Par Josée Guillemette et Jérôme Soucy, étudiants à l'Université Laval

La grippe H1N1 sévit. Trente-trois mineurs sont emprisonnés sous terre au Chili. Lindsay Lohan est incarcérée. Toutes ces nouvelles ont été grandement médiatisées au Québec. Il est toutefois possible de douter de leur valeur informative. Pour plusieurs, ces nouvelles ont été surmédiatisées.

Par Josée Guillemette et Jérôme Soucy, étudiants à l'Université Laval

La grippe H1N1 sévit. Trente-trois mineurs sont emprisonnés sous terre au Chili. Lindsay Lohan est incarcérée. Toutes ces nouvelles ont été grandement médiatisées au Québec. Il est toutefois possible de douter de leur valeur informative. Pour plusieurs, ces nouvelles ont été surmédiatisées. Portrait de ce phénomène dans une industrie de l’information en crise.

Quand peut-on parler de surmédiatisation? Selon Jean-François Dumas, président d’Influence Communication, il n'y a pas de formule claire quant à la surmédiatisation. «C'est une question de gros bon sens», se contente-t-il de répondre. Le club de hockey professionnel de Montréal a occupé 20% de tout l'espace médiatique québécois en 2009. «Cette attention est-elle méritée? Les Canadiens sont-ils si importants?», demande-t-il.

Pour répondre à ces questions, il suggère que l'on jette un oeil sur ce qui se passe au Québec. Si l'actualité ne propose pas de sujets intéressants, alors les nouvelles moins importantes prendront plus de place. M. Dumas soutient aussi que lorsqu'une nouvelle est traitée de façon importante, mais qu'aucun élément de nouveauté ne vient éclairer la population,on peut parler de surmédiatisation de la nouvelle en question.

Les médias opèrent selon des modes ou des courants. Les journalistes cherchent à rapporter des nouvelles en lien avec ces thématiques de sorte à les exploiter au maximum. M.Dumas donne en exemple le thème de la corruption au Québec. «À chaque jour, les médias nous sortaient un scandale différent», précise-t-il en se questionnant sur la pertinence d’exposer tous ces cas dans les médias. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que le mimétisme auquel se livrent les différents médias contribue à la surmédiatisation d’une nouvelle.

À cet effet, M. Dumas n’hésite pas à mentionner le traitement que les médias québécois ont réservé à la grippe H1N1. «Tout le monde en a beaucoup parlé, tout le monde a fait beaucoup de couverture sur le sujet. Finalement, on s’est rendu compte que la situation n’était pas si critique que les médias l’entendaient et qu’on en avait fait environ cinq fois plus que n’importe où dans le monde», explique-t-il.

Cette tendance à reprendre les nouvelles d’un concurrent est un phénomène souvent décrié par les observateurs de l’univers médiatique. M.Dumas ajoute que « pour faire de l'argent, les médias n'hésiteront pas à diffuser une nouvelle si celle-ci permet d'obtenir de meilleures cotes d'écoute ou un plus grand lectorat.» De plus, les médias rediffusent fréquemment des nouvelles sans que de nouveaux éléments d’information y soient ajoutés. Les médias présentent donc de l’information sans valeur. Cela dans le but d’allonger la période d’engouement du public à propos d’un sujet.

Dictature de l'intérêt DU public

Les médias nous parlent-ils de ce qui est important? M.Dumas croit que les médias pigent dans un bassin de nouvelles jugées importantes pour trouver celles qui, de surcroît, intéresseront le public. «Si vous aviez des reportages à tous les jours sur l’impact de la consommation de la restauration rapide sur le développement des enfants zimbabwéens, je ne suis pas sûr que vous regarderiez ces reportages. Bien qu’ils puissent être très importants, ils risqueraient de devenir ennuyants à la longue», pense-t-il.

Dans la même ligne de pensée, M. Dumas croit qu'il s'agit beaucoup plus d'une question de contexte. Lorsque les nouvelles sont de moins grandes envergure, les médias traitent de sujets qui sont susceptibles d’accrocher la population. Ils exploitent alors les faits divers scabreux ou la vie des gens riches et célèbres.

À titre d’exemple, il rappelle qu'en 2007 une des nouvelles les plus médiatisées dans le monde avait pour sujet le septième tome de la série de livres Harry Potter. Le livre avait été rendu disponible avant sa sortie officielle. Du même souffle, il souligne que des nouvelles figurant dans l’actualité tel que le lancement du Ipad de Apple ne traitent d'aucun enjeu social, mais accaparent pourtant une très grande part de l'espace médiatique.

De son côté, Catherine Cano, présidente de Canovision et conseillère de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) à Toronto, considère que l’intérêt du public a souvent préséance sur l’intérêt public. «Dans l'environnement actuel, les nouvelles de dernières minutes sont érigées bien au-delà de leur réelle importance et de leur véritable impact sur la population. Le but ultime est simplement d’attirer l'attention sur des histoires qui ont souvent un petit impact, voire même aucun, dans la vie des gens. On fait de ces nouvelles la saveur de la semaine», affirme-t-elle.

Alors que les choix de couverture médiatique sont faits en fonction de ce que les gens veulent voir, les médias prennent des décisions qui ont d’importantes répercussions. Mme Cano soutient que certaines nouvelles prennent des proportions démesurées. La British Broadcasting Corporation a dépensée plus de 200 000$ et a déployé 26 journalistes et techniciens lors de l'opération de sauvetage des mineurs chiliens en octobre dernier, nous rappelle-t-elle. Était-ce là un investissement justifiable par l’intérêt public?

Symptôme d'une industrie en mutation?

La surmédiatisation n'est pas un phénomène nouveau selon M.Dumas. Il n'est cependant pas en mesure d'évaluer s'il prend de l'ampleur ou non. Pour le savoir, il faudrait avoir étudié le phénomène pendant une dizaine, voire une quinzaine d'années. Il croit cependant que cette tendance varie d'une année à l’autre. Une année pauvre sur le plan de l'information risque de laisser plus de place à la surmédiatisation.

Mme Cano mentionne que les salles de nouvelles comptent moins de journalistes et que la diversité de l’information s'en ressent. Les médias tentent désormais d'en faire plus avec moins, ce qui pourrait expliquer en partie le phénomène de la surmédiatisation. Elle ajoute que «dans l’industrie, la pensée est telle que plus la nouvelle sort rapidement, mieux c'est. Donc, les reportages sont incomplets et dépourvus de profondeur. On veut dépeindre les événements sous plusieurs facettes, et ce, même si on manque de matière pour le faire».

Toujours selon Catherine Cano, cette technique empêche les gens de se forger leur propre jugement sur la valeur de chaque événement. Les journalistes autant que les législateurs sont redevables au public. Il y a un combat constant entre ces deux institutions pour contrôler l'agenda. Les décideurs réagissent et prennent des décisions lorsqu'une histoire est portée à leur intérêt et, plus souvent qu’autrement, ils la traitent de sorte à lui donner une couverture médiatique plus importante qu’elle se devrait d’avoir.

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L’impact du phénomène de surmédiatisation est considérable dans la vie des gens puisque l’information qui leur est livrée témoigne de la mutation de la pratique journalistique. Mme Cano atteste «qu’à cette époque de surenchère médiatique, nous nous devons de faire un meilleur travail pour faire ressortir le journalisme de qualité. Le journalisme devrait contribuer à la compréhension mutuelle de notre société en étant inclusif mais rigoureux. Maintenir le standard de qualité sera le plus grand défi d'une industrie en transformation.

L'information de demain

Les revenus publicitaires ne diminuent pas seulement dans les médias traditionnels. L’industrie des médias est secouée par un vent de panique, car personne ne sait ce qui va se passer. «Il y a encore plusieurs personnes qui sont sceptiques quant au pouvoir des annonceurs d’assurer la survie du journalisme de qualité sur Internet», précise-t-elle.

Au nombre des septiques, on peut compter Dominique Payette, professeure de journalisme à l’Université Laval. Lors d’une conférence devant des étudiants, elle s’est dite préoccupée par le fait que l’information à caractère social ou politique n’attirait plus les annonceurs autant sur Internet que dans les médias traditionnels. En réalité, elle croit que le marché ne permettra pas aux médias de continuer à produire ce type d’information.

Prochainement, la recherche des profits mettra donc en opposition l’intérêt public et l’intérêt du public. Des nouvelles sans réelle importance feront la une. Alors que d’autres, qui mériteraient qu’on s’y attarde, feront l’objet d’une brève quelque part dans le journal. Tout porte à croire que les médias de demain traiteront un peu moins de nos politiciens et un peu plus des joueurs des Canadiens.