Pour ses 40 printemps, le Conseil de presse du Québec (CPQ) s’offre une campagne de pub. Le but, faire connaître l’organisme au grand public et l’inciter à exiger une information de qualité. Avant peut-être, de se lancer véritablement dans le champ de l’éducation aux médias.

Pour ses 40 printemps, le Conseil de presse du Québec (CPQ) s’offre une campagne de pub. Le but, faire connaître l’organisme au grand public et l’inciter à exiger une information de qualité. Avant peut-être, de se lancer véritablement dans le champ de l’éducation aux médias.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Ambiance diner des années 60. La serveuse avance vers l’homme et lui présente une soupe. En plein centre, une mouche. L’homme la voit, va la chercher avec sa cuillère, la scrute, marque un temps. Et finit par la porter à sa bouche. «N’avalez pas n’importe quoi. Si l’information est mal servie, avisez le Conseil de presse du Québec», entend-on alors en voix off.

«Nous souffrons d’un manque évident de notoriété, estime Julien Acosta, directeur des communications. Les gens ne savent pas qu’il existe un organisme auquel ils peuvent s’adresser lorsqu’ils constatent, ou croient constater, une faute déontologique. C’est problématique vu l’importance de notre mission et étant donné que nous ne pouvons agir qu’à partir de plaintes».

Toucher un large public

La campagne, confiée à Publicis Canada et qui devrait s’étendre sur deux mois, est entrée en ondes il y a trois semaines sur Radio Canada, RDI, Explora, Télé Québec et les chaînes du réseau Astral. Elle sera ensuite diffusée en ligne sur tou.tv, radio-canada.ca et lapresse.ca. Puis se déclinera sous forme de bannières, visibles sur les sites web de Télé Québec, du Voir et des stations de Cogeco Diffusion, ainsi qu’aux formats radiophonique et papier. Un  choix de diffuseurs hétéroclite afin de toucher le plus large public possible.

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La qualité des médias québécois irait-elle à ce point en diminuant que le Conseil de Presse ait ressenti le besoin d’investir dans une première campagne de pub? Julien Acosta répond que la prolifération du volume de nouvelles fait peut-être en sorte qu’elles sont produites plus rapidement et qu’elles peuvent potentiellement contenir plus d’erreurs. Mais là n’est pas la raison d’être de cette campagne. Si celle-ci a pu être mise en place, c’est parce que le Conseil a reçu une subvention de la part du ministère provincial de la Culture et des Communications pour le faire.

La publicité, qui au moment de publier compte près de 7 000 vues sur Youtube, connaît un certain succès sur les réseaux sociaux. Elle pose cependant la question de l’éducation aux médias. «Pour détecter cette mouche dans l’information qu’il consomme, ça présuppose un sens critique de la part du citoyen, reconnaît Julien Acosta. La qualité de l’information passe avant tout par des lecteurs exigeants. C’est pourquoi le Conseil planche pour s’investir dans le champ de l’éducation aux médias.»

Inventaire de bonnes pratiques

Des projets sur lesquels le Conseil de Presse du Québec veut rester discret pour l’instant. Tout juste son Secrétaire général Guy Amyot, admet être en phase d’exploration. «Nous regardons ce qui se fait au Canada, au Québec et ailleurs, explique-t-il, et nous listons les meilleures pratiques. Oui, le CPQ a un préjugé favorable en la matière. Oui, nous croyons qu’il est très important que les jeunes soient mieux formés aux médias d’information et aux médias sociaux. Le rapport Payette a d’ailleurs rappelé cette nécessité et appelé le Conseil à ouvrir ce champ d’action. Mais nous n’avons pris aucune décision pour l’instant.»

Cet inventaire de bonnes pratiques ainsi que des recommandations seront présentés à l’automne. Pour cela, le CPQ s’offre les services de Normand Landry, professeur à la TELUQ et responsable du cours sur l’éducation critique aux médias. Sans révéler le fruit de ses recherches, il assure qu’il est grand temps de repenser l’éducation aux médias dans les écoles.

«Le Canada est considéré comme un leader en la matière, note-t-il. Depuis la fin des années 80, elle apparaît dans les programmes aussi bien au primaire qu’au secondaire. Est-ce que ça signifie que les enseignants le font bien? Qu’ils estiment que c’est une priorité? Qu’ils sont outillés pour le faire? Ou même compétents? C’est un enjeu majeur parce que la nouvelle génération, elle, est confrontée aux médias de plus en plus jeune. Il est de notre devoir de lui donner les codes lui permettant de démêler le faux du vrai.»