Quelques semaines après que Communications Voir ait annoncé qu'il mettait la clef sous la porte de ses éditions imprimées au Saguenay et en Mauricie et fermait l'hebdomadaire anglophone Hour, hier, le rédacteur en chef du navire amiral montréalais, Tristan Malavoy-Racine, tirait sa révérence. La veille, la chroniqueuse Josée Legault annonçait la fin de sa chronique, «pour cause de restrictions budgétaires». Aujourd'hui, la blogueuse Catherine Voyer-Léger fait ses adieux. Avec son autorisation, ProjetJ les rediffuse.

Quelques semaines après que Communications Voir ait annoncé qu'il mettait la clef sous la porte de ses éditions imprimées au Saguenay et en Mauricie et fermait l'hebdomadaire anglophone Hour, hier, le rédacteur en chef du navire amiral montréalais, Tristan Malavoy-Racine, tirait sa révérence. La veille, la chroniqueuse Josée Legault annonçait la fin de sa chronique«pour cause de restrictions budgétaires». Aujourd'hui, la blogueuse Catherine Voyer-Léger fait ses adieux. Avec son autorisation, ProjetJ les rediffuse.

Voir aussi: Huffington Post Québec: le Voir s'indigne et Dure semaine pour le journalisme au Québec

J'ai décidé de quitter les blogues Voir. Pas parce que je suis en froid avec qui que ce soit. Pas parce que je pense que le bateau coule comme je l'ai beaucoup lu sur les réseaux sociaux.

Parce que depuis cet article que j'ai écrit lors des premières coupes régionales, mon malaise s'agrandit. Je sais bien que ce n'est pas "moi, Catherine Voyer-Léger, blogueuse" qui crée une pression directe sur les médias. Mais se joue présentement dans les médias un renouveau des rapports de force et les blogueurs font partie de cette nouvelle équation. Je suis une blogueuse qui protège la marge de manoeuvre des journalistes avant la sienne et ce qui se passe présentement chez Voir m'inquiète. Je suis mal à l'aise dans une position de blogueuse indépendante… mais associée à une bannière. Surtout quand je constate qu'une situation économique précaire oblige ce média à couper des postes. Plusieurs croient que j'ai tort de faire un lien entre les deux, mais je me sens tout de même en contradiction.

Non, je ne crois pas que le bateau coule. On annonce que le Voir papier va survivre, ce qui est une très bonne nouvelle. On annonce aussi qu'il va changer. À suivre. Je souhaite bonne chance à Simon Jodoin qui est venu me chercher comme blogueuse, qui m'a fait confiance et que j'ai toujours estimé comme chroniqueur. Je ne savais pas que c'était lui qui allait prendre la rédaction en chef quand j'ai pris ma décision, mais son arrivée ne dissipe pas mon trouble.

Il est vrai que si mon malaise grandissait depuis quelques semaines, c'est hier, quand j'ai lu sur Twitter que Tristan Malavoy-Racine quittait, que l'élastique a cédé. Vous savez les moments où une décision devient soudain incontournable. Même si je n'étais pas en contact direct avec Tristan dans mon rôle de blogueuse, c'est beaucoup sa présence à la barre qui m'avait fait accepter. J'avais de gros doutes avant de plonger dans cette aventure, mais le Voir "de Tristan", ça me tentait! Malgré les immenses contraintes qui pèsent sur un journal gratuit, j'ai toujours admiré l'intégrité avec laquelle Tristan faisait son travail. Je sais qu'il croit à la critique, qu'il croit au journalisme culturel exigeant. Je sais que nous avons une conception semblable de ce que devrait être un journal culturel.

Alors, dans ce bateau qui ne coule pas mais qui changera un peu sa trajectoire, je reconnais soudain plus de craintes que de confiance. J'écume des déceptions. Ces décisions, sans doute douloureuses pour tout le monde, sont devenues trop nombreuses pour moi. Mon malaise a pris toute la place et j'ai besoin de prendre mes distances.

J'ajouterais que si je ne connaissais pas la liste des autres blogueurs lorsque j'ai accepté de me joindre à Voir, j'ai été agréablement surprise par la grande qualité intellectuelle et analytique de ceux qui s'y trouvent. Malgré cela, j'ai constaté que la plupart se nourrissent directement à l'actualité politique et il m'arrive de me sentir déphasée quand je publie une bluette sur ma détestation de l'été ou un texte un brin intellectuel sur la sainteté. Je me sens parfois un peu noyée entre toutes ces questions urgentes quand j'arrive avec mes textes lents, reliés à aucune actualité, juste pour mon plaisir de brasser mots et idées.

Je vais donc continuer ma lecture des blogues Voir avec un grand plaisir. Il y a là des gens de grande qualité que j'estime énormément.

Je perds sans doute en visibilité en prenant cette décision. Mais je ne peux pas prôner la cohérence partout et ne pas écouter ma petite voix intérieure lorsqu'elle me dit que je serais plus à mes aises ailleurs.

Je me sens comme quelqu'un qui aurait emménagé un peu vite avec sa nouvelle relation, mais je n'ai pas de regrets. J'ai un peu l'impression de revenir en arrière, mais sans amertume.

Me voilà donc de retour chez moi. La peinture n'est pas trop défraîchie. Je pense qu'on peut installer les meubles et reprendre la discussion.

Je vais faire du thé…

 

(ajout le 18/06) Pour en savoir plus: Le nouveau rédacteur en chef du Voir, Simon Jodoin, annonce ses couleurs. À Radio-Canada, Josée Legault commente la fin de son aventure au magazine culturel. Dans le Huffington Post, Simon Conti juge que "le Voir est le symbole le plus flambant de l'échec des journaux à s'adapter au nouveau monde".

 

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