Alors que la presse magazine survit dans un climat de morosité, Urbania organise un «maudit d'gros party» à la Tohu pour souffler ses dix bougies. L’occasion de revenir sur un modèle d’affaires pour le moins original, puisqu’il consiste à ne pas payer ses journalistes à la pige.

Alors que la presse magazine survit dans un climat de morosité, Urbania organise un «maudit d'gros party» à la Tohu pour souffler ses dix bougies. L’occasion de revenir sur un modèle d’affaires pour le moins original, puisqu’il consiste à ne pas payer ses journalistes à la pige.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Philippe Lamarre, fondateur et éditeur d’Urbania préfère parler de troc.

«Les journalistes qui travaillent pour nous reçoivent une compensation, explique-t-il. Pas un chèque, mais des cadeaux, des places de concert, des vêtements, des bons d’achat, etc. Il s’agit d’une rémunération symbolique, qui n’est bien sûr pas à la hauteur du travail qu’ils fournissent. Mais nous l’assumons. Les gens qui publient chez nous ne le font pas pour gagner leur vie, mais plutôt pour afficher leur savoir-faire dans un contexte de liberté créatrice totale.»

Une pratique qui n’est cependant pas du goût de tous, notamment du côté de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ).

«Je ne parle pas au nom de tous nos membres, précise Mariève Paradis, présidente de l’organisme. Mais nous sommes quelques-uns à nous inquiéter de ce genre de pratiques. Ce n’est pas comme ça que ça devrait fonctionner: une personne qui travaille, quels que soient sa tâche, son statut, son objectif, sa passion, devrait être rémunérée avec de l’argent. Là, ils le sont avec des cadeaux en provenance de l’agence de publicité. Il y a quelque chose de pas très éthique là-dedans.»

Subjectivité et audace

Urbania, c’est aujourd’hui quatre salariés à temps plein: la rédactrice en chef, Catherine Perreault-Lessard, un chef de contenu web, un représentant commercial et une coordinatrice. C’est également une dizaine de blogueurs réguliers, rémunérés. Et une soixantaine de collaborateurs externes pour chacun des numéros papier.

«Ce que l’on comprend d’autant moins, poursuit Mariève Paradis, c’est que les graphistes pigistes, eux, sont payés. Il n’y a que les journalistes indépendants qui ne le sont pas. En quoi est-ce différent?»

Philippe Lamarre se défend en évoquant le peu d’horizons commerciaux sur lesquels un magazine papier comme Urbania peut tabler. Magazine de niche, dans un marché de niche.

«C’est un laboratoire de création, estime-t-il. Nous permettons à de plus ou moins jeunes journalistes d’écrire  et de publier, parfois pour la première fois. Le sujet validé et anglé, ils sont totalement libres. Ils font ressortir leur personnalité, ne sont pas formatés, peuvent faire preuve de subjectivité, d’audace. Urbania n’est pas un magazine comme les autres, jusque dans son modèle d’affaires.»

Application pour tablettes

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La non-rémunération n’est cependant pas une fin en soi. Urbania est devenu une marque avec la production de séries web, télé et radio et l’organisation d’événements.

«Lorsque c’est possible, nous faisons travailler nos collaborateurs sur nos projets commerciaux afin de les rémunérer, affirme Philippe Lamarre. Le mag, c’est un truc de collectionneur, ça laisse une trace, c’est très sentimental pour nous. Mais c’est avec nos autres structures, principalement numériques, que nous allons donner un nouveau souffle à Urbania

Une application pour tablettes est en préparation pour 2014. Si l’éditeur du magazine le plus irrévérencieux du paysage médiatique québécois avoue trouver LaPresse+ très innovante et audacieuse, il ne pense pas aller vers une solution gratuite.

«Plutôt quelque-chose d’hybride, explique-t-il. De mon côté, je ne peux faire le pari de la publicité parce que ceux qui nous sont le plus fidèles depuis nos débuts sont nos lecteurs, pas nos annonceurs. Et c’est d’ailleurs ce qui nous permet de rester nous-mêmes, sans compromission.»

Branché?

Le trente-huitième numéro d’Urbania, ayant pour thème la rue, est sorti vendredi, le même jour que le maudit d’gros party organisé à la Tohu. Aux platines Socalled et DJ Poirier, et au programme de la bouffe de rue, de la danse, du cirque, etc. Certainement l’une des soirées les plus branchées de l’année. Même si Philippe Lamarre se défend d’éditer un magazine tendance.

«Branché sur les gens et les bonnes histoires, oui, admet-il. Mais Urbania n’est pas du genre à parler du dernier endroit à la mode. Nous sommes allés à la ferme, avons écrit sur la pêche sur glace, sur les vieux… des sujets qui me paraissent loin de l’univers branchouille dans lequel on nous catalogue souvent.»

 

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