«J’étais favorable à ce qu’il y ait une loi qui encadre le statut professionnel des journalistes. Mais, je vous avoue qu’à la suite de la consultation, j’ai un peu, beaucoup déchanté.» C'est ce qu'a confié la ministre de la Culture, de la Communication et de la Condition féminine, Christine St-Pierre au Courrier Parlementaire qui titrait hier «Statut professionnel pour les journalistes – Pas question de légiférer, car le consensus n'est pas au rendez-vous!».

«J’étais favorable à ce qu’il y ait une loi qui encadre le statut professionnel des journalistes. Mais, je vous avoue qu’à la suite de la consultation, j’ai un peu, beaucoup déchanté.» C'est ce qu'a confié la ministre de la Culture, de la Communication et de la Condition féminine, Christine St-Pierre au Courrier Parlementaire qui titrait hier «Statut professionnel pour les journalistes – Pas question de légiférer, car le consensus n'est pas au rendez-vous!».

Bien qu'il s'agisse de «remarques préliminaires», elles laissent croire que la pierre d'assise du Rapport Payette – la création d'un titre de journaliste professionnel (JP) – ne passera pas le test du débat public. «Les propriétaires des grands médias sont en désaccord; ça, je m’y attendais et je le savais. Ce qui m’a surpris davantage, c’est de voir que les syndicats sont tout à fait, même farouchement contre le fait d’encadrer le statut de journaliste dans une loi», s’étonne la ministre, dans les pages du Courrier parlementaire.

Il est vrai que les patrons de presse qui ont participé à la consultation publique menée par la ministre avant les fêtes se sont massivement prononcés contre un titre de JP. «Nous reconnaissons qu'il est louable de vouloir des journalistes toujours plus rigoureux et professionnels dans leur travail, mais nous ne croyons pas qu'une intervention législative soit appropriée. Au contraire, nous estimons que le métier de journaliste doit être le plus possible affranchi de toute ingérence possible du pouvoir législatif dans un environnement démocratique », a par exemple indiqué la direction du quotidien Le Droit.

Le syndicat des travailleurs de l'information du Droit (STID) et le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) se sont également positionnés contre la création d'un titre de journaliste professionnel. Estimant que la création d'un titre de JP passerait à côté des vrais problèmes soient la concentration et la convergence, le STID a déclaré que «ce n'est pas un titre qui protégera l'information, le public et le journalisme des «journalistes-bidon», mais les bonnes pratiques journalistes et un Conseil de presse ayant les moyens d'appuyer les artisans de l'information».

Quant à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), elle a pendant plusieurs années défendue la création d'un titre de JP, mais a reculé lors de la consultation publique face à l'opposition des autres acteurs du milieu journalistique à ce qu'elle soit la seule gardienne de ce statut réservé. Ce rétropédalage de la FPJQ ainsi que la ferme opposition du SCRC exprimés lors de l'escale montréalaise de la consultation avaient vivement ébranlé la ministre St-Pierre, ancienne journaliste à Radio-Canada.

Le consensus est ailleurs

Par contre, la position des autres acteurs syndicaux était plus nuancée. Le syndicat des travailleurs de l'information de La Presse (STIP), par exemple, ne s'est pas positionné contre à la création du titre de JP, mais a tenu à souligner que «s’il n’est pas accompagné de privilèges significatifs susceptibles de faciliter l'exercice de la profession et, surtout, s’il n’a pas de contrepoids du côté des patrons de presse, le titre de journaliste professionnel sera au mieux une simple opération de «branding» ; au pire, il sera plus nuisible qu’autre chose à la qualité de l’information».

Sans rejeter la création d'un titre de JP, la Fédération nationale des communications (FNC-CSN) a elle aussi demandé que les entreprises de presse soient tenues responsables en matière d’intégrité et de diversité de l’information. Loin de «marcher main dans la main avec les patrons», comme l'indique la ministre St-Pierre au Courrier Parlementaire, elle a plutôt réclamé que le gouvernement leur serre la vis en s'attaquant à la concentration de la presse et à la convergence. «La CSN ne s’oppose pas à la mise en place d’un statut professionnel des journalistes. Elle croit toutefois que ce statut ne peut être le pilier d’une régulation visant à protéger l’intérêt public», indiquait la centrale syndicale dans le mémoire qu'elle a remis au ministère.

À l'exception des patrons de presse, la majorité des participants à la consultation publique se sont accordés pour réclamer que Québec se penche sur la concentration des médias et la convergence. Ainsi, la ministre St-Pierre qui avait lancé sa tournée en éliminant cet aspect, également absent des recommandations du Rapport Payette, s'est finalement montrée ouverte à y réfléchir. «Je ne dis pas qu'il ne faut pas l'analyser (…). C'est vrai qu'il y a des engagements qui ont été pris par les entreprises de presse. C'est peut-être là qu'on peut agir, vérifier si ces engagements ont été respectés et forcer leur respect», déclarait-elle à ProjetJ à la fin des deux journées de consultation à Montréal en novembre.

L'idée d'un renforcement du Conseil de presse a également eu la faveur de la majorité des participants à la consultation publique, y compris du groupe Gesca. «Face à certaines pratiques comme celles qu’a récemment connues la Grande-Bretagne, il nous apparaît que les organismes de surveillance comme le Conseil de presse du Québec doivent voir leur rôle et leurs pouvoirs accrus», peut-on lire dans le mémoire présenté par La Presse et Gesca.

 

Voir aussi:

Le Conseil de presse veut sauver le titre professionnel

Titre professionnel: "on ne peut pas reculer pour de si mauvaises raisons", Dominique Payette

Titre professionnel: le milieu journalistique divisé

 

 

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