Six mois après le dépôt du Rapport Payette, qui recommandait au gouvernement du Québec l'adoption d'une loi pour doter les journalistes d'un titre professionnel, l'Association canadienne des journalistes reste indécise. Est-elle en faveur de la principale recommandation du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information? Alexandra Bosanac, collaboratrice de notre branche anglophone, J-Source, a posé la question au président de l'association, Hugo Rodrigues.

Six mois après le dépôt du Rapport Payette, qui recommandait au gouvernement du Québec l'adoption d'une loi pour doter les journalistes d'un titre professionnel, l'Association canadienne des journalistes reste indécise. Est-elle en faveur de la principale recommandation du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information? Alexandra Bosanac, collaboratrice de notre branche anglophone, J-Source, a posé la question au président de l'association, Hugo Rodrigues.

Quelle est votre position sur la certification professionnelle des journalistes?

[Le rapport Payette] pousse les journalistes du Québec à dialoguer sur cet enjeu et devrait pousser ceux du reste du pays à le faire également. Pour l'instant, à titre d'organisation nationale, nous n'avons pas d'opinion tranchée sur la question. Ceci dit, notre branche montréalaise désire prendre position. Nous lui avons donc demandé de mener une réflexion, en collaboration avec Elizabeth Thompson et Dale Bass du bureau national, et de nous faire des recommandations.

La position du Québec servira-t-elle d'exemple au reste du pays?

J'aimerais d'abord que nous en profitions pour avoir un débat national au sein de l'association. Par le passé, c'est un enjeu que nous avons abordé lors de conférences et qui a alimenté des discussions sans que nous nous positionnions clairement. Je pense d'ailleurs que toutes les opinions sur la question sont représentées au sein de notre conseil d'administration. Certains sont en faveur de la certification professionnelle, alors que d'autres y sont farouchement opposés ce qui reflète bien, selon moi, l'opinion de l'ensemble des journalistes canadiens.

C'est un enjeu complexe. Si vous demandez à ceux qui travaillent comme journaliste de vous dire ce qu'est un journaliste, vous obtiendrez un éventail de réponses différentes. Donc, si vous leur demandez si la profession devrait être réglementée vous obtiendrez aussi des réponses très variables. Ce sera la même chose si vous leur demandez qui devrait réglementer la profession.

La majorité de nos membres à Montréal sont pigistes ou travaillent pour de petites publications. En demandant à un comité d'étudier la question, nous espérons avoir un portrait représentatif de la situation. À partir du rapport qui nous sera livré, nous souhaitons consulter nos membres et lancer un dialogue duquel aboutira peut-être une prise de position. Jusqu'à présent nous n'avons pas abordé le sujet sous tous ses angles.

Êtes-vous personnellement en faveur d'un titre professionnel?

Je pense que j'ai une bonne compression de l'enjeu, des propositions qui ont été faites et de comment pourrait se mettre en place la certification professionnelle concrètement. Mais, pour être honnête, je suis encore indécis.

Comment se mettrait en place la certification professionnelle?

Une des propositions avancées dans le Rapport Payette concerne la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). L'idée est que votre adhésion à une association professionnelle serait garante de votre statut. Donc, en étant membre d'une organisation comme la FPJQ, ou l'ACJ, ou une autre, vous pourriez prétendre au titre de journaliste professionnel.

La pierre angulaire de tout cela serait l'autorégulation impliquant que chaque organisation aurait la responsabilité d'élaborer une définition de ce qu'est le journalisme et de qu'est un journaliste à partir de laquelle elle pourra décider de qui est journaliste en fonction de ses activités. Ceci pourrait être avantageux pour toutes les associations parce que toute personne qui souhaite pratiquer le journalisme devrait être membre de l'une d'elles.

Ceci vous permettrait donc d'endiguer votre problème d'adhésion.

Oui, mais il y a une contrepartie organisationnelle à cela. L'autorégulation implique que nous devenions des arbitres. Or, nous n'en avons pas nécessairement les moyens. À l'ACJ en tout cas, nous n'avons pas les ressources pour jouer un tel rôle à l'heure actuelle. Nous n'avons pas les ressources pour passer au crible notre liste de membres afin de déterminer qui est journaliste et qui ne l'est pas à partir de critères qui, de toute façon, de sont pas établis. Nous ne sommes pas prêts.

Nous ne voulons pas que la certification professionnelle devienne un prétexte pour gagner de nouveaux membres. Nous voulons l'aborder sous l'angle de ce qu'elle apporterait aux journalistes dans leur travail qu'ils soient membres ou pas de l'ACJ, de la FPJQ, ou de toute autre organisation. La question essentielle est: «est-ce qu'un titre professionnel de journaliste m'aiderait à mieux faire mon travail?»

Qui bénéficierait le plus d'un titre professionnel, les journalistes ou le public?

Ça aiderait le public, surtout ceux qui basent leur confiance en ce qu'ils regardent, lisent ou écoutent en fonction des quelques lettres qui suivent le nom de l'auteur. Et c'est la même chose pour les journalistes.

Tout ceci est une question de confiance. Personnellement, et ceci représente la diversité d'opinions sur le sujet, je pense que la qualité de ce que nous publions ou diffusons compte bien plus pour gagner et conserver la confiance du public. Notre comportement public et privé a plus d'importance sur la confiance du public qu'un titre professionnel. Est-ce que ce titre nous aiderait à mieux faire notre travail, donc améliorerait la qualité des contenus que nous produisons? C'est une question à laquelle je n'ai pas encore de réponse.

 

Ceci est un extrait de l'entrevue menée par Alexandra Bosanac pour J-Source. Nous souhaitons préciser que, selon le Rapport Payette, il ne serait pas obligatoire d'être membre d'une association pour prétendre au titre de journaliste professionnel, mais plutôt d'adhérer à un code de déontologie commun à tous les journalistes. La carte de presse serait délivrée par une structure de gestion du titre chapeautée par la FPJQ, mais composée de représentants du Conseil de presse du Québec, de l'Association des journalistes indépendants du Québec et des syndicats de journalistes. Cet organe aurait la responsabilité d'évaluer et de sanctionner d'éventuels manquements au code de déontologie.

 

Notre couverture complète sur ce dossier:

L'idée d'un titre de journaliste professionnel refait surface

Certification professionnelle: oui ou non?

Statut professionnel: le Québec pourrait inspirer la France

Titre professionnel: la FPJQ élaborera une proposition

Le rapport Payette appelle une aide publique à l'information

Titre professionnel: la FPJQ organise un vote

Titre professionnel: l'heure du vote a sonné

La FPJQ doit-elle être gardienne du titre professionnel?

Référendum sur le titre professionnel: le oui l'emporte

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