les politiques de santé, mais là encore, il faut faire très attention aux différentes lignes d’influence.

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«En tant que chroniqueur, on espère avoir de l’influence et faire changer les politiques pour s’en aller vers un meilleur système de santé. C’est quelque-chose qui passionne les Canadiens. On en parle beaucoup dans les médias, mais le débat n’est pas toujours très informé. Pour ne pas se laisser berner, il faut parvenir à dépasser la rhétorique politicienne pour répondre à une seule question : c’est quoi l’effet sur le public», explique-t-il.

Comprendre et expliquer les impacts

En termes de santé, deux idéologies s’affrontent au Canada. D’un côté, ceux qui, derrière le NPD de Thomas Mulcair veulent un système de santé entièrement public, et ceux qui à l’instar des Conservateurs et du Premier Ministre Harper, veulent toujours plus de privé.

«Comme souvent, la vérité se trouve un peu au milieu, analyse M. Picard. On doit vivre avec le système qu’on a tout en le changeant tranquillement, en l’améliorant. C’est pas tout noir ou tout blanc. En santé, il y a beaucoup de gris.»

Un gris difficile à définir. Les journalistes en santé doivent donc être de grands vulgarisateurs et parvenir à toujours remettre une information dans son contexte pour en comprendre et en expliquer les impacts sur la population.

«Les médias canadiens le font d’ailleurs plutôt bien, assure le journaliste du Globe and Mail. Les médias états-uniens eux, le font de manière excellente quand ils ont une certaine éthique, ou alors de manière exécrable, sous l’influence de tel ou tel groupe. Il y a très peu de juste milieu de l’autre côté de la frontière.»

Journalisme en santé : viser le juste équilibre, mercredi 9 octobre à 19h30 à la commons conférence room (salle 320), résidence commons, Université Carleton. Les présentations seront en anglais seulement. Pour s’inscrire : ipph-ispp@uottawa.ca

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