Les chroniqueurs Éric Duhaime et Ezra Levant, respectivement du Journal de Québec et de Sun, ont tiré à boulets rouges, la semaine dernière, contre la création éventuelle d'un titre de journaliste professionnel au Québec. Ils réagissaient à l'annonce de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, de tenir une consultation publique sur le sujet cet automne.

Les chroniqueurs Éric Duhaime et Ezra Levant, respectivement du Journal de Québec et de Sun, ont tiré à boulets rouges, la semaine dernière, contre la création éventuelle d'un titre de journaliste professionnel au Québec. Ils réagissaient à l'annonce de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, de tenir une consultation publique sur le sujet cet automne.

Le spectre de l'ingérence de l'État

Ces deux leaders d'opinion du groupe Quebecor présentent la création d'un titre professionnel comme un projet «soviétique» qui placerait les journalistes sous le contrôle de l'État. «Lorsque l’État décide qui est journaliste, on assiste à la première étape de la disparition de la liberté de presse, une grave atteinte à notre liberté d’expression. On ouvre la porte à la censure, aux pires tentatives de réduire les voix dissidentes au silence. Parlez-en aux habitants de l’ex-URSS», écrit Éric Duhaime. Même son de cloche du côté d'Ezra Levant qui fait le parallèle avec la Roumanie soviétique où il fallait demander un permis pour avoir une machine à écrire.

Les arguments des deux chroniqueurs ne sont pas nouveaux. Ils reprennent les inquiétudes historiques des opposants à une régulation de la profession. «L'accès au journalisme ne doit pas être limité. On n'en est pas là, mais dans trop de pays, les seuls journalistes qu'on retrouve sont des amis du pouvoir», déclarait par exemple l'ancien journaliste de Radio-Canada, Jean Dussault, en 2002. Cette année-là, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait soumis le projet à ses membres qui l'avaient massivement rejeté. Un échec que l'organisation attribue à l'incompréhension, car il n'a jamais été question que ce soit l'État qui régisse la profession.

Aujourd'hui, la FPJQ tente donc de mieux communiquer le message et s'est empressée de réagir aux attaques d'Éric Duhaime et d'Ezra Levant. Dans sa lettre d'information hebdomadaire, elle souligne que les deux chroniqueurs partent en guerre «contre ce qui n'existe pas, mais qui offre de belles possibilités de polémique stérile». «Les propositions sur la table visent à donner au milieu journalistique lui-même le droit de s'auto réglementer. En aucun temps et d'aucune façon, l'État n'aura un mot à dire là-dessus et les journalistes ne le veulent pas», explique-t-elle en précisant que «la liberté d'expression restera totale, dans les limites des lois actuelles».

Le poids des patrons de presse

La FPJQ fera entendre sa voix lors de la consultation publique que mènera le gouvernement au cours des prochaines semaines. Mais elle ne sera pas seule. Des patrons de presse pourraient également profiter de cette tribune pour ajouter leur pierre à l'édifice. Le président de la FPJQ, Brian Myles, assure que les cadres qu'il représente sont majoritairement en faveur de la création d'un titre de journaliste professionnel autoréglementé et l'ont exprimé dans le sondage qu'a mené la fédération au printemps.

Mais le chroniqueur du Devoir, Stéphane Baillargeon estime que le projet inspiré par le Rapport Payette est «loin de susciter l'unanimité». «Des patrons de presse rechignent à la perspective de voir l'État s'immiscer dans leur libre marché», note-t-il. En novembre dernier, lors du congrès annuel de la FPJQ, le chef de l’information d'Astral Radio, Éric Latour, déclarait en effet être en faveur d'un système d'autorégulation, mais insistait: «nous ne voulons pas nous faire imposer une structure». Un message qu'Astral a voulu transmettre au gouvernement en réintégrant le Conseil de presse il y a un an.

Portant le flambeau patronal, Éric Duhaime argue qu'un titre professionnel vise à «éliminer la concurrence en utilisant la coercition de l’État». Cette ligne de pensée avait déjà lié le discours de Quebecor, du Conseil du Patronat du Québec, et de la Fédération des chambres de commerce du Québec devant la Commission de l'économie et du travail, en février, alors que les parlementaires se penchaient sur le conflit de travail au Journal de Montréal. Il faut s'attendre à la voir resurgir lors de la consultation publique de l'automne.

 

Voir aussi:

Québec lance une consultation publique sur l'info

 

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