À l'extérieur du Québec, Ezra Levant du groupe Sun n'est pas le seul à avoir une opinion négative au sujet de la création éventuelle d'un titre de journaliste professionnel dans la belle province. Comme le polémiste de la filiale anglophone de Quebecor, le Toronto Star, le National Post et le Globe and Mail se sont également prononcés contre le projet.

À l'extérieur du Québec, Ezra Levant du groupe Sun n'est pas le seul à avoir une opinion négative au sujet de la création éventuelle d'un titre de journaliste professionnel dans la belle province. Comme le polémiste de la filiale anglophone de Quebecor, le Toronto Star, le National Post et le Globe and Mail se sont également prononcés contre le projet.

«Québec jongle avec une très mauvaise idée: introduire une nouvelle loi pour réglementer les médias d'informations et certifier des «journalistes professionnels» qui bénéficieraient de certains privilèges, comme un accès plus rapide aux sources gouvernementales. La proposition de la ministre provinciale de la Culture ne réglerait aucun des véritables problèmes auxquels font face les journaliste et risque de mettre en danger la libre circulation des idées et des informations», écrit le Toronto Star.

Le National Post exprime la même opposition. Il craint la création de deux classes de journalistes. Le quotidien revient sur le blâme du Conseil de presse envers le magazine Maclean's pour sa manchette controversée «The most corrupt province», et sur un autre blâme envers sa chroniqueuse Barbara Kay en 2007 pour un texte au sujet de la participation de politiciens québécois à une manifestation aux côtés de partisans du Hezbollah, et s'inquiète: «nous supposons que discréditer et marginaliser ce type de journalisme de valeur serait en tête de liste pour un comité chargé de surveiller le journalisme au Québec». Le journal craint également les dérives d'une réglementation de la presse advenant le retour au pouvoir des souverainistes.

Les forces du marché

Même son de cloche du côté du Globe and Mail qui souligne que si la perspective de bénéficier d'avantages réservés peut paraître séduisante pour certains journalistes, un titre réservé mettrait en péril la liberté d'expression. Le quotidien craint que la profession ferme ses portes à certains candidats moins scolarisés et tourne le dos au journalisme citoyen. «Au moment même où une multitude de voix et de talents émergent grâce aux nouvelles technologies (…), le Québec rejette le marché des idées, des talents, des désirs, de l'argent et de l’ingéniosité et tente de le remplacer par le contrôle de l'État», dénonce-t-il.

Allant dans le même sens, le professeur Pierre Simard de l'École nationale d'administration publique écrivait il y a un an dans La Presse qu'un titre professionnel ne réglerait rien, car «si les journalistes éprouvent de plus en plus de difficulté à négocier leurs conditions de travail, c'est essentiellement parce que la valeur économique de leur travail est à la baisse». Dans ce contexte, la certification professionnel n'est pas un remède, mais une «solution désespérée de ceux qui sont incapables de survivre dans un marché concurrentiel». Il recommandait plutôt de se tourner vers l'innovation: «Ce dont le journaliste a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'innover et de trouver un moyen de créer une nouvelle valeur économique à son travail.»

L'interventionnisme et la liberté

Cette levée de bouclier est fidèle à la tradition libérale nord-américaine, selon laquelle les forces du marché dictent la qualité de la presse et de l'information. La recommandation du Rapport Payette, que la ministre Christine St-Pierre a décidé de soumettre aux Québécois, s'inspire plutôt du modèle européen qu'elle propose de faire cohabiter avec le modèle libéral qui prévaut actuellement. L'exemple de la Belgique a fortement influencé les auteurs du rapport.

Dans ce pays où les journalistes ont un titre protégé, le gouvernement fédéral soutient les médias par des mesures fiscales, des politiques de droits d'auteur et en étudiant les questions relatives à la propriété intellectuelle. De leur côté, les gouvernements régionaux doivent maintenir le pluralisme et la diversité de la presse, stimuler l'innovation et soutenir le journalisme d'enquête. L'intervention de l'État belge semble cependant se faire en tout respect de la liberté de presse. Selon Reporters sans frontières, la Belgique dispose de la meilleure législation européenne pour la protection du secret des sources et se classe onzième au Classement mondiale de la liberté de presse. En comparaison, le Canada est au 21e rang et que les États-Unis sont au 99e.

 

Voir aussi:

Québec lance une consultation publique sur l'info

Tir groupé contre le titre professionnel chez Quebecor

 

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