De retour à Paris en provenance d’Israël, Pedro Brito Da Fonseca attend la prochaine fois que son cellulaire sonnera pour l’envoyer sur le terrain. Journaliste reporter d’images (JRI) à la pige, depuis dix ans il couvre l’Afrique et les pays arabes, souvent dans des zones à risques, voire même en guerre. Son moteur? L’euphorie de vivre des moments historiques et son désir de partager le quotidien des populations qui se battent pour leur liberté.

De retour à Paris en provenance d’Israël, Pedro Brito Da Fonseca attend la prochaine fois que son cellulaire sonnera pour l’envoyer sur le terrain. Journaliste reporter d’images (JRI) à la pige, depuis dix ans il couvre l’Afrique et les pays arabes, souvent dans des zones à risques, voire même en guerre. Son moteur? L’euphorie de vivre des moments historiques et son désir de partager le quotidien des populations qui se battent pour leur liberté.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Janvier 2011 – Pedro Brito Da Fonseca est devant son téléviseur. En Tunisie, la foule est dans la rue.

«À ce moment, j’ai senti qu’on était en train de vivre quelque-chose de fort, d’incroyable. Je me souviens de ces manifestants prenant dans leurs bras ce petit militaire moustachu, l’embrassant. Je voulais y aller, je voulais être témoin de ça.»

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le journaliste est dans l’avion, direction Tunis. Le journal Politis ainsi que la télévision marocaine lui ont commandé un sujet. Une décision qui lui fera prendre du galon puisque dès son retour, la chaine française Canal Plus lui propose de retourner sur le terrain. Elle prépare une émission spéciale sur les révolutions arabes. Il part couvrir l’Égypte.

Sa force résiderait-elle dans son instinct pour la nouvelle?

«Je dirais plutôt qu’à chaque fois que j’ai pris des risques, ça a payé, répond-il. Je ne parle pas de risques inconsidérés sur le terrain. Mais plutôt de celui de me mettre en difficultés financières: en février 2005, je commence à voir les prémices du processus menant à la crise alimentaire au Niger se mettre en place. J’appelle quelques rédactions. Rien. En mai, ça devient plus évident. Les maisons de production ne me suivent pas. J’achète alors une caméra, un billet et je m’envole pour Niamey».

Deux mois plus tard, ce dossier fait le tour de la planète et il pige alors pour la télévision suisse, Reuters ainsi que Radio-Canada.

Déclic à Abidjan

Pedro Brito Da Fonseca n’a pas de formation de journaliste. Plus jeune, ce métier ne fait pas partie de ses options. Il se destine plutôt à l’humanitaire. Son mémoire de fin d’études le mène cependant à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Coup de cœur. Il ne peut pas repartir comme ça. Il veut laisser une trace, et décide de réaliser un documentaire sur la ville. Durant toute l’année 2002, il fait des petits boulots pour financer ses aller-retour dans la capitale ivoirienne.

«Le 19 septembre, je suis à la terrasse d’un café à Paris, j’écoute RFI et là, j’entends qu’un coup d’État a eu lieu à Abidjan et que la ville est scindée en deux, raconte-t-il. Je voulais aller sur place, couvrir le conflit, mais je n’avais aucune connaissance technique. J’aurais fait parler des gens, je les aurais mis en danger, je me serais mis en danger, sans être certain de revenir avec quelque-chose qui ait de l’allure.»

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Pedro Brito Da Fonseca doute. Il ne connaît personne dans le milieu du journalisme, ni du documentaire. Il revient à ses premières amours, les droits de l’Homme, et entre en stage à Amnesty International. Une décision qui le ramènera sans qu’il ne s’en rende compte au journalisme: tous les dossiers sur lesquels il travaille lui donnent des idées de reportage. Il faut absolument qu’il trouve un stage dans ce métier. Il se bat. Et finit par y parvenir.

Arrêté au Caire

À force d’y croire, le jeune JRI a fini par s’imposer dans le milieu et il travaille aujourd’hui régulièrement pour les grandes chaines de la télévision française. Depuis le début du printemps arabe, il a couvert la Tunisie, l’Égypte, la Lybie, la Syrie et travaille actuellement sur un documentaire sur le processus de paix israélo-palestinien.

«Sur le terrain, on ne peut pas écarter tous les risques, estime-t-il, mais je tâche de rester concentré, froid, aussi calme que possible. La peur est inévitable, elle est même très bonne conseillère. Le plus mauvais compliment que l’on pourrait me faire serait d’être une tête brulée», ajoute celui qui a disparu pendant 36 heures au Caire, arrêté par la police pro-Moubarak.

«Nous accompagnions une équipe de blogueurs. L’immeuble, qui abritait des associations de défense des droits de l’Homme, a été encerclé. Nous étions une quarantaine, tous arrêtés, les mains attachées. Les hommes et les femmes ont été séparés et on nous a fait monter dans deux bus, raconte-t-il. Une foule nous attendait, très hostile. On lui avait fait croire que nous étions des agents du Mossad. Nous sommes arrivés dans un centre militaire. Quelques heures plus tard, on nous a bandé les yeux, nous sommes repartis et on a été abandonnés dans une banlieue du Caire. Happy end… d’autant que j’ai pu filmer notre arrestation et que nous avons utilisé les rushs dans le reportage.»

Une aventure que Pedro Brita Da Fonseca n’est pas prêt d’oublier et n’est pas pressé de revivre. «Je ne suis pas sur le terrain à la recherche d’une certaine forme d’excitation, d’adrénaline, affirme-t-il avant d’ajouter: à moins qu’en fait, je ne me mente complètement…»