Près de 10 ans après avoir rejeté massivement la création d'une carte de presse, les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) auront à nouveau à se prononcer sur la question le mois prochain. La fédération tiendra en effet trois séances d'information les 25, 29 et 30 mars dans le cadre du projet de création d'un titre professionnel. Elle procèdera ensuite à un vote électronique du 5 au 7 avril.

Près de 10 ans après avoir rejeté massivement la création d'une carte de presse, les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) auront à nouveau à se prononcer sur la question le mois prochain. La fédération tiendra en effet trois séances d'information les 25, 29 et 30 mars dans le cadre du projet de création d'un titre professionnel. Elle procèdera ensuite à un vote électronique du 5 au 7 avril.

La FPJQ avait mis ce projet sur la table en 2002, mais avait été sanctionnée d'un avis de non-recevoir catégorique lors d'un congrès houleux à Québec. Le contexte était alors très différent. Le projet de loi n'avait en effet été prêt et publié que trois semaines avant le congrès qui devait le porter au vote. Il n'avait donc pas fait l'objet d'un véritable débat public. De l'aveu même de Claude Robillard, le secrétaire général de la fédération, «ça a été un flop de communication total».

Cette fois, la FPJQ a procédé autrement. Elle a d'abord mené un sondage sur la question l'automne dernier qui a révélé qu'une majorité de répondants étaient en faveur de l'instauration d'un titre professionnel. Sur cette base, elle a ouvert le débat lors de son congrès annuel en novembre et au terme de ce rassemblement, ses membres lui ont confié la tâche d'élaborer une proposition de reconnaissance légale d'un titre professionnel.

Par ailleurs, la fédération bénéficie cette fois d'un appui de taille dans sa démarche puisque le rapport final du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information, dirigé par Dominique Payette, a fait de la création de cette certification l'une de ses principales recommandations à la ministre de la Culture et des Communications.

Pour l'indépendance

Comme le recommande la Rapport Payette, l'ébauche de projet de Loi de la FPJQ «tient comme une valeur primordiale le principe selon lequel l'État décline toute compétence dans les affaires journalistiques». Par conséquent, il indique en préambule que «l'État a un rôle minimal à jouer, soit de déléguer au milieu journalistique, par l'entremise d'une loi, le droit exclusif de décerner le titre de journaliste professionnel».

De plus, la fédération estime que la profession «doit rester libre et ouverte à tous dans une société démocratique». Elle précise donc que «tout citoyen peut donc se déclarer journaliste. Toutefois, il est légitime qu'un certain nombre de journalistes, évoluant dans le respect des balises déontologiques communes, puissent s'attribuer le titre réservé de journaliste professionnel». Le titre proposé est en effet associé au respect d'un code de déontologie uniformisé.

Ces deux balises répondent directement aux préoccupations de 2002. À l'époque, les opposants au projet estimaient qu'il menaçait le libre accès à la profession et son indépendance à l'égard de l'État. «L'accès au journalisme ne doit pas être limité. On n'en est pas là, mais dans trop de pays, les seuls journalistes qu'on retrouve sont des amis du pouvoir», avait déclaré Jean Dussault, qui animait alors La Tribune du Québec à l'antenne de Radio-Canada.

Pour l'intérêt public

Dans la même veine, l'ancien président de Reporters Sans Frontières, François Bugingo nous manifestait il y a quelques mois son opposition à la certification professionnelle: «quand on est faible, la tentation est forte de se tourner vers l'État pour régler nos problèmes, mais c'est dangereux parce que ça peut se retourner contre nous. Ce qui nous protège vraiment c'est la confiance du public».

Pour Dominique Payette et ses chercheurs, un titre professionnel contribuerait justement à renforcer la confiance du public, en lui permettant «de bien départager les journalistes professionnels des communicateurs professionnels ou amateurs et de protéger les conditions de pratique du journalisme».

Le groupe Payette a ainsi repris le point de vue Richard E. Langelier, docteur en droit et spécialiste des médias, qui plaide qu'un statut pour les journalistes professionnels s'imposait au nom de la protection du public. Après avoir présenté une étude au groupe Payette, il a signé une lettre ouverte dans Le Devoir pour exposer sa position. Il y explique que «la plupart des gens utilisent encore les médias dits traditionnels (y inclus leur version électronique) pour s'informer, et la protection du public impose qu'ils sachent avec quels standards sont traitées les informations qui leur sont transmises».

La FPJQ reprend cette réflexion à son compte et estime qu'une certification professionnelle atténuerait «la confusion des genres, et permettrait aux journalistes professionnels de se différencier de la masse de journalistes citoyens, blogueurs et autres communicateurs qui évoluent à la périphérie du journalisme». Mais ce n'est pas tout. Elle souligne qu'un titre améliorerait «la position des journalistes face aux pressions externes et internes qui interfèrent avec la mission sociale d'informer» et leur permettrait «de revendiquer des droits de façon plus efficace, comme la protection des sources».

 

Voir aussi:

L'idée d'un titre de journaliste professionnel refait surface

Certification professionnelle: oui ou non?

Titre professionnel: la FPJQ élaborera une proposition

Le rapport Payette appelle une aide publique à l'information

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