Par Chantal Francoeur

The Sweet Sixteen: un bel objet, avec une couverture rigide et une jaquette ravissante. Le récit est écrit dans un style vif qui rend hommage à l’audace et l’intelligence des femmes journalistes pionnières. Il reste à traduire le livre, écrit en anglais mais citant en français les publications des francophones. Le Cercle de presse des femmes canadiennes a vécu 100 ans. Il a officiellement disparu en 2004. Il revit dans «The Sweet Sixteen». Et il a laissé une trace à Ottawa: sur son site web, le Media Club of Ottawa mentionne qu’il est né en 1904, et qu’il s’appelait alors le Canadian Women’s Press Club.

Par Chantal Francoeur

Sans droit de vote aux élections fédérales et provinciales, pas tout à fait des personnes au sens de la loi, seize femmes fondent envers et contre tout le Cercle de presse des femmes canadiennes, en 1904. Huit francophones et huit anglophones, elles écrivent pour les pages féminines de différents journaux – La Presse, La Patrie, Montreal Daily Star, Toronto Evening Telegram, etc.

En juin 1904 elles se connaissent à peine. Elles voyagent ensemble dans un wagon nommé «Trudeau» en partance de Montréal. Elles vont couvrir l’Exposition universelle de Saint-Louis, dans le Missouri. C’est le relationniste de la compagnie de train CPR, George Ham, qui les a réunies. Leur voyage est payé par CPR. Au terme de l’aventure à la foire, elles fondent leur club de presse. Elles veulent se rencontrer régulièrement pour s’offrir des séances de formation professionnelle sur le journalisme, découvrir le pays et bâtir une conscience canadienne à travers leurs écrits.

Le relationniste du CPR leur a offert le voyage à Saint-Louis pour deux raisons. D’abord, il s’est rendu aux arguments de Margaret Graham, du Halifax Herald, qui réclamait les mêmes privilèges que ses collègues journalistes masculins: voyager gratuitement. Ensuite, il voulait s’assurer que des femmes influentes – Robertine Barry, Léonise Valois, Anne-Marie Gleason, Kate Simpson Hayes, Kathleen Coleman, … – allaient écrire sur le Canada et ainsi encourager des immigrants à venir s’installer dans un pays immense et peu peuplé. Ces immigrants utiliseraient forcément le train comme moyen de transport, moussant ainsi le chiffre d’affaires de CPR. Le voyage à Saint-Louis devait sceller la nouvelle relation entre les femmes journalistes et la compagnie de chemin de fer.

Le périple a surtout concrétisé l’amitié et l’admiration mutuelles des participantes. Au retour, leur Cercle de presse fait rapidement des petits. Des sections régionales ouvrent partout au pays. Au début des années 1960, le Cercle de presse des femmes canadiennes compte 700 membres.

C’est ce qu’on apprend avec étonnement en lisant The Sweet Sixteen. L’ouvrage raconte le voyage initiatique. Il nous présente ces seize femmes élégantes (il y a quelques photos d’époque) et hors de l’ordinaire. On découvre des journalistes mères de famille, veuves, délaissant les carrières de maîtresse d’école ou d’infirmière, ou ayant défroqué. On s’aperçoit vite qu’elles étaient d’abord et avant tout des journalistes: lors de leur voyage à Saint-Louis, elles paraissent anxieuses de rapporter le plus important, le plus significatif à leurs lecteurs et lectrices.

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Elles avouent être parfois dépassées par le nombre d’évènements à couvrir, de pavillons à visiter, d’expositions à décrire. Elles font des choix – pavillon de l’agriculture, pavillon de l’industrie manufacturière, pavillon du Canada – et prennent frénétiquement des notes. Elles écrivent en pensant aux futurs visiteurs à qui elles prodiguent des conseils. Elles écrivent aussi pour ceux et celles qui ne pourront pas participer à l’exposition universelle, partageant leurs découvertes avec enthousiasme.

L’auteure de The Sweet Sixteen,  Linda Kay, directrice du département de journalisme à l’université Concordia, a fait une recherche méticuleuse pour retracer l’histoire. Une tâche immense dont on saisit l’ampleur en lisant la liste des remerciements aux archivistes de partout au pays. Linda Kay a dû retrouver les écrits de seize femmes qui utilisaient des pseudonymes comme «Yukon Bill», «Attala», «Lady Gay» ou plus simplement «Françoise».

L’auteure a aussi rencontré les petits fils et les petites filles de ces femmes. Elle arrive ainsi à marier la biographie personnelle de chacune avec l’histoire du Cercle de presse, et à mettre le tout en contexte. La mise sur pied d’un club de femmes journalistes reflétait les luttes féministes de l’époque. Les efforts pour faire reconnaître la place du français dans un club de presse bilingue sont aussi un écho des batailles que menaient les francophones sur la scène politique.

L’ouvrage est un bel objet, avec une couverture rigide et une jaquette ravissante. Le récit est écrit dans un style vif qui rend hommage à l’audace et l’intelligence des femmes journalistes pionnières. Il reste à traduire le livre, écrit en anglais mais citant en français les publications des francophones. Le Cercle de presse des femmes canadiennes a vécu 100 ans. Il a officiellement disparu en 2004. Il revit dans The Sweet Sixteen. Et il a laissé une trace à Ottawa: sur son site web, le Media Club of Ottawa mentionne qu’il est né en 1904, et qu’il s’appelait alors le Canadian Women’s Press Club.

 

Linda Kay. The Sweet Sixteen: The Journey that Inspired the Canadian Women’s Press Club. Montréal : McGill-Queen’s University Press. 228 pages.