Fin septembre, l'émission Enquête de Radio-Canada présentait un reportage-choc sur les prêtres pédophiles de la congrégation de Sainte-Croix, signé Normand Grondin. Présentée comme une exclusivité, l'histoire avait pourtant fait la manchette de The Gazette en 2008 sous la plume de Sue Montgomery. La journaliste a donc porté plainte à Radio-Canada. L'ombudsman, Julie-Miville Dechêne, conclu aujourd'hui que le réseau public «n’a pas fait preuve de malhonnêteté, en s’appropriant comme étant la sienne une histoire exclusive de la Gazette».

Fin septembre, l'émission Enquête de Radio-Canada présentait un reportage-choc sur les prêtres pédophiles de la congrégation de Sainte-Croix, signé Normand Grondin. Présentée comme une exclusivité, l'histoire avait pourtant fait la manchette de The Gazette en 2008 sous la plume de Sue Montgomery. La journaliste a donc porté plainte à Radio-Canada.

L'ombudsman, Julie-Miville Dechêne, conclu aujourd'hui que le réseau public «n’a pas fait preuve de malhonnêteté, en s’appropriant comme étant la sienne une histoire exclusive de la Gazette», car l'équipe d'Enquête «détenait assez d'information inédite». Toutefois, elle désapprouve l'usage abusif de termes laissant croire à une exclusivité.

«J’ai relevé des inexactitudes quant au choix de mots dans le reportage d’Enquête et lors de sa promotion à l’antenne. Des mots et des expressions qui pouvaient laisser croire que Radio-Canada avait l’exclusivité de certaines informations pourtant déjà publiées dans The Gazette», écrit l'ombudsman.

Elle profite de cette révision pour s'inquiéter des stratégies de «mise en marché» de l'information: «à l’heure où l’information n’est plus le monopole des médias et où l’auditoire est de plus en plus fragmenté, un organe de presse ne peut plus se contenter de rapporter les nouvelles qui circulent partout. Il doit offrir quelque chose de plus. D’où le risque de surenchère dans le vocabulaire employé pour vendre une histoire».

Une maladie répandue

Au jeu de la surenchère, Radio-Canada n'est pas seule dans le carré de sable. En effet, le Conseil de presse s'est récemment prononcé dans le cas d'une autre histoire présentée comme une exclusivité par La Presse en juillet 2009 alors qu'on pouvait la lire le même jour dans Le Journal de Montréal.

Le Conseil a conclu que le quotidien de la rue Saint-Jacques a fait une «utilisation inexacte du mot "exclusif"». Il précise qu'«en décidant d’utiliser le terme exclusif, un média est rarement assuré d’être le seul à détenir une information et à pouvoir la révéler. Pour ne pas induire le public en erreur, il doit utiliser ce procédé uniquement lorsqu’il juge très forte la probabilité d'être le seul à détenir cette information qu’il considère exclusive».

Devant ces deux cas, le journaliste du Devoir, Stéphane Baillargeon, écrit: «Bien mise en scène, une enquête juteuse originale contribue à établir la crédibilité, l'attrait d'un média. [Toutefois,] les journalistes, leurs patrons et surtout les gens des services des communications des grands organes de presse devraient comprendre que les fausses pépites entachent la réputation de la machine à fouiner».

Pour en savoir plus, consultez la révision complète de Julie-Miville Dechêne concernant Radio-Canada et la décision du Conseil de presse concernant La Presse.

Voir aussi:

The Gazette porte plainte contre Radio-Canada

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